LE llgVELOPPEMENT DE LA CONSTITUTION ANGLAISE PAA EDWARD A. FREEMAN...
}
LE llgVELOPPEMENT
DE LA
CONSTITUTION ANGLAISE
PAA
EDWARD A. FREEMAN
TRADUCTION
P A R
M. A LEXANDRE DEHAYE.

<4•2t1.12.3
LE DEVELOPPEMENT
1/E LA
CONSTITUTION ANGLUSE
DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULES
JUSQU'l NOS JOIJRS
« Concedis justas loges et consuetudines esse tenendas, et
promittis eas per to esse protegendas et ad honorem Dei robo-
PA P.
randas, guar vulgus elegerit, secundum sires tuas ?'
ANCIEN SERMENT pi) Corp,oNsEmENT.
EDWARD A. FREEMAN
Traduit de l'anglalfs et preced6 d'urie Introduction
« Rex babet superiorern, Dean). Item Le„ em, per quam
factus est Rex. Item curiam suani. »
PA it
BRACTON.
M. ALEXANDRE DEHAYE
Igitur communitas regni consulatur,
Et quid universitas sentiat sciatur. D
0
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Pokmc rouTiQuE, XIII cent.
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9 -
%DE .0'*
PARIS
GUlLI.AUMIN ET C ie , 1n2,DITEURS
De I t, Collection des principanx geunomistes, dui Journal des Economistes.
du Dielionnatre de l'Ecunomie
du bi etionnuire universe! du Cemmeree et de In Navigation, etc.
Rue Richelieu, 14
• —
1877
8,.

AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
J'ai voulu faire connaltre au public franQais un
eminent historien cle l'Angleterre contemporaine,
M. Edward Freeman.
A tine science solide et variee M. Freeman unit
cello autre qualite plus rare et particulierement esti-
'nee chez nous, le style .Peut-etre meriterait-ild'ob-
tenir en France la popularite môme de Macaulay.
Comme celui-ci, it appartient d cette Ocole histo-
Izta
que qui no pause pas noire a la verite en la deco-
'VT 30 34I).
rant des couleurs de la poósie. Ses vues originales,
exposees avec une grande clarte, ses narrations
wives et nourries de faits, ses convictions energiques,
animees du feu de l'eloquence, reveillent a chaque
pas l'interat. S'il montre quelque partialite, .on le
lui pardonne en faveur de la sincerite de son pa-
Comm.. — Typ. et ster. de Cuiri.
triotisme. Ses doctrines, eminemment liberates et
a

lI
AVERTISSEMENT DU TItADUCTEUR.
AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR.
democratiques, mais en mime temps profonde-
n'affaiblit pas trop l'original. II me reste a souhai-
ment conservatrices, semblent repondre a la situa-
ter que le lecteur reconnaisse comme moi dans ce
tion politique de notre pays. Le parti liberal fran-
petit volume d'histoire critique un de ces rams ou-
cais y verra la confirmation des opinions a la fois
vrages qui, a la solidite du fonds joignent le me-
moderees et progressives, dont la constitution re-
rite et l'agrement de la forme.
publicaine du 25 ferrier 1875 a sanctionne le
triomphe.
Tonics les qualites d'ecrivain et de penseur qui
distinguent Freeman se trouvent surtout reu-
nies dans tine de ses dernieres et plus courtes pu-
blications, son livre stir le Ddveloppement de la
Constitution anglaise, recueil de quelques confe-
rences remarquables, developpees et annotees. Le
suet qu'il y traite kait de naCure, dans les circon-
stances presentes, a fixer plus seirement Fatten Lion,
outre qu'il n'a cesse de s'imposer en tout temps
aux meditations des meilleurs esprits.
C'est done ce livre que j'ai traduit et quo je pre-
sence au lecteur. Le puldieiste anglais a su, clans
tin petit espace, y accumuler une Lae quantitó
d'idees et de faits que peu de lectures sont plus
substantielles. La forme oratoire qu'il a conservee
y ajoute l'attraiL d'une emotion pea ordinaire en
de si graves etudes. Telle est du moins l'impres-
sion que j'ai ressentie.
Je n'ai Tien neglige pour que mon interpretation

INTRODUCTION
Prouvous au pays que la plus mire
garantic de l'ordre et de la skurittS
dont ii a taut besoin, e'est la libeete..
(Allocution de M. le due d'Audiffret-
Pasquicr, dans la seance do l'Assem-
blêe nationale du 16 mars Mit.)
Lorsfon vit dans des temps cruellement tour-
menths comme ceux que traverse aujourd'hui la
France, it est naturel de reporter les yeux sur les
nations voisines dont l'existence paisible ne con-
nait ni ces maux ni ces doulcurs. Quel dieu veille
si lidelement sur leur securite et leur grandeur ?
Quel genie malfaisant nous a marques pour les
dissensions et les desastres? Oil trouver l'originc,
la, d'une si constante prosperite, ici, d'un si Oton-
nani abaissement? Oil decouvrir surtout le reméde
a sine situation que ne comportent ni la puissante
vitalite, ni le glorieux passe de notre nation ?
Interrogez la vieille Angleterre. Elle vows dira :
Voyez, regardez nos lois, ces institutions dix fois
seculaires qui, non-seulemen t ont resiste a l'epreuve

INTRODUCTION.
\\ 1
INTRODUCTION•
du temps et des luttes intestines, mais encore en
abri tutólaire que la France a son tour, au sortir
out lire comme une seve fortiliante qui renonvelait
de tart d'agitations, de perplexiles et d'epreuves,
leur vigueur. Nc cherchez pas autre part : dans cos
pourra se recueillir, accorder les dissentiments qui
Ia partagent, recouvrer ses forces et menager ses
institutions memes git le secret de Ia felicite quo
futurs destins. Cate lecon, qui ressortait si claire-
nous nous enviez a bon droit. Et savez-vous quel
principe elles recelent pour defendre si hien un peu-
ment d'un exemple voisin et qu'avait comprise tout
d'abord la sagesse des plus profonds de nos-politi-
ple contre les defaillances et la chute? La liberte.
ques, le bon sons national n'a pas larde davaniage
La liberte ! Grande chose et grand nom, qui
a en faire sa loi. Tout nous poussait, heureusement,
effraie les uns, qui exalte les autres, qui a ses obs-
la conclusion ou out abouti les dcrnicrs evene-
curites pour tous. Au dela du detroit, on lui altri-
ments (a). Les obstacles, Fun apres l'autre ecartes,
bue tons les hiens; en (leek on n'est pas loin de
out disparu ; la question trop longtemps pendante
lui imputer tons les maux. La verite n'est-elle pas
a ete resolue enlin. Nous inaugurons le systeme
que cello force redoutable a hesoin d'être maniee
liberal par excellence.
avec une dexterite quo nous n'avons pas acquise,
11 dependra de nous qu'il
repave le passe et conjure l'avenir. L'heure est so-
en sorte que noire inexperience seule doit porter
lennelle, decisive peut-titre dans notre histoire. Le
le poids de nos accusations et de nos reproches?
devoir incombe a tout ce que notre pays renferme
N'est-il pas evident que le litre exercice des facul-
d'esprits serieux et do cwurs devoues de travailler
Les de rindividn est le nerf dune societe, et que
celle-ci marche it line decadence inevitable, soil
a y facililer le penible apprentissage de la liberte.
Notre honneur y est, engage : it Taut confondre on
dans les langueurs de l'anemie, si l'individu renonce
t
rassurer ceux qui, avec des sentiments divers, af-
ses droits, soil dans les convulsions dune anar-
firment quo nous n'avons ni le temperament assez
chic mortelle, si le pouvoir les lui conteste?
robuste, ni Fame assez grande pour la supporter.
L'Angleterre a done raison de nous ranter ses
Institutions liberales. C'est a l'ombre de la liberte
(a) On s'apercevra en plus d'un endroit, que notre travail
qu'elle a grandi et qu'elle prospere encore si met':
primittIremunte h deux ann6es. La situation avait pen change
jusqu'aux derniers evenements.
veilleusement de nos fours; c'est aussi sous cot

V111
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
IX
C'est Wen cette fois que la France nouvelle proud
anglaise etait inseparable de la monarchic. Le son-
pied sur la scene du monde. II faut rivalise
verain y remplit un role important, non pas indis-
avec la vieille Angleterre (a).
pensable, et, comme le roi dans l'ancienne Rome,
Mais dans cette noble emulation qui se propose
it pourrail disparaitre, sans qu'auctin rouage du
a nos efforts, oii puiserions-nous des principes plus
mecanisme cessat de fonctionner avec sa regula-
sains, des exemples plus stirs que dans l'Angleterre
rite babituelle. L'absence d'un roi ou dune reine
elle-me:me? (1) Detions-nous des peuples jeunes qui
etonnerait l'Anglais, lui deplairait pent-etre; elle
abusent de la liberte, ; c'est un vin fumeux qui trou-
n'ajouterait, rien a ses Broils, ni aux garanties qui
ble aisement les sons et fait, perdre la raison. L'An-
les assurent. C'est, la un point capital qu'on perd
gleterre, depuis des siecles, a su en user avec une
trop souvent de 111C, et que les lumieres de la cri-
rare prudence et un incroyable bonheur. Ses insti-
tique historique contemporaine out eclaire d'un
tutions, par un developpement graduel et inces-
jour tout nouveau.
sant, qu'on a justement compare a la croissance
II est incontestable quo les Anglais, préoccupes
d'un arbre vigoureux, ont presque atteint a leur
par-dessus tout de la stabilite de 1'Etat, attachent
perfection. Ne nous lassons pas de les observer de
un grand prix a l'heredite, du pouvoir supreme.
pas et plus attentivement tons les jours. Imitons
• L'embarras OWL de combiner le principe conser-
nos pores : its n'avaienl pas tort de voir dans la
vateur de l'heredite avec le principe liberal de l'e-
constitution anglaise la phis veritable et la plus frap -
lection. A vrai dire, its paraissent contradictoires,
pante expression des mmurs dun peuple d'hommes
et nous n'avons pas cru, chez nous, pouvoir les
libres et de sages.
allier. Nos voisins ont resolu le probleme par un
Si les premiers admirateurs, au siècle passé, de
compromis subtil, mail- adroit et sense. Lorsque la
ce remarquable Rabb ssement politique out com-
royaute a pretendu ne tenir ses droits que
mis une erreur, encore trop repandue maintenant,
meme et les posseder en pleine et personnelle pro-
c'est quand Hs se sont persuade que la Constitution
priete, its Pont consideree comme usurpatrice
c'est leur grief capital contre les Stuarts. Mais du
(a) Los notes par lesquelles nous aeons cru devoir completer
cette Introduction y font suite innuediatement.
jour quo cette memo royautó a consenti a regarder .
a.

INTRODUCTION.
xi
X
INTRODUCTION.
son pouvoir comme tine simple delegation de la
pros, elle repond mal a "idee qu'on se fait gene-
nation representee par le Parlement, et a n'en
ralement ("tine monarchic hereditaire? 'Au lieu
jouir que comme d'une espece d'usufruit, ils Font
d'etre la clef de vOnte de "edifice, la royaute n'e ►
Lenue pour legitime.-L'opinion, des lors saLisfaite
est quo le fronton et comme la decoration exte-
et rassurêe, s'est montree facile aux concessions.
rieure. La puissance róelle reside ailleurs. On
Elle a volontiers souffert que le Parlement, comme
sent vivre sous les apparences un esprit demo-
aux premiers temps de l'histoire nationals, porta.t
cratique qui rappelle les origines germaniques de
son choix de preference stir les membres d'une
ce « beau systeme trouve dans les boil », dans cos
seule famille. Elle a permis davantage encore. Le
forels oil les hommes de guerre (War-man, Ger-
Parlement a pu renoncer a faire ce choix lui-mane,
main) s'assemblaient pour deliberer en commun et
et laisser au souverain la faculte do regler a son
acelamer on repousser lours chefs.
gre l'ordre de succession au treme pour tine on
Les esprits prevenus qui meconnaissent cette
plusieurs generations. C'etait repudier la riguour
analogic si curieuse et pourtant si vraie entre le
abstraite des idees, mais au profit de la pratique
systeme politique anglais et le regime populaire,
des °hoses. La royaute, ainsi etablie, a done realise
ont a leur service tine objection plus grave que
cello de la suprema tie ostensible d'un monarque.
la perfection possible, s'etayant sur un double
Its se prevalent de "existence d'une aristocratic,
droit, l'agrement tacit° de la nation et la designa-
aussi puissante quo celebre. Mais "argument est
tion expresse du chef de la famille regnant°, "elec-
plus specieux que fonds.
tion et l'heredite.
Avant tout, il taut bien le reconnaitre, it est memo
Tolle est la monarchic anglaise. Le Parlement
indispensable de le cons tater, les Anglais tie com-
n'a pas abdique ses pouvoirs ; it en suspend l'exer-
prennent pas la democratic comme nous. Nous y
cice. Au premier (cart de la royaute, it intervien-
attachons principalement une idee d'egalite ; ils y
drait de nouveau, comme it l'a fait souvent ; it la
cheechent surtout l'application du principe de li-
rappellerait au sentiment de son origine et a "exe-
berte (2). Notre democratic egalilaire, qui n'est que
cution de ses engagements. Qui no volt ainsi cc
trop souvent portee a proceder par la force, les
qu'elle a de precaire et combien, a "examiner de

XII
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
mil
choque, quand elle ne provoque même pas leur de- ,,
dans la democratic, au sons on la prennent les An-
dain ou leur colere. La democratic liberal° (3), telle
glais. Ne serail-ce done pas la bonne ?
que l'avaient reglee les plus fameuses republiques
Quoi qu'on puisse penser de leur preference a ce
de l'antiquite (la question de l'esclavage ecariee),
sujet, la presence d'une noblesse, ou, pour mieux
est l.eur ideal politique. Tousles ciLoyenspossedent
dire, d'une n'est pas incompatible avec le
leur droit naturel, imprescriptible ; ils
regime democralique (s). Lorsqu'une aristocratic,
prennent toils leur part a la gestion des affaires
comme it est arrive chez nous, constitue une caste,
communes. Mais taut, s'en faut que calla part doive
un ordre a part dans la nation, elle oppose un ob-
etre strictement la 'mime pour chacun. Les supe-
stacle reel au developpemenl de l'esprit el des in-
riorites do talent, de caractere, de services, de
stitutions populaires ; l'Etat porLat-il le nom de
naissance merne et de fortune, peuvent etre recoil-
republique, on n'y peut voir qu'une republique
flues, choisies habituellement pour les charges et
menleuse, un despolisme deguise. Mais si l'aristo-
les honneurs, entouróes de respect, yen erees mem e
cratie n'est mitre chose qu'une classe, c'esi-A- dire
comme quelquc chose de sacre (4).La raison est par
une elite de ciloyens, a laquelle on n'appartient pas
IA satisfaile et les intórets generaux en profilent,sans
necessairement par l' unique fait de la naissance, oil
que les principes soient violas. Bien plus, cette na-
Fon pout toujours penetrer, soil par le merite, soil
turelle preference est dans l'instincl des foules, si
par la fortune, la chaine qui raliache les uns aux
bien que le gouvernement populaire demeure plus
mitres tous les membres de la nation, depuis
fidele aux hommes qui le servent, Bien et les main-
plus humble jusqu'au plus puissant, n'est nulle
tient plus solidcment aux affaires que le gouverne-
part rompue ; on ne distingue pas veritablement de
ment des rois lui-meme. L'histoire en temoigne
plebeiens et de nobles ; it n'y a que le peuple, et la
plus d'une fois.
democratic, quoi qu'il semble, repose au fond des
A1116 le double vice qu'on reproche aux regimes
mceurs et du gouvernement. C'est precisement ce
poliliques ob le peuple exerce une influence pre-
qui arrive en Angleterre.
pondórante, l'instabilite et l'abaissement du niveau
La noblesse anglaise ne forme pas une caste.
Cette ci
general jusqu'au mediocre
rconstance cap. itale n'est mise en doule par
• ou au pire, disparait

XIV
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XV
personne. On se recrie seulement contre rimmen-
les perdit. Mais telle est renergie salutaire de cette
site de ces proprietes qui, concentrees dans les
force, qu'elle suffit a elle seule pour reagir contre les
mains de ses premieres families, font d'un petit
abus dont elle a pu alre la cause indirecte. En ce
nombre d'hommes les maitres du sol. Assurement,
moment memo, l'Anglelerre n'en met pas d'autre
c'esl la le cote faille d'un etablissement politique
en jeu, et ne remploiera pas en vain, pour corriger
d'ailleurs si parfait, et la France petit, sans execs
tine anomalie fitcheuse, vice evident de la pratique
d'orgueil, se flatter de l'emporter en ce point. sur sa
des choses, mais non du principe des institu-
rivale. Mais le remade se presente a cute du mal,
tions (0).
d'autant mieux que le mal n'a d'autre source qu'un
Le progres de rorganisation terrienne s'accom-
execs du bien. Si les grands proprietaires sont arri-
plira naturellement t0t ou lard, comme tant d'autres
ves en Angleterre a datenir ces immenses &endues
deja, et ne sera pas rune des peripeties les moins
du sol, e'est qu'ils. ont 616 places de bonne heure
attachantes dela transformation lente et silencieuse
en face de petits possesseurs que le besoin de se
qui se fait aujourd'hui memo sous nos yeux dans
defendre contre la noblesse n'obligeait pas, comme
le regime politique de la Grande-Bretagne. Ina-
it est arrive en France, a se reunir en corporations
percue pour la foule, cette transformation, ou pour
inattaquables. Dotes tout d'abord de cette liberte
rappeler du nom que de rêcentes theories scienti-
etrangere a nos paysans, ifs ne penserent pas avoir
fiques ont mis en favour, cette evolution commence
rien A redouter ; ifs resterent isoles, reduits chacun
a frapper vivement les observateurs exerces (7). -
a leur force individuelle et a leurs ressources pri-
Comme elle n'est autre chose que le developpement
vees. 11 en resultaque, les unsvolontairement, pour
rationnel de la constitution anglaise et qu'elle en
retablir une situation embarrassee, les autres par
fait ressortir la nature intime, it est permis d'y
contrainte, incapables de resister a la pression ou
trouver une preuve decisive du caractere democra-
a la violence, se laisserent peu a peu envelopper,
tique des institutions britanniques.
pins absorber completement par leurs voisins plus
La democratie s'accommode egalement de tomes
riches et plus puissants. La liberte, venue plus tard,
les especes de gouvernements, et petit exister aussi
comme chez nous, les cut sauves ; prómaturee, elle
hien sous le convert d'une institution monarchique


INTRODUCTION.
XVII
XVI
INTRODUCTION.
apres avoir entrave le mouvement politique, hien
qu'it l'abri (Fun etablissement republicain. Cepen-
loin d'y aider. La royaute, chez nous, trois fois
dant, lorsqu'elle reside au fond meme des institu-
essaya de se redresser du milieu de ses ruines :
tions, on dolt pouvoir la discerner a de certains
vain effort ! Le sentiment moderne lui Otait trop
indices. II faut surtout quela transition de la monar-
hostile pour se preler a une assimilation durable
chie it la rep ublique se fasseinsensiblement et comme
avec elle. Chez nos voisins, apres sa courte
par une pen te naturelle. La republique en effet est,
eclipse, elle revint brink' d'un éclat plus vif et plus
de toute evidence, le type ideal et parfait sur lequel
pur. Quelle conclusion fau t-il en Liner? Gest que le
tend a se modeler, si elle ne s'y est pas arretee des
principe democratique n'etait pas chose Otrangere
le principe, toute organisation politique Traimen
et nouvelle dans cette constitution monarchique
liberale et populaire. S'il s'eleve on obstacle qu'il
si telt retablie par une nation si jalouse de ses droits.
soit necessaire de renverser, si un revirement com-
11 en etait plata Fame, et, s'il s'en degager
plet de Fetal, de choses devient indispensable, on
un jour, ce ne sera plus pour la detruire dins un
pent affirmer quo la democratic kait absente. Elle
effort impuissant et premature, mais pour la rajeu-
survient alors inopinement ; on n'y reconnait ni la
nir en quelque sorte et en utiliser la derniere seve.
croissance naturelle d'un Berme, ni Faction regu-
Ainsi volt-on un rameau vent et touffu sortir ilu
here d'une force inherente et caehee. Que Von
tronc noueux d'un °Ilene epuise par les ans.
regarde la democratic; en France. Elle etait si pen
Le jour oil, par le seul effet de la loi naturelle
enfermee dans les langes de la royaute, qu'il a fallu
du progres, la democratic anglaise se depouillera
la plus formidable des crises pour qu'elle apparfit,
de la forme monarchique, n'est pas arrive. Il se
aux 1 ueurs de sinistres eclairs, dans les orages et la
prepare toutefois (8), et ce sont les symptOmes tres-
tempete. Le trOne a chi s'ecrouler avec fracas, et
visibles de cette evolution qui achevent de demon-
toute une societe s'abimer en jelant un cri de de-
trer, en la mettant dans un relief saisissant, la
tresse et d'horreur. L'Angleterre cut sa revolution
vertu democratique interne de la constitution
aussi ; mais, toute a la surface, elle ne bouleversa
anglaise.
pas de fond en comble, si cruelle qu'elle ait etc, les
[in fait patent, et si souvent signals qu'il nest pas
conditions sociales. Elle passa comme un meteore,

XVIII
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XIX
besoin de s'y appesantir, &est, l'amoindrissement
Wen un autre ? On le sail, la Chambre des commu-
confirm de la royaute, quelques titres fastueux
nes (11). Le chef du gouvernement est absolument
qu'il lui plaise de prendre, et de la Chambre des
a la merci de ce pouvoir supórieur. On ne citerait
lords. Les honneurs leur reslent; la realitó du pou-
pas d'exemple en Angleterre, comme on le ferait
voir les quitte (9). L'auteur du Developpeinent de la
trap aisement en France, d'un cabinet persistant a
Constitution anglaise nest pas le seul a l'avoir re-
durer contre le VM1.1 de la majoritó de la Chambre
marque : on ne pule plus guere du gouvernement
basso, s'appuyat-il memo sur la Chambre haute et
de la mine; une autre expression est entrée dans
sur la royaute. II a le droit d'en appeler a la nation ;
le langage politique. On dit : le gouvernement de
it use quelquefois de ce droit, mais la pensee ne lui
M. Gladstone, de M. Disraeli. Le ministre domino
viendrait jamais, en ent-il le pouvoir, de pousser
tout; le souverain, les lords s'effacent devant to
plus loin la resistance. Si la nation consullee le,
chef du cabinet.I1 leur serait a pen press impossible
condamne, hien mieux, ne lui donne pas une ap-
d'opposer une resistance victorieuse a ses desseins.
probation Oclatante, it s'incline et cede : it rend a
La persuasion, facilitee assurement par un immense
la Chambre des communes l'autorite qu'il avail
prestige, est le seul moyen dont le monarque dis-
recue d'elle.
pose pour agir sur sa volonte. Un vote hostile de
Est-il necessaire de rappeler la recente retraile
la Chambre haute nuirait plus aux auteurs de ce
d'un premier ministre celebre?
La Chambre des communes a son tour, quelle
vote qu'a celui contre qui ils l'auraient dirige. Le
idee convient-il de s'en faire? Qu'elle soil l'expres-
maitre incontestable et inconteste, c'est le premier
ministre (10). Vingt faits con temporains, hien con-
sion fidele du peuple, surtout depuis les dernieres
nus des hommes qui suivent d'un regard souterm
reformes, on n'en saurait dou ter (12).A part les chefs
les evenements au dela du detroit, l'attesteraient
de l'aristocratie et la royaute qui les preside, tons
les membres de la nation yontleur place assignee.
sans peine.
11 ne faudrait merne pas croire quo la noblesse en
Mais co premier ministre, qui le choisit en le
soil separee. La plus haute aristocratic s'est conG-
designant, ou plu [CA en l'imposant au souverain:?
née dans la Chambre des lords ; mais toute cello
Qui le soutient? Qui le renyerse pour lui en substi-

XX
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
xxt
noblesse secondaire de petits barons, de chevaliers,
merveilleusement au progres et a l'avenement do
qui, jointe aux yeomen, a forme pendant longtcmps
la democratic la plus sincere. Pourquoi s'y est-on
le noyau le plus compacte de la nation anglaise, se
tromps si longtemps? vient que nos plus
fit incorporer de bonne heure dans la Chambre des
grands philosopher politiques du siecle precedent'
communes. 11 est done vrai de dire que celle-ci
et des ecrivains Mares dans celui-ci n'ont pas su
forme, a elle seule, un tout complet, ou ne manque
demeler cette verite, qui semble comme une de-
aucun des elements eonstitutifs peuple qui la
couverte imprevue? Comment se fait-il que plus
delegue et qu'elle represente.
d'un excellent esprit y voie encore un paradoxe
On le volt, l'edifice se dresse, majestueux et
accueilli volontiers par on sourire de . dedain ? La
aches:6, fonds sur la base large et solide, des ci-
raison n'en est peut-etre pas (Incite a saisir.
toyens de Loutes les classes, constitue par la Cham-
De meme qu'on prend souvent une fausse demo-
bre des communes qui en est le corps, terming au
cratie pour la bonne, on se meprend aussi, genera-
sommet par un conseil et par son chef, thins lequel
lement, sun le sons legitime et vrai du mot peuple.
Si l'on vent entendre par le peuple une portion
se resume la souverainete pop ulaire. Itetirez un mo-
distincte et separee comme par une barriere du
ment, par !Imagination, les pouvoirs paralleles, on
reste de la nation, une classe dont les interets
pourrait Presque dire accessoires, de la Chambre des
seraient speciaux, les souffrances particulieres, les
lords et de la royaute, la construction n'en restera
devoirs plus penibles, et qui ne pourrait conquerir
pas moins debout. Vous aurez ]'ideal mime de la
ses droits meconnus que par une lutte constants,
forme republicaine, tel qu'il West realise dans au-
avouee ou secrete, on s'abuse etrangement. En
cun grand ttat do monde, et qu'on l'a ecartejusque
France, it y a eu un tiers kat; it n'y en a pas de
dans le type sans cesse propose des republiques
quatrieme. Cette prêtendue classe que, dans notre
modernes, clans les Etats-Unis d'Amerique (13).
pays, les partis affectent d'appeler la bourgeoisie,
Voila le terme viers lequel, au jugement des ob-
embrasse en realise tout.e la nation; la bourgeoisie
servateurs les plus experimentes, gravile la consti-
est peuple, comme le peuple est bourgeoisie. Pour-
tution anglaise. Loin quo ce gouvernement pule-
quoi le tiers autrefois se distinguait-il de la no-
mentaire soit inherent a Ia monarchie, it se prete


XXII
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XXIII
blesse? C'est qu'il s'ólevait entre tons deux pour
naissait et grandissait a part, comme certaines
ainsi dire un rempart que le premier ne pouvait,
forets des anciens dans un sol sacre, inviolable. La
franchir. Les lois, les mmurs, les caracteres, le
bourgeoisie enfonce ses racines dans la terre com-
privilege dans les obligations et les avantages, tout
mune; c'est la seve memo qu'elle v puise qui s'e-
les divisait. La scission Otail profonde, Pantago-
panouita sa time en feuillage et en fleurs.
nisme naturel. Comment l'observateur impartial
Le spectacle auquel nous assistons en France est
decouvrirait-il la plus faible analogie entre cette
veritablement singulier. Ce ne sold, pas les classes
situation pass& et celle oil se trouvent placees de
dites dirigeantes qui repoussent cette communaute
notre temps, vis-à-vis l'une de Fautre, la classe,
d'interets et d'origine avec le peuple. Les classes
ouvriere et la classe bourgeoise? Aucun obstacle
ouvrieres, elles-memes les premieres, la repudient
n'arrete Partisan qui aspire a, une condition supe-
avec je ne sais quel opiniatre depit. Les travail-
rieure ; aucune loi ne l'enchaine, aucun préjugeme
leurs manuels fournissent eux-memes tousles j ours,
Pecarte, aucune preference ne l'exclut. Que lui
comme le prouvent des exemples multiplies, l'êlite
faut-il? Ce West pas meme l'aceumulation d'une
bourgeoise sortie de leur sein. Ce sont eux pourtant
epargne, souvent impossible, difficile toujours;
qui affectent de s'isoler dans une sorte, de caste,
c'est le sage emploi du salaire quotidien, la culture
et semblent mettre leur application et lour gloire
a
de l'esprit, la regle et la conversance introduites
entretenir une eternelle inimitie contre ceux qui
dans ses habitudes qu'elles polissent. Le bourgeois
leur tendent les bras. Le fait est constant, aussi dou-
loureux qu'inexplicable. L'un des leurs, par exem-
est l'homme du peuple affine ; l'homme du people
est a son tour, si Pon veut Bien ne pas s'offenser de
ple, au prix des efforts les plus louables, s'est-il
l'expression , le bourgeois it Fetat rudimentaire
detache des rangs de la multitude ; est-il parvenu a
et imparfait. On pouvait, dans l'ancien regime, faire
se joindre a ce qu'on pourrait appeler Pavan t-garde
un noble par exception ; dans le nouveau, le deve-
du peuple? A l'instant, ils le renient comme un
loppement qui transforme l'individu , dans son
parjure et un traltre qui ne merite plus que leur
ascension hors (le la foule jusqu'a l'elite bourgeoise,
mepris on leur anathema Ainsi, quand it leur est
permis de s'elever, ils,
est un phenomene naturel et :regulier. La noblesse
n'ont d'autre ambition ja-

XXIV
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XXV
louse que de s'immobiliser dans une condition infe-
cara.ctere dirigent le conseil et Faction. II en resulte
rieure et d'y faire redescendre ceux qui en sont
ne pent quo fausser, quand elle no le brise
sortis.
pas, le mecanisme dólicat et complique d'un gnu-
Les Anglais Font bien compris : cc nivellement
vernement. Pour cet art superieur de guider les
par en has est le danger mortel du regime popu-
destins d'une societe , it est besoin d'une mitre
laire. S'il y a on principe certain, un fait indenia-
preparation. S'y aventurer au hasard, c'est se perdre
ble, c'est qu'un pays n'est gouverne avec equite,
et perdre le pays avec soi (14). C'est le droit indiscu-
avec profit et gloire quo lorsqu'il esi remis aux
table des couches infCrieures, pour rappeler une
mains des citoyens les plus eclaires et les plus
expression rest& celebre, de monter a leur tour a la
lionnetes. Nulle doctrine ne prevaudra jamais con-
surface ; it y await crime h les en repousser, crime
Ire cot axitime du bon sans, Toute l'histoire se de-
meme ane pas leur en faciliter Faeces. Mais lour in-
roule a nos yeux pour en demon trer la valour. Aussi,
teret est de gravir pas a pas les hauleurs, et non de
qu'est-il arrive dans les pays oil, soil par Pellet d'une
les escalades. Les fureurs insensees de la premiere
brusque et violence revolution, soil par l'application
Republique en France ont retarde de bientet un
d'un systeme, soil en consequence de circonstances
siècle Fetablissement regulier de cette forme ideale
historiques speciales , la foule passionnee et Menne
de gouvernement, et it ne deviendra durable au-
a ete appelee subitement a manier elle-meme les
jourd'hui quo s'il reste aux mains prudentes qui
ressorts de l'Etat? L'administration publique et la
ont entrepris de le 'fonder. ()Won jette les yeux sur
mantle des affaires oft, tot ou tard revele les vices-
la Republique americaine. Elle petit s'enorgueillir
les plus funestes et engendre les plus desastreux re-
A bon droit de sa puissance et de ses libertes; elle
sultats ; tout au monis, les mceurs nationales y ont
a ete la patrie de l'herolsme civil ct de la vertu :
subi de cruelles atteintes. Cette classe de citoyens,
elle a reproduit, dans les temps modernes, le plus
qu'a l'exclusion des autres on appelle abusivement
magnifique exemplaire des vertus antiques ; mais
le peuple, et qui n'en est qu'une portion, n'a pas
Feruption du venin cache, pour avoir ete tardive,'
eu le temps d'atteindre au degre d'education et de
ne s'en est pas moins declaree a son heure. Com-
savoir oil les lumieres de l'esprit et la perfection du
ment la Republique de Washington, de Jefferson,

XXVI
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XXVII
de Francklin, est-elle devenue, a panic sortie do la
rie des esprits, le penchant a la tyrannie, la rude
plus epouvantable guerre intestine, le theatre at-
et brutale impatience, l'orgueil sans bornes, au tani
tristant de taut de desordres et de hontes ? L'exa-
de causes actives do desorganisation et de trouble.
men de la question est particulierement instructif.
La puissante union americaine so debut mainte-
Lorsque les colonies americaines firent la con-
nant contre ces fleaux qui la rongent, et nul ne
gate de leur independance, les divers elements
pent dire si cette crise redoutable, dont nous
dont se compose une nation, depuis les plus gro's-
voyons le debut, sera surmontee par sa sagesse et
siers jusqu'aux plus parfaits, s'eLaient moles et
son bonheur.
confondus des le principe, au milieu du mouve-
Tout autrement en &le de l'Angleterre. Le
ment meme de la colonisation, puis de la resistance.
germe dem ocralique, depose des l'origine dans sa
Les premiers, Bien qu'ils fussent superieurs, grace
constitution, apres avoir donne une premiere fib-
a leur education puritaine, a la classe analogue chez
raison, y resta comme a l'etat latent, agissant avec
d'autres nations, n'curent done pas le temps de se
sttrete, mais lentement et en silence, et dans sa
polir et de se preparer Rn rOle actif qu'ils devaient
croissance inegale, Bien quo continue, arrive a peine
jouer dans la nouvelle patrie affranchie. Quoi de
de nos jours a une seconde et definitive eclosion.
surprenant qu'ils aient porte dans les affaires pu-
11 etait dans la nature particuliere de ce principe
bliques le genie apre et incomplet qui leur Otait
et des institutions qui en decoulerent de ne favo-
propre ? Les grands hommes de rage d'or dispa-
riser l'avénement de la foule qu'au fur et a mesure
rurent, le souffle repandu par ces Ames herdiques
qu'elle s'etait en quelque sorte epuree et avail
dans le corps social naissant se dissipa pen a peu.
passe, coMme on pourrait dire, au crible d'une
Line immigration incessante, composee d'elements
education sociale (15). Le peuple, en Angleterre,
en general infórieurs aux premiers, acheva
n'a pas cesse un moment de prendre part a l'ad-
m
troubler rceuvre du perfectionnement de la foule.
I
inistration de l'Etat ; mais it n'exerca ce droit
A cc moment on vit se faire jour et predominer
qu'a la condition de se transformer, de devenir
peu a peu les instincts vulgaires et egoIstes, la
comme un peuple nouveau, eclaire, poli, ennobli
passion effrenee du gain, la faiblesse on la bizarre-
par le talent, la vertu on la richesse bonne-to. 11

XXVIII
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XXIX
faut dire a son eloge que, par son caractére calme
sans cesse ren ouvelee et sans cesse superieure a cello
et sense, par ses instincts dociles et respectueux,
qui l'avait devancee. De la sa force et sa duree.
it se prelait admirablement a ce frein salutaire.
Seulement on apercoit que ce procede memo de-
Le peuple anglais, de lout temps, a revendique fie-
vait induire. en erreur sur la veritable essence et
rement ses libertes publiques et privees, et s'en est
la portee do ce regime politique. Populaire en rea-
assure la 'pleine possession, a la difference d'autres
lite, it pouvait apparaitre comme aristocratique.
pays, comme la France, oil le tiers, si remarquable
On avail le spectacle de la plus sage democratie,
qu'il Mt par ses lumieres et sa capacite, cut besoin
dont une longue histoire a prouve surabondam-
un jour de pretendre a etre tout, parse quo jusque-
ment les bienfaits. On a cru y voir uric, oligarchic,
la it n'avait etc rien. Mais ce memo peuple s'est
et l'on hesite encore aujourd'hui a y chercher
aussi touj ours distingue par un rare sentiment d'es-
la regle et l'exemple dont, l' oubli, chez nous, si l'on
time et de soumission vis-a-vis de eeux quo lour
en juge Par plus d'un indite inquietant, risque de
merite, lour influence ou leurs charges elevaient
devenir funeste aux recentes conquetes de noire
a un degre superieur dans la hierarchic des
libertó.
citoyens. 11 aspirait a y mon ger avec eux ; mais
Il West pas de meilleure methode pour Bien ap-
regardait comme une condition equitable qu'on n'y
precier l'inspiration secrete, rharmonie et les ten-
parvint qu'au prix des memes travaux. Ainsi les
dances de cette constitution anglaise si mal con-
moeurs, de concert avec les lois, etablirent, dans
nue, que de remonler aux plus anciennes coutumes
tine nation si him douee pour la liberte et peu
d'ot elle derive. Demeuree intacte au fond, malgre
soucieuse dune egali Le mensongere et perilleuse,
les transformations diverses qu'elle a dir subir, elle
une democratic aussi reelle que cello d'Athenes et
ne s'est jamais ecartee de sa forme primitive ; elle
de Pericles, dont elle se glori fie a bon droit d'avoir
s'en est au contraire constamment rapprochee, et
reproduit l'eclatant modele. Cette democratie ne
pour dernier progres y est presque enlierement re-
se livra pas a la multitude tumultueuse et inculte.
venue dans notre siecle (4 6).Ces antiques institutions
Fondee sur l'amelioralion graduelle du corps de
sont d'autant plus faciles a etudier qu'elles se sont
la nation, elle se confia prudemment ar une elite
perpetuees jusqu'a 'nous chez quelques petits
b.

INTRODUCTION.
XXXI
XXX
INTRODUCTION.
peuples et clans quelques grouper obscurs
des destinees d'un people (17). 'route l'histoire n'est
echappes pour des causes diverses aux revolutions
A leers yeux qu'une longue et constante evolution,
des grands Etats, en sont Testes a l'organisation de
la perpetuite d'une immemoriale tradition. lls
leurs premiers jours. Le type de ces modestes so-
semblent avoir raison en ce qui concerne leur pays ;
cietes se retrouve entre autres dans certains can-
mais it n'a pas ate donne a tons les autres de jouir
tons de la Suisse, oil un
s'il renaissait,
de cette felicite et de n'avoir qu'a contempler, sa-
croirait revoir ces tribes germaniques gull a si ma-
tisfaits, le dóroulement de leur histoire.
gistralement et si exactement depeintes. Memes
11 est cependant une legion precieuse que nous
assemblees deliberatives ou claque citoyen parait
pouvons encore tirer de cet exemple, en nous appro-
en personne ; meme election des chefs devenus
priant une qualite maitresse de ce grand people.
avec le temps de simples magistrats ; meme regime
Le sujet est d'une importance assez considerable
de la propriete, meme simplicite de mmurs, meme
pour meriter qu'on s'y arrete.
fierte male et independante. C'est le self-govern-
Nous sommes victimes depuis longtemps d'une
ment, dans toute la force et l'etendue du terme,
tendance facheuse, d'un deplorable travers dont
les citoyens, tous egaux, tous libres, administrent
les strangers nous ont souvent plaints on rallies :
e,ux-mernes leurs affaires en conimun. 'Voila oil les
je veux dire la manic des systemes dans le gouver -
Anglais reconnaissent, avec une satisfaction qui
nement. Les Anglais surtout s'ebahissent deviant
Va
jusqu'a I'enthousiasme, les origines et le modele de
nos constitutions successives, elaboróes avec une
leur socike politique. On sait en effet s'enor-
methode mine tieuse, oh une science profonde s'est
gueillissent surtout de n'avoir jamais innove, de
epuisee en subtiles combinaisons, oil l'on n'a rien
n'avoir fait qu'aider a l'accroissement successif et
orris, Hen livre au hasard, dont toutes les parties
a l'expansion de leurs institutions originelles.
soot adaptees avec art dans un ensemble impo-
L'idee revolutionnaire leur est tout a fait etrangere.
sant, et qui, s'elevant chacune, pour ainsi parler,
Its n'admettent pas cette introduction inattendue
cornme une forteresse inexpugnable, semblent de-
d'un element nouveau, mfiri par le travail des
fier l'ennemi. Au premier choc, elles s'Ocroulent,
penseurs, et venant a son jour 'changer la direction
elles disparaissent, po ur faire place a une autre,

XXXII
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
mut
non moins solide en apparence, non moins fragile
l'experience qui sail, toujours se corriger elle-
en realite. Nous commettons trop l'erreur de de-
mem, a des habitudes qui se pre-tent comme na-
daigner la pratique pour la thêorie, de poursuivre
turellement aux besoins de chaque (Toque. Ds ne
l'idee en laissant, Ochapper le fait. Tel est notre
veulent d'autre regle que I usage ; lours institutions
genie : it nous taut appliquer aux faits sociaux les
traditionnelles leur suffisent (19). Calmes, attentifs,
methedes rigoureuses de la pensee (18).Nous n' aeons
sans parti prix, ils regardent, ils observent, ils at,-
de cesse qu'ils ne soient etiquetes et classes; nous
tendent, prets a porter secours a la partie
nous ingenions a les tourmenter en mille manieres
lante du vieil edifice, a combler un vide, a ajouter
pour les enfermer dans tin motile fagonne d'a-
une construction, en sorte que ('ensemble se re-
vance ; nous leur imposons une logiquc serree et
nouvelle et se maintient a la fois, dans une perpe-
inflexible. qui West pas la lour et a laquelle it est
tuite qui est un rajeunissement continuel. Sous ce
inevitable qu'ils echappent. De la ces oscillations,
rapport, en particulier, leur constitution pent etre
ces retours soudains, ces deceptions êternelles.
regardee comme le chef-d'oeuvre de la politique
Le progres, ainsi entrave, devient impossible.
liumaine. Dien n'en est &Tit, comme on sait. Des
Que les Anglais sont plus sages! Leur genie pra-
coutumes immemoriales, des statuts uniquement
tique ne saurait admettre ni ces generalites metho-
destines a les eclaircir ou a les c,onfirmer : e'est
diques, ni ces systematiques agencements ; les
la que tout se borne. Mais cette constitution, in-
ideologues, avec lour science artificielle et leurs
corporee a la nation, loin d'etre un programme
prejuges, lour inspirent une insurmontable aver-
creux et, mort comme les nOtres, vit avec elle; elle
sion. Cc ne sont pas eux qui se forgeraient une
conic en quelque sorte dans ses veines avec son sang ;
douzaine de constitutions durant l'espace de mains
l'Anglais n'a pas besoin de l'apprendre ; i1 la sait
d'un siecle, et qui, dans leurs livres, construi-
d'instinct, it ne la comprendrait, pas autrement.
raient des systemes de toutes pieces oil l'auteur.
Comme ('enfant devient homme en restant le
acharne a sa pens& abstraite, s'obstine a faire en-
memo ainsi s'est-elle successivement trans-
trer, comme dans un lit de Procuste, les &One-
formée, ainsi se transformera-t-elle, sans cesser
ments, les hommes et les el-roses. Its s'en tiennen•
d'être
vieille loi, there a tout cceur anglais,

INTRODUCTION.
XXXV
XXXIV
INTRODCCTION.
peel pour l'erudit et eloquent publicists, combat-
d'Alfred-le-Grand el d'Edouard le Confesseur.
tre ses sentiments et sa doctrine.
Imiterons-nous jamais ces esprits positifs et cir-
Lorsque, pros de cent ans en arriere, les plus
conspects? Consentirons-nous h faire ceder la rigi-
;rands esprits et les cwurs les plus genereux qui
(lite de nos systémes abstracts et preconeus A la
aient jamais honors un peuple, se furent reunis
umbilite prevue des evenements ? It ne semble pas
de toutes les parties de la France pour composer
temeraire d'en nourrir l'esperance, ii voir du
la plus illustre assembles des temps modernes ,
moins les larger traits de la constitution actuelle.
its n'hesiterent pas. Hs declarerent A. la France
redigee, it est vrai, sous la pression des circon-
qu'elle etait digne et capable de devenir Libre, et
stances, mail qui n'ett pas et.6 possible sans le
its furent d'avis que les institutions qu'avaient en-
progres evident do nos mceurs politiques. Elle est
vices pour elle un Voltaire et un Montesquieu de-
courte, nette, precise. Elle ne fait pas table rase du
vaienl etre le fondement et la Moire de Pere nou-
passé et ne pretend pas tier l'avenir. C'est la pre-
velle. D'autres hommes, apres eux, s'inspirant do
miere qui n'affecte pas de se croire immortellt! :
theories plus seduisantes par lour hardiesse et
plaise ii Dieu Tie, la premiere aussi, toute dispo-
see ii s'assouplir au gre des Ovenements, elle ne
leur nouveaute memes, et se recommandant d'un
soit pas brisee sous lour etreinte !
penseur non moins fameux, proliterent de fautes
Les considerations qui precedent s'appuient stir
pent-Dire inevitables pour s'emparer de la fouls
l'autorite de tonic unc ócole moderne de remar-
et l'entrainer par dela, les barrieres prudemment
quables ecrivains anglais (20), et concordent specia-
&Nees. Le C'ontrat social supplants 1'E sprit des lois ;
lement avec les theories de l'eminent historien dont
la Convention renversa l'Odifice de la Constituante,
j'offre ici au public le curieux ouvrage. Sur tous
et, pour en vouloir agrandir premalureme.nt l'en-
les points que je viens d'examiner, M. Freeman me
ceinte, risqua d'en Obranler la solide assise. Cette
parait faire preuve do vues aussi justes que pro-
scission, comme l'evenement ne le prouva que
fondes. Je ne puffs qu'ajouter mon humble opinion
trop, devint fatale, et n'a cesse, depuis lors, de
A la sionne. Mais it en est d'aut.res oii je dois me
poser sur nos destinees et sur' celles de la revolu-
separer de lui et oil foserai, quel que soil mon res-
li on. Qui pourra dire combien de calamites nous

INTRODUCTION.
XXXVII
XXX\\'I
INTRODUCTION.
volonte de celui qui la fail. Elle ne s'apercoit pas
eussent 61.6 epargnees, a quell° grandeur solide
qu'elle proclame ainsi, a l'image de la tyrannie des
nous fussions parvenus, si, des cette époque, R.61-u-
rois, le despotisme de la multitude. En accordant a.
blicains et Constitutionnels, roux-la moins impa-
l'individu cette independanc,e sans berries et sans
patients et moins absolus, ceux-ci plus hardis,
frein, elle meconnall la regle eternelle du bien.
mieux instructs aussi de la force interne el de la
cette loi souveraine qui reste superieure a touter
portee politique de leur principe, avaient resold
nos resolutions, et, bon gre, mal gre, clans noire
de s'entendre, comme ils l'ont fail aujourd'hui, sur
esprit memo, les condamne ou les approuve, suivant
le terrain commun de la liberte?
qu'elles Folfensent ou s'y conforment. Les disciples
II y a, dans cot antagonisme des deux philoso-
phies politiques de Rousseau et de Montesquieu,
de Montesquieu n'acceptent pour maitre ni prince,
une raison d'être serieuse, mais purement doctri-
ni noble, ni ni un homme ni une collection
mile, et qui disparait lorsqu'on passe du domaine
d'hommes. Leur unique souverain, c'est le Bien et
de la theorie h celui des fails (21). 11 imporie, de Bien
le Vrai. S'ils rencontraient quelque part le Vrai ab-
specifier le point capital qui les divise, mais it im-
solu, le Bien parfait, ils se soumettraient obeissants.
porte tout autant de faire remarquer que cette
Mais, qui ne le sail? on ne les trouve pas dans
divergence n'exerce pas une influence appreciable
no tre infirme humanite. C'est done noire lot d'.en re-
sur la pratique des institutions politiques (22). Les
produire seulement la moins imparfaite expression,
deux .ecoles reconnaissent egalement a chacun des
den recueillir partout jusqu'aux rayons les plus
membres de la cite le droit de Bonner son axis stir
faibles, pour composer de leur ensemble le faisceau
la chose publique. Le suffrage universel, tradition
le plus fort et le plus lumineux. Voila pourquoi ii
interrompue de nos premiers aleux, n'est pas
ne suffit memo pas que l'humble citoyen ecoute,
moins acclamó par nine que par l'autre. Mais oil
suive de loin, con tribue a former l'opinion publique.
elles cessent de s'accorder, c'est quand l'une altribue
Les parlementaires craintifs qui s'en sont terms
a. ce suffrage line souverainete absoluc quo l'autre
ont nui a leur autorile et a leur cause, en n'allant
lui refuse dans ces termer et avec cette portee.
pas jusqu'au bout dans les consequences certaines
L'ecole de Rousseau place l'origine de la loi dans la
do leur principe. 11 est necessaire, comme it est

XXXVIII
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
xxxix
juste, quo le plus obscur lasso entendre Lout au
hommes, parce qu'ils ne se soumetlent qu'a leers
mins ]'echo de sa voix dans les grandes delibera-
interets on a lours caprices formules en lois. Je-
tions de la nation : c'est en meme temps un devoir et
reserverais plutet mon admiration pour ceux qui
un droit pour la sociale aussi Bien que pour lui (23).
inclinent spontanement leer volontó , reconnue
Sa part de raison dans la raison generale, se joignant
injuste, devant ]'ideal de la Raison. Apres cette cri-
a toutes les autres, contribuera h. fixer la portion
tique, qui petit aussi passer pour un eloge, suivant
de justice et de verite qui servira de loi, jusqu'a ce
le point de vue auquel on se met et lc camp oh Yon
quo cello loi, a lasuite d'une enquete nouvelle, soft
se range,j'en hasarderai d'autres. Je pourrais, par
completes ou corrigee par une mitre. Mais, a aucun
exemple, relever 'Injustice flagrante avec laquelle
titre, de cetteinterven legitime, obligee, ne peut
Fauteur, tout plein gull est de sentiments reli-
naitre une souverainete, en dehors de la justice
gieux, juge le catholicisme et la papaute, si cc n'êtaiL
cherchee en commun et quo la societe poursuit sans
la un terrain sur lequel un Anglais se mon trera Lou-
relache, parce qu'il est possible d'en approcher,
jours intraitable. Mais oit je no voudrais pas deses-
jamais d'y atteindre.
perer de ma cause, c'est en essayant de le ramener
M. Freeman se rallache a recole de Rousseau,
a une appreciation plus equitable et moins partiale
Celle qui predomine chez nous. Il est vrai qu'avec
de notre race.
le sons pratique qui n'abandonne jamais le theori-
Lorsque M. Freeman oppose les Teutons aux
tien anglais le plus temeraire, it n'hesite pas a s'en
Welches, les races latines, qui ne seraient pas aptes
affranchir lorsqu'elle le gene. On le verra refuser
a la liberte, aux races germ aniques, qui en auraient
plus d'une fois, dans son livre, de la suivre jusqu'au
fait leer monopole, je lui pardonne sa predilection
terme rigoureux de ses deductions. Toutefois, la
enthousiaste pour les aieux donl, le sang coule
souverainete absolue de l'individu brille a ses yeux
dans ses veines ; mais j'en appelle do son patrio-
comme un dogme auguste ; it la Mare avec trans-
tisme exalts a sa science meme et a sa droiture.
port. Ce sera la son plus beau titre aupres des esprits
Est-il possible de tenir pour non avenus les bienfaits
qui nourrissent les memos convictions. Pour moi, j e
in dóniables dint le monde moderne — a part l'An-
tie puffs ml ektasier, ainsi qu'il fait, devant des
gl eterre, s'il Taut rexcepier — est redevable a la

INTRODUCTION.
INTRODUCTION. -
XLI
civilisation romaine? Et qu'a done fait de plus pour
lotions des Irois Iles normandes, resides la propriete
l'humanite la civilisation germaiiique? Sans Rome,
des Anglais sur nos cotes, inais si essentiellement
eilt-elle memo existe (24)? Qui affirmera que les li-
franeaises, et relies encore do bas Canada, oil noire
bertes rudes et sauvages qu'abritaient les forets du
race est sans mélange, qui montrent pourtant une
Nord eussent jamais etc si fecondes, si elles n'avaient
si rare aptitude pour le self government, faut-il done
senti les souffles du Midi ? Est-il certain que les
les passer sous silence? En fin, pour terminer par le
institutions saxonnes, livrees a elles-mdmes dans
trail le plus frappant, pout-on oublier, sans se
file britannique et echappant a Faction tres-com-
rendre coupable d'une criante injustice, qu'une re-
plexe du continent latin, eussent enfante hi consti-
volution fameuse entre toutes a, la premiere, non-
tution liberale dont la nation anglaise, est si justement
seulement defini avec solennite, mais genereuse-
flere ? De celebres historiens, hors de notro pays, ne
ment Write de mettre en pratique tons les droits,
nous ont-ils pas enseigne que Felement arisLocra-
sans exception , que róclament legitimemenl
tique des societes modernes de l'Europe y aurait
l'homme et le eitoyen, et quo cette revolution est la
paru soils les-auspices des Germains memes, dont la
Revolution f'iancaise?
liberte, apres tout, n'aurait die qu'un individualisme
A vouloir hien approfondir la question, serait-il
egolste et farouche ? Les Romanis, au contraire, au
memo si malaise de dómontrer quo la philosophic
su de tons, n'avaient-ils pas savamment organise le
utili Mire, anglaise, en subordonnant la liberle de
regime communal dans Louie Fetendue de leur em-
Findividu aux vicissitudes de l'interet general, lui
pire? EL dans la Grande-Bretagne, ces a utochthones ,
prete un appui moins ferme et plus discutable que
des Celtes, primitivement sounds par les envahis-
la grande ecole francaise, qui la Conde sur le carac-
seurs sagons, paraissaient-ils done si Otrangers a
tete sacre, et inviolable de la personne humaine ?
tout sentiment de liberte ? Et l'Irlande, oii l'ancien
La preuve en est flagrante, sous nos yeux, dans
droit celtique constate Fusage d'assemblees gene-
l'Allemagne elle-memo. Deja, en remontant de bon
rales sur une bruyere ouune colline; comme dans la
Hombre d'annees, un revirernent singulier s'annon-
Suisse memo, dont M. Freeman fait, en debutant,
eait chez nos voisins d'outre-Rhin. Le philosophe
nn tableau Si poetique et si ilatieur ? Et ces popu-
Hegel se plaignait de la trop large part aecordee

NUJ
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
dans les institutions anglo-saxonnes A l'ini tiative in-
ordre, mais une loi. Nous voila hien loin des anti-
dividuelle. Aujourd'hui, ce mouvement de reaction
ques Germains et de leur Wapnatack, cc choc des
s'y dessine plus nettement encore. Dominee par
armes qui dec,idait du choir des chefs et du sort
des considerations et des circonstances speciales,
des propositions qu'ils soumettaient a leurs in-
obeissant au bosom dune étroite cohesion indis-
domptables compagnons !
pensable it l'achevement de ses desseins, l'Allema-
Ces faits sent notoires ; toutes les voix de la
gne romp', decidement avec la tradition liberale
presse les publient journellement. En verite —
de ses aieux. Ce n'est plus l'independance de l'in-
peut-on s'Ocrier — est-ce hien le moment de van-
dividu qu'elle arbore comme un drapeau sacre,
ter si magnifquement et de porter si haul la grande
avec son noble cortege de !Mertes et de vertus ; le
ame germanique?
but qu'elle poursuit, avec une Constance et une
Non, la liberte n'a jamais Ote l'apanage dune
rigueur dignes d'une autre cause, c'est la concen-
race humaine a ]'exclusion des mares (25). Ne re-
tration la phis formidable de tous les pouvoirs aux
trouve-•on pas le meme droit primal!' chez tons les
mains de 1'Etat. La convergent tons ses efforts,
peuples it leur naissance? N'a-t-on pas signale 1'a
toutes ses lois, toutes les reformes de sa pobtique
nalogie des institutions gerinaniques avec celles
interieure et do son administration. L'Etat dorena-
memos de l'Inde ? Ce est vrai de dire, c'est
vant sera tout ; I'individn n'a qu'un-devoir qu'un
(rue certains peuples, tout en aimant la liberte, ont
role, s'absorber dans l'Etat. L'enseignement
pu etre en ',Isaias a porter leurs preferences ailleurs,
s'est donne pour mission de rópandre et de conso-
y a une portion de verite dans le reproche qui
lider la doctrine nouvelle. Les professeurs les plus
nous est adresse. Oui, la liberte, hien qu'elle nous

renommes, a. Berlin et ailleurs, enseignent a leurs
soil aussi there gill personne, nous touch° moms
disciples que les races royales et les classes diri-
cependant qu'un autre droit, l'egalite : et c'est la
geanies ne doivent pas Rise discutee.s, et planent
noire tort. On pelt dire que la passion de l'egalite
an-dessus de l'instabilite des opinions; qu'un bon
est le trait dominant de notre caractere national.
prince est Point du Seigneur, une image terrestre
Cette passion s'est nourrie de notre sourde et an-
de la majeste divine, don', la parole n'est pas un
donne irritation contre le regime des castes ; forti-

XLIV
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XLV
fiee par la longue du roe d'un combat necessaire, sou-
besoin, dans tine plus large mesure peut-Otre quo
cent quitte, touj ours repris ; exasperee par la crainte
d'autres peuples, de nous appliquer a tine double
de voir, apres tant d'efforts, lui echapper la victoire
tiiche : d'une part, etendre le domaine trop res-
enlin remport6e. Lame remplie de cet unique
treint jusqu'ici, la science a ete circonscrite
souci, la France — cent ans anssi occupee tout en-
clans notre pays ; de l'autre, Clever, et, pour ainsi
tiere 1 defendre et a recouvrer son in dependance na-
parlor, affiner le sentiment public. Hausser le ni-
iionale — ne s'est pas habitnee a desirer la liberte ;
veau des intelligences et des murs telle est l'muvre
elle en a moins compris les avantages et le boson'.
qui sollicite les amis de la liberte. Cost parmi nous
Elle s'est inc,onsciemment abandonnee a tons les
un vcn u unanime quo l'instruction, comme un sang
pouvoirs qui ont eu la precaution de ne pas la cho-
genereux destine a regenerer la France, coule de-
quer dans ses plus vifs instincts. L'amour de la li-
sormais a profusion dans tonics les veines du corps
berte, n'ayant pu naitre ainsi de l'exercice de la vie
social, et, par une circulation rapide ct inccs-
publique, ne s'est developpe en France qua lardi-
sante, aille y jeter la vie jusqu'a ses extremites
vement et dans les plus hautes classes, A la favour
los plus incites. Mais s'il est un parti politique en-
d'une culture eminente de l'esprit. Le bosom de
tre les autres qui la souhaite et s'y devoue, c'est
l'egalit6 ne va pas sans quelque alliage ; it y entre
le parti parce qu'il cede ainsi a la logique
autre chose quo le legitime souci d'un hien per-
memo et I. la force de son principe. L'instruction
sonnel. L'analyse y dernele sans peine un ele-
est son plus puissant levier,- la condition de son
ment moins pur, je ne sail quel chagrin inquiet et.
triomphe definitif. Les classes eclairees elles-me-
hostile a la vue des avantages d'autrui, qui en est
mes, combien pen le sont-elles ? Satisfaites des li-
comme le ferment cache. La liberte au conlraire
bertes qui suffisent a leurs interets materiels, elles
n'inspire qu'un attachment noble, delicat, vierge
n'en ambitionnent pas d'autres, et font bon mar-
de lout interet inavouable; le detriment de run,
ehe de colles qui sauvegardent les interets mo-
pour elle, ne pout Ctre le benefice de l'autre; elle
raux, la (lignite de l'homme. Descencicz l'echelle
fieurit au profit de tons. Aussi, pour aiguiser en
sociale. La, on entend par liberte la facult6 de tout
nous cc. gout Mousse de la Eberle, avons-nous
detruire, de tout oser, de vier tons les devoirs
c.

XLVI
INTRODUCTION.
INTRODUCTION.
XLVII
comme de s'arroger tons les droits (26). L'instruction
nienses applications ; le commerce recule (levant
et ]'education corrigeront ce mal, parse que, s'il est
I'audace des entreprises ; le travail, devant la pri-
grand, it ne tient pas du mains, on peat s'en con-
vation de l'epargne; la pens& peril le goat des
vaincre, a noire constitution intim et a notre sang.
haules speculations ou elle mettait sa gloire, et la
On a pule de decadence ; on a cult que nous fle-
philosophie desapprend ses brillanis combats ; on
chissions sous ]'heritage heroique de nos pores et
volt enfin tons les ressorts se detendre, et la na-
sous le poids de noire revolution. N'a-t-on pas pre-
tion, ainsi frappe° a mort, n'offre plus quo le spec-
tendu aussi- que l'Angleterre Malt degeneree de
tacle d'une langueur oisive, morne, impuissante, si
ses ancôtres et penchait vers sa ruine ? Non, et,
elle ne s'eveille pas pour de honteux plaisirs on de
quels quo soient les sympthmes dont on puisse
muffles querelles.
s'effrayer en cc moment, quelles que soient les ap-
En sommes-nous la, et qui ne reconnaitra corn-
prehensions quo concoivent les Ames timides et
hien ce tableau differe de la realite? Le regime pre-
qu'alimentent en elles des esprits mecontents ou
cedent avait pu enerver les caractöres et amollir
exaltes, ne nous laissons pas alle y a un decourage-
les mmurs. Apres la terrible secousse qui nous a
ment indigne. A l'heure de la decadence, un trou-
ebranles, les institutions essentiellement liberales
ble profond regne partout, dans les regions
que nous avons enfin adoptees, hien qu'elles soient
moyenncs comme a la cime et dans les bas-fonds ;
imparfaites encore et ballottees comme clans tine
l'egoisme, la pear, taus les sentiments dangereux
tourmente par ('impatience on ]'hesitation des es-
ou vils envahissent l'etre social entier ; comme on
prits, acheveront de nous arracher a notre tor-
ne s'assure sur rien, on dedaigne l'effort, on s'aban-
perm et de nous rendre A notre virile energie.
donne an hasard ; le regard, qui n'ose percer dans
slat que nous ne refusions pas d'en apprendre le
l'avenir, se detourne du cote du passé pour y cher-
difficile usage.
cher des motifs de recrimination canine le present;
L'auteur du Debeloppement de la Constitution an-
le mouvement des esprits et des bras, paralyse,
glaise, du commencement a la fin de son livre, ce-
s'arrete ; les sciences ne dócouvrent plus de nou-
lebre la liberte. Il en fait le patrimoine et l'hon-
velles verites ; l'industrie n'en 'cherche plus d'inge-
neur de sa race. Je veux hien oiler en etudier chez

XLV111
N't RODUCTION.
lui les applications et l'exereiee ; quant a la vertu
mOme qui en est la source, je la revendique A mon
tour pour mon pays, parce que c'est Celle des
peuples forts qui peuvent etre vaineus, mais se
NOTES DE L'INTRODUCTION
relevent toujours de leurs delaites.
ALExAmu: DEHAYE.
Paris, le 3 juin 1877.
(I) Ce que disait M. de Remusitt, it y a plus de Ningt
n'a pas cesse d'être vrai la constitution anglaise
est la meilleure solution europeenne du probleme de la
liberte politique.
11 aurait pa ajouter : aussi Bien dans tut etal republi-
cain que dans une monarchie. C'est cc qu'eclaircira
l'ouvrage mane de M. Freeman. On y verra que lc re
ime parlementaire observe en Anglelerre par Montes-
quieu et de Lobne n'est plus, en realite, celui qui fonc-
tionne sons nos yeux. La preponderance toujours crois-
sante de l'element populaire en a completement change,
non pas la nature, mais la maniere d'etre et la physio-
nomie.
(2) On n'apercevrait cependant qu'une face des (Moses,
si l'ou ne remarquait pas que chile. de toutes
les classes du peuple anglais, au-dessous de la pairie,
a eta entiere des le milieu du moyen Age, a une époque
oit nous etions Bien loin de l'avoir obtenue pour nous-
'names.
Le droll. d'ainesse n'etait pas un privilege de la no-
blesse, mais la loi commune du pays.
(3) Montesquieu :
(c La democratie et l'aristocratie ne sont point des
Etats libres par lour nature. La liberte politique ne se
trouve que dans les Etats moderes.

L
NOTES DE L'INTRODUCTION.
NOTES DE L'INTRODUCTION.
Bossuet developpe cello pensee. Il explique qua « la
des 'communes, jusqu'au regne d'Henri VT, au quinzieme
liberte excessive se &Emil elle-meme » ; — que ,
siecle, et, pour les elections paroissiales, jusqu'a la
(«l'autre part, fautorite, qui de sa nature emit ioujOlit'S,
Restauration.
degenere en tyrannic »; — que « l'interet particulier,
Quanta ce qui touche "'organisation de Ia propriete
qui fait que de part et d'autre on pousse plus loin qu'il
fonciere, tout le monde connait les ligues successive-.
ne faut memo ce qu'on a commence pour le bien pu-
mut organisees depuis une dizaine d'annees de l'autre
blic, ne permet pas qu'on demeure clans des conseils
ate de la Manche, et les succés qu'elles ont déjà rem-
moderes »; — qu'enfin « entre ces deux extremites un
portes. Mais le travail d'amelioration y date de bien
peuple sage dolt trouver le milieu ».
plus loin, et, chose curieuse, preoccupa les roil les pre-
N'est-ce pas la une lecon que Woos n'avons jamais eu
miers. Les Tudor, en particulier, prirent plus d'une rne-
plus grand besoin (Maier qu'aujourd'hui memo?
sure utile contre l'accumulation excessive des Wens-
(••) Milton :
fonds clans les memos mains. Les mceurs, jusqu'a
present, ont resiste au bon vouloir memo des gouverne-
For orders and degrees
monis.
Jar not wilh liberty, but well consist.
(7) Elle s'est lenlement o ,neree et se continue tour
les jours par l'effet surtout du progrãs silencieux,
Bossuet, les Empires :
souterrain en quelque sorte, d'une constitution toute
« Le people le plus jaloux de sa liberte que l'univers
convenlionnelle, inconnue a la loi &rite, formée de
aft jamais vu se trouva en memo temps le plus soumis
sous-entendus et d'habilndes, mail d'une puissance
a ses magistrats et a la puissance legitime. »
irresistible. C'est it ''etude de colic loi non &rite et si
(5) La constitution de la noblesse en Angleterre n'a
Orninemment importanle par ses resultats que fauteur
entraine quo des modifications dans la loi civile. Or, it
du Developpement de la constitution anglaise consacre son
est de toute evidence que les lois chiles peuvent varier
troisieme chapitre, le plus interessant pout-Otre de
sous le memo regime politique, démocratique ou attire,
bons.
sans en alb:Ter la nature.
(8) On essaierait en vain d'enrayer aujourd'hui le
(0) Le principe des institutions anglaises est si pen at-
mouvement democratique ; mail Ia sagesse du peuple
teint clans cette question que, partout oil la libre occu-
et la moderation des ecrivains qui, comma M. Free-
pation du sol n'a pas ere limitee comme dans la mere
man, dirigent cc monvement peuvent amplement ras-
patrie, on a vu cc principe deployer a 'Instant toute sa
surer l'Angleterre sur toute Oventualite funeste. Macau-
force democratique. Ainsi en Austridie, ainsi dans l'Amé-
lay s'effrayail a tort. On pout le prévoir : les reformes
rique anglaise. Si le droit stalutaire a quelque chose d'a-
memos les plus graves s'accompliront chez nos voi-
ristocralique, Ia coutume saxonne au contraire, to com-
sins a l'heure voulue, sans secousse et sans trouble.
mon law, diva d'essence si populaire qu'elle admit tout
Heurcuse Angletcrre !
d'abord le suffrage universe' memo. On ne se souvient
(9) Le roi ne prend plus part aux deliberations du
peut-fare pas asset quo le suffrage universe' fut en vi-
cabinet ; it n'a plus le droll de veto ; it n'a plus le droit
gueur en Angleterre, pour les elections a la Chambre
de grace que sous restriction ; it ne peat plus prendre

LII
NOTES DE L'INTRODUCTION.
NOTES DE L'INTRODUCTION.
1.11
de secretaire polilique, et. s'il nomme aux charges, son
rendre la Chambre des communes le titre qu'elle pro-
choix est en qucique sorte force.
nail autrefois.
Les Lords — pour ne titer que ce Mt — no peitvent
(13) 1,e nmud du gouvernement anglais est la respell-
plus se taxer eux-memes, car la Chambre des commu-
sabilite franchement et invariablement
nes est desormais smile souveraine en matiere d'impOts.
praliquee, (Pon resulte l'autorite absolue du comite par-
Its n'ont plus memo le droit d'amender les lois do finan-
lementaire qui a psis la place de Vanden Conseil prive,
ces. Its enregistront, its exercent un pouvoir modera-
et du premier ministre qui en est lc chef. C'est cc qu'on
tour : rien au debt.
a appele le youveenement de cabinet.
(10) Un exemple de l'independance du ministere vis-
Tout autre est la constitution americaine, on le pre-
a-vis de la repute : Lord Palmerston, en 1852, ecrivant
sident pout agir dans la plus complete independance du
a Lord Normanby, ambassadeur d'Angleterre a Paris,
congres. II en resulte, aux Etats-Unis, une dualite de
qu'il approuve le coup d'Etat, ne coin muniquant pas sa
pouvoirs, Bien moms conforms assurement au type de-
lcttre h la reins, et r»aintenant son droll de ne pas lui
f du gouvernement republicain quc l'autorite unique
soumettre ses depeches, ni cette fois ni d'autres.
el concentree que nous constatons en Angleterre.
(II) Depuis 1832 surtoul, le pouvoir, qu'exerce en son
(14) Montesquieu :
nom le premier ministre, appartient entierement a la
Le peuple West point du tout propre a discuter les
Chambre des communes. C'esl elle qui concentre dans
affaires, cc qui forme un des plus Brands inconvenients
ses mains tout le gouvernement du pays. M. Disraeli
de la dennocralie, »
lui fail dire quelque part : c'est
Si l'on Veut, a l'encontrc, rernarquer le biedait ca-
711. 0i, et rien de
plus vrai. Notre anteur ne manque pas de le consta-
pital de cette meme democratic, on n'a qu'a consulter
ter.
(qui le croirait?) Bossuet lui-memo :
En 1832, Guillaume IV retablit malgre lui et sir les
L'avantage que la Grece limit du gouvernement qui
instances des communes l'administration de lord Grey.
la charmait, etail que les citoyens s'affeetionnaient
En 4831, lord Melbourne est ramene au ministere mal-
d'au tan t plus a ce gouvernement gulls le conduisaient
gra le roi encore. On verra aux notes de M. Freeman
en commun, et que chaque particulier pourait pa rvenir
comment la rune Victoria fit contralti le de subir Robert
aux premiers honneurs. »
Peel, en 1841. En 1851, cc Int le tour de lord Palmer-
(15) Et cette restriction n'a sitrement rien de contraire
ston. Les faits surabondent.
a la nature du regime populaire. C'est J.-J. Rousseau
(12) Sous Henri IV, au quinzieme siècle, les membres
qui a diL : « La democratic pout embrasser tout le, peuple
de la Chambre des communes s'intitulaienl les procur«-
ou se restreindre jusqu'a la moitie.
teuPs et avouds du peuple entier, « procuratores and atter-
Montesquieu recommande aussi de ne pas confondre
»ies for the whole people. » De nos jours, et apres qua
le pouvoie du peuple avcc sa libertd. Le peuple unit fibre;
la bourgeoisie y a deja fait irruption en masse a la suite
mils it doit acquerir le droit de gouverner.
de la reforme de 1832, le corps electoral s'est encore
(1(3) C'est la no point capital de la these quo sentient
ouvert dans les plus larges proportions aux ouvriers et
M. Freeman dans son ouvrage. Cue observation, mime
aux petits commereants ; on petit done, sans exagerer,
superficielle, pent aisement constater les pas quo Mt


1,1v
NOTES DE L'INTRODUCTION.
NOTES DE L'INTRODUCTION.
1,V
chaque jour I'Angleterre vers le regime purement
vient mieux aux grands. Les widens constilutionnels ne
démocratique ; mais it est necessaire d'y regarder de
disaient pas autre chose.
plus pros pour demeler au milieu de ces transformations
(22)La Republique est au terme de tout liberalisme
si graves la conclusion naturelle et logique des premis-
consequent et sincere, sinon comme une necessite, du
ses manes posses dans ['antique constitution. L'Otat
moms comma un achevement et tine perfection. Mais
cle choses actual West qu'un retour h celui des premiers
il s'en follicle tout qu'elle ne s'accommodo pas du gouver-
temps. II y a progres, mais progres en reculant, en re-
nement parlementaire. C'est 15„ une erreur que nous
montanl aux formes primitives du gouvernement des
a leguee le dix-huitieme neuf encore dans ce
Etats libres. Celle maniere d'accomplir une revolution
genre deludes. Le gouvernement parlementaire, loin de
en conservant au lieu de detruire, cette sorte de radi-
est de nature a entrainer, comme par une pente
calisrne retrospectif n'est pas un des cotes les moins
une monarchic liberate vers la republique. On
curieux du caractere anglais, et M. Freeman le fait res-
verra, par le present knit, qu'il West. pas difficile d'en
sortir avec une originalite non moms frappante d'expres-
I rouver la preuve dans l'A ngleterre elle-meme.
sion et de pensee.
On ne saurait done imp ternoigner de regret, si,
(17) Burke a reconnu copendant qu'on pout sans doute
pour ne pas micux comprendre le genie de la constitu-
clever un ordre nouveau sans abattre le passe, mais
tion anglaise, on par je no sais quelle incapacite d'en
qu'on doit acceptor l'influence des idees emises par les
!limier les fragiles ressorts, la France derail renoncer
grands penseurs e ivoclaméespar les ecrivainsillustres.
a se la rendre familiere et a se l'approprier. En Etat
Ce
ne taut pas, c'est que ces idees, comme le fait
republican' pent certainemeut, sans redouter de me-
remarquer M. Villemain dans des pages remarquables
comptes, alter s'inspirer a ces sources vines du plus pur
sur l'Angleterre, soienl de pures abstractions raises
liberalism. Bien plus, it v trouverait peut-etre plus
service des passions, et imposees au nom Tune raison
d'elements de (rancho independance pour les partis, de
pretendue par la violence populaire.
concert pour les grands pouvoirs, de stabilile generale
(IS) Rousseau :
onfin quo dans la jeune Republique du nouveau monde.
« On dirait que nous billissons noire edifice avec du
4
(23)Montesquieu :
Bois et non pas avec des homilies, lint nous alignons
« pons un .Etat libre, tout homme qui est sense envoi;' ?me
exactement chaque piece a la regle. »
dine !Are dolt dtre gouverne par
»
(10) 11 y a bien l'inconvenient des lois multipliees.
(21)11 n'est pas plus possible de flier Faction de [tome
Voir h co sujet Moyen age, au chapitre de la
sur le monde ba 'mre qua l'influence des barbares stir
Constitution anglaise.
le monde romain. L'abbe Dubos artIlit raison : ces deux
(20)L'un d'eux, M. Bagehot, vient malheureusement
forces devaient con tribuer ensemble au progres general
d'etre enleve, par une mort inattendue, aux sciences
de l'humanite. Le travail commun des races Miles et
politiques et sociales qui lui devaient une grande part
Iles peuples germains elan fait pour les rapprocher
de leurs derniers progres.
parun h
n liaei tileds'amitie, loin de les divisor par des quenelles
et des
(21)Rousseau declare que si le gouvernement demo -
cratique convient aux petits Etaks, le monarchique con-
(25) Uëvolulion democratique a Iaqueile assisle notre

L'1'1
NOTES DE L'INTRODUCTION.
siècle tend a repandre partout l'idee de liberte dans le
sons oil l'entendent les peuples d'origine germanique,
celui de findépendanee souveraine de 1'individu. Les
anciens, nos pores, si Piers pourtant, si ardents et si de-
PREFACE DE L'AUTEUR
Heats pour leurs droits, ne la separaient pas de l'idee
de discipline et. de riigle.
« Sous ce nom de Eberle, (lit Bossuct, les Romanis
se figuraient, avec les Grecs, un Etat on persoune ne fcit
sniet que de la loi, et on la loi int plus puissance quo
les liommes. »
Ist qu'appelaient-ils loi ? « La raison memo reconnue
Le proverbe a qui s'excuse s'accuse » (a) est si
par tout le people. » •
gulierement relourne, centre un auteur qui donne
N'êtail-ce pas, en verite, un magnifique ideal ?
(26) Montesquieu :
quelques explications sur l'origine de son travail
« La liborte politique ne consist° pas b. faire ce que
(pin pout etre bon do prevenir cette citation en la
l'on vent, mais it pouvoir lane ce qua l'on dolt vouloir.
faisant soi-meme. Jo voudrais prier le 'cacti' de
ne pas juger cos trois chapitres et les notes qui les
accompagnent comme it ferait d'un livre. Si j'avais
:1 &rite un livre sur la Constitution anglaise, it
strait different de forme, et, en plusieurs points.
different de style. Cie que l'on trouvera ici est la
reproduction un pen elendue de deux Lectures
(conferences) faites a Leeds eta Bradford en janvier
cornier. J'avais pense qu'elles pouvaient mentor
de paraitre en deux articles de revue ; d'autres per-
sonn es ont cru que je rendrais service en les publiant
dans la forme presente. J'ai done developpó la der.
Mere partie de la seconde lecture, qui avail df.i etre
considerablement fibre ,* dans l'exposition orate,
(a) Cite on francais (lobs to tOxte.

T,V111
PREFACE DE L'AUTEUR.
LIX
PREFACE DE L'AUTEUII.
de maniere a en faire un troisieme chapitre, et j'ai
personnelle seta efficacement accomplie. Dans les
ajoute les notes et renseignements qui m'ont paru
« Documents pour servir teclaircissement de this-
necessaires.
Loire d'Angleterre » de M. Stubbs (a), le lecteur qui ne
Ce que j'en dis est alin qu'on juge ce que je
cherche qu'une instruction ordinaire trouvera tout
viers d'Ocrire comma une lecture, et non comme
cc qu'il peat avoir besoin d'apprendre, en meme
tin livre. Dans tine lecture publique, it est impossi-
temps que celui qui songe it &tire un livre ou
ble de s'occuper de toutes les parties que l'on
pousser plus loin de minutieuses etudes y recon-
you-
drait trailer, , et it ne Pest pas moins d'approfondir
naitra le meilleur guide pour executer son projet.
celles auxquelles on s'est arrete. — parse
Les grands documents de l'ancienne histoire d'An-
que c'est tout ce qu'on petit faire — que le choir
gleterre , jusqu'ici disperses ea et la, sont main-
des sujets soit heureux, et que l'etude des questions
tenant reunis pour la premiere fois, et le sans en
ainsi choisies, bien que nócessairement insuffi-
est explique clans tin exposé suivi, digne du savoir
sante, soiL du moins aussi consciencieuse que pos-
infaillible et de l'autorite critique du premier des
sible. Bien des chases doivent etre completement
savants de notre temps.
omises ; beaucoup d'autres ne peuvent etre qu'im-
Pour ma part, mon objet a eta de montrer (pie
parfaitement examinees ; it faut captiver Fatten-
les institutions primitives de l'Angleterre et des au-
lion de l'auditoire en en presentant quelques-unes
tres pays teutoniques ne sont pas pure matiere
speculation curieuse , mais au contraire se rat-
sous une forme plus ambitieusement travaillee que
tachent Otroitement a notre etat politique actuel.
celle qu'on adopterait dans toute autre circonstance.
Jai voulu montrer qua, sur nombre do points, nos
Le but est atteint, si celui qui parle excite chez ses
auditeurs un reel interet pour le sujet dont it les
primitives institutions nous touchent de beaucoup
entretient, eL leur inspire le desir de recourir aux
plus pros et ant plus de rapport avec notre Otat
sources speciales d'une science plus exacta. Si je
actual que les institutions des ages intermediaires,
reussis de la sorte a renvoyer tous ceux qui desirent
qui, a premiere vue, semblent s'en rapprocher da-
entendre les primitives institutions de notre pays
( a) a Documents illustrative of English History. » Au resto,
au grand ouvrage du professeur Stubbs — qui n'en
Pour entrer dans la pensee de l'auteur, nous axons donne Zt la
est pas moms un grand ouvrage parse qu'il tient
suite de la traduction la liste des ouvrages ausquels it renvoie
le plus frequemment dans ses notes.
dans en espace êtonnamment restreint— ma Wile

LX
PREFACE DE L'AUTEUR.
PREFACE DE L'AUTEUR.
LXI
vantage. Si la continuite de notre vie nationale est
cordes des doctrines et des faits que je crois avoir
pour beaucoup de personnes un fail historique si
Moi-meme Otablis dans des ouvrages plus consi-
difficile a saisir, la permanence de notre vie poli-
derables, j'ai, dans mes notes, renvoye frequem-
tique, et la maniere dont nous avons si souvent
ment a ces ouvrages (a), au lieu de chercher
retrograde viers les principes memes les plus anciens
demontrer une seconde fois les memes choses.
de notre race, est un autre sujel d'atude qui ne
Dans la partie plus moderns de mon sujet, j'ai
les embarrasse pas moms. Mais ceux qui soot en
aussi donne tout au long plusieurs extrails, memo
possession des principes liberaux dans la politique
d'auteurs tres-connus , parce que je sais que le
moderne ne doivent jamais craindre de remonter
lecteur est souvent bie,n aise d'avoir sous les .yeux,
dans notre histoire jusqu'a ses plus anciennes ori-
au moment meme, un passage frappant, sans etre
gines. Aussi loin du moms qu'il est question de
oblige de le chercher dans l'original. D'un autre
notre race, la liberle y est partout plus ancienne
cote, j'ai cite, tout au long Ogalement, plusieurs ex-
quo l'esclavage; on pent ajouter, la tolerance plus
traits des statuts et d'autres documents quo beau-
ancienne que la persecution. Notre vieille histoire
coup tie personnes Wont probablement pas sous la
est le pat•imoine du liberal, qui, toujours pret a
main. Les parties historiques d'un ado du Parle-
accomplir les reformes, est le vrai conservateur
ment doivent etre Oludiees dans les antes mêmes,
elle n'est pas celui du soi-disant conservateur qui,
et non pas dans les résumés des legistes. Les legistes,
en se refusant a ces reformes, contribue de tout
ecrivains et orateurs, ont toujours Pair de rópeter
son pouvoir a causer la destruction. Un point spe-
cc qu'on a dit avant eux, sans s'être reportes aux
cial sun lequel j'ai insiste est la maniere dont
sources originales. On pout en von' un exemple
notre histoire constitutionnelle a etc aussee dans
remarquable dans Bette assertion de Blakstone et
les mains des legistes. 11 est parfaitement vrai
d'une fouls de legistes apres lui, dans le Parlement
que l'histoire d'Angleterre doit etre etudiee clans
et hors du Parlement, que le roi ou la reine est de
le livre des Stitt-as, mais ce doit etre dans- le
livre des Statues qui De commence pas plus lard
(a)111. Freeman a public entre attires tine histoire complete et
tres-dtendue do la Conquele Normande, des Essais hisloriques,
que les Jugements d'Ethelbert (Dooms of "Ethel-
I'llistoire el les Conqueles des Sarrasins, nn recueil tres-cu-
berht).
rieux de Pothnes legendaires et historiques et des ouvrages
d'histoire it l'usage des jeunes enfants, remarques pour Icur
(.iomme j'ai en souvent besoin tie tenir pour ac-
precision et lour luciditd.

LYII
PREFACE DE L'AUTEUR.
droit le chef de I'Eglise. J'ai a peine besoin de dire
que ce titre flit employe par Henri, Edouard et
Marie, rnais Tell ful abandonne par Marie, et n'a
SOMMAIRES DES GITNPITRES
ete repris par aucun attire souverain apres elle.
(«)
Somerlea4e,
15 mars l872.
CHAPITHE PREMIER
Les Landesgemeinden (assemhlees generates des Com-
munes) d'Uri et d'Appenzel. — Quel rapport elks ont
avec l'histoire de la Constitution anglaise. — Elements
politiques coinmuns a tonic la race teutonique. —
Elements mon archique, aristocratique etdemocratique
qu'on pent trouver des le principe. — Les trois classes
d'hommes : le noble, le. roturier et le serf. — Predo-
minance universelle de l'esclavage. — Les institutions
teutoniqucs communes a toute la famille arienne. —
Temoignage d'Homere.— Description des assemblees
des Germains par Tacite. — Continuite des institu-
tions anglaises. — La nationalite anglaise constituee.
— Institutions teutoniques importees en Grande-Bre-
tagne par les conquerants anglais. — Ent de Feta-
hlissement sur les conquerants. — Extension pro-
bable de resclavage. — Earls et Churls. — Progres
du pouvoir royal. — Nature de la royau — Caractere
special de saintete du roi. — fin memoriale distinction
entre les rois et les seigneurs (Earidorrnen). — La
royaute n'est pas universelle. — Noms qui expriment
ro), aute. — Commencement de la royaute en Angle-
terre. — Fluctuation entre les rois et les seigneurs. —
(a) Ces sommaires sent detaches de la table, i latMelle
so ntjoints dans le lecte anglais.
14
°MN ter

LXIV
SOMMA1ttES DES C.11APITRES.
SOMMAIRES DES CH.kPlf RES.
LXV
Le pouvoir royal fortifie par Pagrundissement du do-
eli Angleterre. — Eliot clu caractere personnel de Guil-
maine du roi. — Rapports entre le roi et la nation. —
laume le Conquerant. — Les Normands en Angleterre
Pouvoiv du Grand Conseil (Witan). — Droit d'election
deviennent graduellement A nglais. — Les Angevins, ni
el de deposition. — Progres du pouvoir royal par la
ormands ni Anglais.
Leur amour des etrangers.—
recommendation des chefs. -- Le compvgitonnage (Comi-
Lutte entre le roi et le pape. Caractere national de
tatus), tel gull est decrit par Tacite. — Poeme sur
l'Eglise anglaise. — Separation des juridictions ecele-
hataille de Maldon. — Contraste du sentiment des
siastique et laique sous Guillaume. — Suprematie de
Romains et de celui des Teutons quant au service
la couronne. Abus de cells suprema lie. — Bon cote
personnel. — Exemples de service personnel dans les
des pretentious ecclesiasliques. — Intervention des
derniers temps. — Le service personnel et la tenure
popes dans les affaires anglaises. — Le pape et le roi
d'une terre n'etaient pas originairement reunis. —
ligues contre l'Eglise et la nation anglaises. — Impor-
Leur Union produit la relation feodale. — Progres des
tance de Londres. — Proves general des villes.—
Thanes. — Its supplantent les comtes (Earls). — Elfets
Commencement de representation. — Chevaliers du
du changernent. — Il est confirind par la complete
comic. — Pouvoirs judiciaires du Parlement. — Les
normande.
citoyens et les bourgeois pour la premiere fois convo-
quits par le comic Simon. — Ses liens avec Bordeaux
et Londres. — Le mute Simon êtranger. — Respect
religieux qu'on lui temoigne ainsi qu'a d'autres vends
CHAPITRE II
personnages politiques. — Edouard l er . — La Consti-
tution definitivement completee sons son refine. —
Nature des derniers changements. — Difference entre
Developpement graduel de la Constitution anglaise. —
la legislature anglaise et cellos du continent. -- Sys-
Nouvelles lois imminent reclamees. — Importance du
teme des Etats. — Trois Etats du royaume. — Pas de
precedent. — Retour aux anciens principes dans la le-
noblesse en Angleterre.— Pas d'Etal du clerge it part
gislation mode.rne. — Amoindrissemen I des anciennes
reellement constitue. — Effets de la reunion de che-
assemblers nationales. — Constitution du Witenage-
valiers et de citoyens clans one seule Chambre. —
mot. —Le Witenagemot continue dans la Chambre des
gine accidentelle du system des deux Chambres.
lords. — Les Gemots apres la conquete normande. —
lisage impropre de l'expression : « les trois Etats. » —
Le droit du roi de faire les convocations. — Les pairies
Progres de la Chambre des communes. — Accord ge-
a vie. — Origine de la Chambre des communes. —
neral des deux Chamhres. — Grands pouvoirs des an-
Comparaison entre les Assemblees nationales anglaise
diens Parlements.— Caractere du quinzieme siecle. —
et francaise. — De Phistoire d'Angleterre et de colic
Les Parlements moms independants. — Amoind risse-
de France en general. — Le tours des Ovenemei its in-
ent des franchises du comic.—Elections populaires
fluen ce par de simples particuliers. — Simon de Mon t-
d e roil. —Signes de l'importancedu.Parlement. — Ca-
fort.'— La France sous saint Louis. —Funeste effet de
ractere du seizieme siecle. — Decadence generale des
ses vertus. — Heureux effet des vices des roisangecins
institutions litres en Europe. — Elles se maintierment


LXVI
SONINIAIRES DES CHAPITRES.
sUMMAIRES DES CHAPITRES.
LXVII
en Angleterre. — Service que rend le Parlement.
Subtilites legates sur le caractere et la permanence
Queues en sont les causes.— Effets du caractere per-
du Parlement. — he cas de 1000. — La question de la
sonnel d'Henri VIII. — Son respect pour les formes ex-
permanence du Long Parlement apres l'execution de
terieures de la loi. — Temoignages indirects de l'im-
Charles l er. — La question de la nature et des pou-
portance du Parlement. — Corruption des elections.
voirs de la Convention-Parlement. — La Convention
— Affranchissement des bourgs pourris. — Le Pule-
declaree Parlement par sit propre decision. — La ques-
mill sous Elisabeth. — Jacques Pr . -- Charles Pr,
tion de 1688-1689. — Histoire de la seconde Conven-
—Nature des derniers changements.
tion-Parlement. — La question des diets de la mort
de Marie. — Chacune de ces resolutions est in retour
aux anciennes doctrines. — Leur valour comme pre-
cedents possibles. — Legislation modem quanta la
CHAPITRE 111
vacance du trCne. — Le Parlement n'est plus dis-
sous par ce fait. — Ado de Guillaume III. — Acte
de Georges III. — Caractere sense de cette
— La question du Foikland on territoire public.
Garactere des derniers progres constitutionnels. — Im-
— Comment it se transforme graduellement en Terra
portance plus grande des changements tacites. — Pro-
regis ou terre du domaine. — Le revenu royal employe
gres de la Constitution non ecrite distinguce de la loi
suivant le bon plaisir du roi. —Retour aux anciennes
— Le vote de defiance de sir Robert Peel. — Sens
doctrines dans la pratique moderne. — Le cas des
de ce vote. — Le progres de la Constitution implique
le sonde ótablissement de la loi. — Rapports entre la
proprietes privées du roi. — lilies Otaient traitees
autrefois comme toute autre propriete. — La doctrine
couronne, le ministere et le Parlement. — Esercice
indirect du pouvoir du Parlement. — Origine du
que le domaine privó du roi tombait dans le domaine
ministere. — Usage recent du mot gouvernement.
de la couronne. — Retour de la legislation moderne
l'ancienne pratique. —Autres exemples du retour aux
—Causes et avantages de l'action indirecte du Parlement.
anciens principes. — Histoire de la succession a
— Progres des lCgistes de profession. — Leur influence
sur les doctrines constitutionnelles. — Leur raisonne-
couronne. — La couronne anciennetnent elective. —
ment juste, mais leans prernisses generalement sans
Preference a.ccordee aux membres dela famille royale.
valeur. Retour de la legislation moderne au plus
Progres de lit doctrine du droit herdditaire. —
C
ancien Otat de choses. —La doctrine quo le Parlement
omment les lógistes ont (rune la loi de succession.
expire avec la vacance de la couronne. C'est une
— Double election du roi. — Le couronnoment cede-
consequence de la doctrine sur le writ du roi. —
mastique. — L'election ecclesiastique survit a Pelee-
Opposition avec les doctrines constitutionnelles de la
bon eivile. — La succession dans les quatorzieme
vieille Angleterre. — Dollies et difficultes quo les prin-
et quinzierne siecles. — Droit du Parlement de dis-
cipes de la vieille Angleterre auraient levies. — Le cas
poser de la convolute. — Election d'Ilettri VIII. — Son
testament fixe le droit de succession. — Usurpation
de 1399. — Deposition de Richard et election d'Henri.
des Stuarts.
Leur doctrine du droll
— L'anz

LKViiI
SOMMAIREs DES CHAPITRES,
cien droit confirms par l'election de Guillaume et de
Marie. — La conrounc renduc hereditaire par Fade
de settlement.— Bon cote de la succession hereditaire
LE DEVELOPPEMENT
dans les temps modernes. — Conclusion.
DE LA
CONSTITUTION ANGLAISE
OBSERVATION
IJEPUIS LES TEMPS LES PLUS TtEcutEs
Le lecteur rencontrera dans le cours de l'ouvrage
deux especes de notes : les ones, indiquêes par des
JUSQU'A NOS .TOURS.
datives, sont recueillics h la fin du volume et appin,-
tiennent a l'autcur anglais ; les wires, indiquees par
des lettres et accompagnant le texte au has des pages,
sont partout cellos du traducteur.
Parini les notes de l'autcur, celles qui n'avaient qu'un
inlAret tout special d'archeologie, de bibliographic ou
ClIAPITRE PREMIER
de jurisprudence anglaise n'ont pas Old maiutenues on
ont Ole abragees dans la traduction.
Tons les ans, dans certaines parties retirees des
vallees el des montagnes de Ia Suisse, le voyageur
assez hardi pour s'aventurer loin des sentiers bat-
his et se mettre en route hors des saisous accou-
luMees, peat assister a un spectacle qu'aucun autre
coin de la lure ne saurait plus lui offrir. La,
qu'il s'arrCte et regarde : it pourra OUNTiV son
Arne a rune de ces emotions que ne ressentira ja-
1 mais qu'un temoin oculai re, et qu'on n'eprouve dans
sa plenitude qu'une rois durant toute tine vie, je
veux dire le fremissement de joie avec lequel on
‘Jmtemple pour Ia premiere foil la liberte face a face

I
2
LE DIlVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE..
3
dans sa plus pure et plus antique forme. Le voya-
fois qu'on foulo le sol et qu'on aspire Fair de rim-
geur est lit dims un pays oil les plus vieilles institu-
memoriale democratic d'Uri (1).
tions do noire race — institutions dont on peat
(rest in des premiers joins de mai; c'est le 'natio
suivre la trace jusqu'aux epoques les plus reculóes
du dimanche : car on estirne dans ce pays (pie
9
qu'eclaire l'histoire ou la regende — ont survecu
mieux vaut le jour, mieux vaut l'acte ; on estime
dans leur primitive fralcheur.11 est dans un pays
qu'on nc pea pas plus verilablement honorer le
tine immemorialeliberte, one Eberle moins Oternelle
Grealeur Teen usant, dans Sa crainle et clans Sa.
seulethent que les rochers qui la gardent, fait lion te
presence, plus beau des dons gull a faits a
a rantiquite si vantee de royales dynasties qui
rhomme. 11ais n'allez pas croire que, pa yee que le
semblent n'être, en comparaison, que des innova-
jour de radoration Chretienne est ehoisi pour la
tions d'hier. chaque armee, par one brillante
grande assemblee annuelle d'ime repuhlique Chre-
matinee de printemps, le peuple souverain, qui pc
[ionic, les devoirs religieux les plus urgents de cc
conlie pas ses droits a quelques individus detaches
jour soient oublies. Avant que nous autres, Bans
de ses rangs, mais los exerce lui-mane dans la
notre Ile sensuelle, nous nous soyons arraches de nos
majeste de sa personne collective, ,'assemble a ciel
lits, les hommes , des montagnes, toes, calholiques
ouvert sur la place du marehe ou dans la verte prai-
et protestants, ontdcja accompli ]'adoration du ma-
rie au pied de la montagne, pour faire les lois aux-
tin clans le temple du Seigneur. Its ont entendu la
quelles it accorde son obeissance, parce qu'il y voit
messe du pretre on &mite le sermon du pasteur,
son oeuvre, et choisir les chefs lui est possible
avant meme que Twig ues-uns d'entre nous se soient
de saluer avec respect, parce qu'ils tiennent leur
eveilles en se souvonant que le mein du saint jour
a u torite de lui-merne. Voila tin spectacle dont bien
est venu. Aussi, quand je vis des homilies se pres-
peu d'Anglais ont joui !
suis run de ceux-rd,
ser en foule clans reglise encombree, ou fan te d'es-
je compte cc privilege parmi les plus Brands bon-
Pace an dedans, s'agenouiller stir la terre nue
flours de ma vie. Permettez-moi de vous prier de
pres de la porte ouverte; quand je les vis ensuite
me suivre par la pewee dans la veritable patrie et
s'avancer de la pour tiller s'acquitter des plus
au pays natal do la liberte, dans ce pays oil it West
grands devoirs de rhomme et du citoyen, je pus
besoin ni de mythe ni de fable pour rien ajouter au
it poise me defendre de penser a cette parole de la
sentiment de fraicheur dont'on est rani la premiere
Sainte I:criture : « La alt est ]'Esprit: du Seigneur,

CE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
5
4
LE DEVELOPPEMENT
adressee par chacun dans le temple quo Dieu lui-
est la liberte. » A partir de la place du marche
memo s'est Cleve; puts viennent les affaires du jour.
d'AILdorf, Ia .petite capital° du canton, la proces-
Si des changements a la loi sont, reclames, on les
sion poursuit sa route jusqu'au lieu oil se tient l'as-
soumet au vote de l'assemblee, dans laquelle tout
semblee, a BOzlingen. On voit marcher d'abord la
citoyen de rage requis a on suffrage egal el on egal
petite armee du canton, une troupe dont les armes
droit a la pardle. Les magistrats de l'annee ont
ne peuvent jamais etre employees qu'a rellousser
maintenant acheve leur tache ; la durée de lair
l'envahisseur. Au-dessus d'elle flotte Ia banniere,
charge est arrivee a son th y me ; le depot qui avail
la tete de taureau d'Uri, l'etendard qui conduisit les
ete remis en leurs mains retourne aux mains de
guerriors a la victoire dans les champs de Sempach
eeux qui le leur avaient confie, aux mains du
et de Morgarten. En avant de tout le cortege,
people souverain. Le chef de la republique, qui
sur les epaules d'hommes revetus du costume des
des ce moment ne l'est plus, quitte son siege de
ages passes, sont porlees les trompes fameuses,
magistrat, et prend place commeun simple citoyen
depouilles du taureau sauvage des anciens jours,
dans les rings de ses egaux. 11 depend de la libre
les trompes memes dont le son frappa d'une Celle
volontó de l'assemblee de le rappeler a son siege,
Opouvante le cmur intrepide de Charles de Bourgo-
on cry en mettre un autre a sa place. Les Bens qui
gne. Aloes, precedes de leurs licteurs, viennent les
n'ont pris la peine, ni d'etudier attentivement l'his-
magistrats de la republique, a cheval; lour chef, le
toire du passe, ni meme d'observer ce qui arrive
Landariamann, Porte l'epee au cote. Les citoyens
(Vann& en armee de leur propre temps, se corn-
suivent les chefs gulls ont choisis jusqu'au siege
plaisent a declamer contre le caprice et l'ingrati-
de l'assemblee, une enceinte dans une verb prairie,
tilde du people, et a nous rópeter que, sous un
avec une foret de pins s'elevant sur leurs tetes, et
gouvernoment democratique, ni les hommes choi-
une puissante arête de la chalne de montagnes
sis, ni les mesures prises ne peuvent curer une
leer faisont face de l'autee cute de la vallee. La
heuro sans qu'on les change. Le temoignage, a la
foule des hommes likes prend place autour du
fois du present et du passe, est la reponse a des
premier magistral de la republique, dont les fonc-
theories sans fondement comme celles-la. L'es-
Lions expirent ce jour-la.
prit qui animait la democralique Athenes, quand
L'assemblee ouvre la séance. Quelques instants
elle maintenait, d'annee en armee, dans les plus
d'abord sont (tonnes a la priere, priere silencieuse.

6
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
hautes fonctions le patricien Pericles et le reac-
Quelque chose de la pompe et des circonstances
tionnaire Phocion, Vi 1, encore pa rmi les democraties
qui distinguent rassemblee du canton catholique
de la Suisse, aussi bien clans rassemblee com-
et pastoral d'Uri fait (Want dans rassemblee de la
tnunale (Landesgemeinde) d'Uri quo dans l'assena-.
population protestant° et industrielle des Rhodes
blee • federale de Berne. Les ministres des -rois, que
exterieures d'Appenzell. Mais le sceau de rantiquite,
ces roil soient despotiques on constitutionnels,
le sceau d'une itnmemoriale liberte est egalemeut
peuvent envier sans resperer la stabili to des charges
imprimó sur rassemblee et sur la vie tout entiere
de ceux que la voix.. do peuple appelle au gouverne-
de rune comme de rautre republique. Nous perdoni
ment. A ussi hien dans la confederation entiere que
dans Appenzell la procession solennelle, les ma-
dans le canton isole, la reelection est. la regle; le
gistrats a cheval, la pompe militaire d'Uri ; mais
renvoi du magistralsortant est la rare exception (2,.
nous trouvons h la place une coutume immemoriale
Le Landammann d'Uri, que ses concitoyens
qui respire peut-titre plus qu'aucune autre le souffle
Cleve au siege d'honneur, et qui n'a rien fait pour
de ces temps oh la liberte n'etait pas une chose qui
perdre leur contiance, n'a pas a craindre, aprés etre
allat de soi, mais un bien pour lequel les hommes
arrive au lieu de reunion dans Louie la pompe de
de,vaient donner lent' peine, et, s'il Chit besoin, leur
sa charge, de voir sa place, dans la marche solen-
sang. Chacun de ceux qui se rendent a rassemblee
nelle du retour, dorm& cont.re son gre a un
des communes de Trogen attache h son 6'0 repee
Tolle est la scene qui, sauf un moment, lo ps-
quo la loi lui ordonne de porter et lui defend en
que le monde fut bouleverse par les invasions
meme temps de t.irer jamais. Puis, dans le ceremo-
de la France revolutionnaire (3), s'est perpetuee
nial de rassemblee elle•m6me, les hommes d'Ap-
d'annee en annee, aussi loin que remonte l'his-
penzell ont conserve un ancien usage qui surpasse
toire des plus immuables des Etats europeens.Venil-
tout ce qne j'ai jamais vu ou entendu dire, dans
lez, je vous prie, me suivre encore a rendroit
on emouvante solennite. Lorsque le Landam-
ou se reunit rassemblee cl'un membre plus jeune
mann nouvellement elu prend possession de sa
de colic meme et noble association de rêpubliques,
charge, son premier devoir est de s'engager par
et passer avec moi d'Uri a Appenzell, des verbs
Serment a °heir aux lois de la republique gull est
prairies de BOzlingen an flanc des collines ou s'e-
aPPele h gouverner. Son second devoir est de faire
tend la place du marche de Trogen.
prefer a la multitude, devant lui, le mOme set.-

S
1.E DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
0
ment que celui par lequel it vient de se tier lui-
on regard en arriere sur la plus ancienne peinture
meme. Lorsqu'on entend la voix de milliers d'hop-
que l'histoire nous ait conservee de ]'existence po-
mes fibres jurant ainsi d'obeir aux lois qu'ils ont.
litique et sociale de 110S pores. La Germanic de Ta-
Mites ens-memes, it y a la un moment qu'on ne
cite nous presente le tableau des institutions de la
peut plus oublier de la vie, un moment qui vaudraii
race len tonique, avant qu'une branche de cello race
lui sent qu'on entreprit un hien plus long et
fit voile des bouches de l'Elbe et du Weser pour
penible voyage que celui d'Appenzell ou d'Uri.
venir chercher de nouvelles demeures sur les rives
Et maintenant on pourrait me demander pour-
de 1'1-lumber et de la Tamise. Or, dans ce portrait
quoi j'ai commence un entretien sur la constitution
de nos pores et de nos freres it y a dix-sept cents
de l'Angleterre par une peinture des usages de deux
ens, la libre assemblee des Teutons, l'assemblee de
petites republiques dont l'etat politique et social
tout le people en armes, apparait A nos yeux, a peu
est Si comple Lemont different du netre. Je reponds
pros la memo, dans tons les points essentiels, Von
que j'ai agi ainsi, parce que mon objet n'est pas
pent la voir encore a Uri, a Unterwalden, a Glaris
simplement d'etudier la constitution del'Angleterre
et a Appenzell.
dans la forme que qua torze cents ens de change-
Il y a un point cependant fact bien avoir pre-
ments successifs lui ont a la fin donnee, mais de
sent a l'esprit. Dans les assemblees de ces petits can-
suivre h la trace ces changements memes en re-
tons, c'est seulement le cOle le plus democratique
montant aux Opoques les plus reculees (pie l'his•
de la vicille constitution teutonique qui s'offre d'une
-Loire ou la tradition met sous nos yeux. Dans le-
maniere saillante a la vue. La republique d'Uri, en
institutions d'Uri et d'Appenzell, comme dans ton-
raison des circonstances particulieres de son his-
tes celles des cantons suisses qui ne se sont jamais
toire, grandit jusqu'a devenir un Etat souverain et
ecartees du modele originaire, nous pouvons
independent. Mais, a l'origine, ce n'etait pas une na-
naitre les institutions de nos propres anceires, ins-
tion, ce n'etait pas meme une tribu. Les assemblees
titutions qui furent jadis communes A la race -
des communes (Laadesgemeinden) dont j'ai parce sont
Lonique tout entiere, dont la forme exterieure a
les assemblees, non d'une nation, mais d'un district;
necessairement disponi dans de plus grands :tats,
elles repondent, chez nous, non pas aux assemblees
mais qui ren ferment les Bermes d'oh est sortie toute
de tout le royaume, mais aux assemblees moins
constitution libre dans le monde. Jetons seulement
irnportantes du comic ou de la centurie. lilies n'en

10
LE DEVELOPPEMENT
DE Lk CONSTITUTION ANGLAISE.
t
sont pas moins dignes pour cola (retro connues, et
noyau de toute notre vie politique, it bit le cher-
n'en jettent pas moins de lumiere sur ceL heritage
cher dans la Gemeinde ou Commune en Suisse ; en
politique cornanum qui appartient egalement a la
Angleterre — ne souriez pas en na'entendant
Souabe et b. 1' Angleterre. Dans tous les pays teuto-
dans l'assemblee paroissiale (Vestry).
p iques qui gardent encore quelques vestiges de
La primitive constitution teutonique, la consti-
leurs anciennes i nstitutions, les divisions locales ne
tution des Germains de Tacite, celle-la mine qui
sont pas de simples districts adminislratifs traces
s'est perpetuee dans quelques coins ecartes du vieil
pour la corrunodite sur la carte. En fait, co De sant
empire germain, est democralique, mais non pas
pas des divisions du Lout ; ce ne soul pas des par-
dune democratie pure. Ou plutCt, c'est bien la de-
ties du royaurne, mais les elements primitifs dont
mocratie, la pure democratic, dans le sens plus
l'assemblage a fait. le royaume. Le Yorkshire, sous
vrai, plus ancien, plus honorable de ce mot si
ce nom, est plus jeune que l'AngleLerre ; mais 1'An-
mai interprets ; ce n'est pas la democratic pure au
gleterre est plus ^euneque le Yorkshire, sous son
sens moins honorable, mais tout a fait arbitraire,
nom a n terieur de Deira. Et qu an t au Deira lui-rneme,
qu'on lui attribue souvont dans la controverse mo-
it est. moins a ncien que les districts plus petits dont
derne. La democratic, suivant Pericles, est le gou-
it s'esinnIne' Graven, Cleveland, llolderness el les
vernement du peuple entier, par opposition a l'oli-
attires. L' ass emblee communale d'Uri ne repond
garchie, qui est le gouvernement d'uno partie seu-
pas 'a une assetublee de tonic l'Angleterre, ni memo
lenient du peuple (4). Un gouvernement qui donne
de Lout le Deira, mais a une assembles d'Holderness
tout le pouvoir a one classe, un gouvernement qui
ou do Cleveland. Settlement, dans le vieux systeme
exclut tine certaine classe du pouvoir, que cette
teutonique, Pagregation la plus considerable etait
classe soil la plus haute ou la plus basse, ne repond
simplernent organise° sur le modele des agrega Lions
Pas a la definition de Pericles ; c'est un gouverne-
elementaires done la reunion lni avail donne nais-
ment, non do runiversalite, mais cl'une partie settle-
sance. En elle, t, Po arriver a Ftinite, pour trouver
ment; ce n'est pas une democra tie, mais une oligar-
410
l'atome qui, se joi z?.)nant a ses pareils, a compose le
chic (5). La democratic, an sons de Pericles, exig'e
tout politique
nous -Nut descendre jusqu';:t des
clue tout homme litre ait sa voix dans les affaires de
surfaces encore plus Otroites que celles (Molder-
la republique ; offs ne demande pas necessairement
ness on
Cette unite, cot ttiome, le veritable
clue bus les homnaes likes aient une voix eg,ale.

12
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
13
Elle n'empeche pas l'existence de magistrats rev•-
des nations, dans la plupart des ages ; c'est une
tus d'une haute autorite et entoures d'une venera-
pure exception a la regle generale si, en parlic
tion profonde ; ellc n'empêche pas le respect de la
par suite des circonstances oil se sont trouves le
naissance, ni même l'attachement a une lignee he-
plus grand nombre des Etats europeens, en par-
reditaire de chefs.
Lie par suite du progres de l'humanite et de la
La vieille Ocole des ecrivains constitutionnels
civilisation, cette detestable institution a pu, dans
anglais se complaisait a demontrer que la consti-
l'espace d'un petit nombre de siecles, disparaltre
tution anglaise contenait trois elements, Fun mo-
graduellement d'une certainc portion de la terre.
narchique, l'antre aristocratique, un autre demo-
D'ailleurs it ne Nut, pas oublier que, dans plusieurs
cratique, tons trois adaptes ensemble avec une
Mats de la societe, la sentence d'esclavage pent
proportion si vraie et si harmonieusc que nous
avoir etc accueillie avec- reconnaissance, comme
pouvions jouir cht bon cute des trois grandes forme,
un adoucissement a son sort, par l'homme qui
de gouvernement sans voir jamais le mauvais
avait perdu le droit a la vie, soit comme corn-
d'aucune d'elles. Ces dignes theoriciens Maient
battant fait prisonnier clans une guerre sans
pent-etre un pen partisans d'Utopie clans lours sys-
merci, soit comme malfaiteur condamne pour ses
; encore est-il hors de doute que, partout
crimes. Mais si je inentionne l'existence de l'es-
nous saisissons une Incur de la vieille organisation
clavage, c'est uniquement pour que nous nous
politique des Teutons, nous distinguons ce qu'on
rappelions que, lorsque nous parlons de liberte,
pout parfailement appeler le monarchique, Faristo-
d'hommes libres, de democratic et toutes choses
cratique et le dómocratique Clement.. Ces echappees
semblables, nous parlons apres tout des droits
de vue stir les plus anciens temps nous montrent
d'une Masse privilegiee, et quo, soit a Alhenes, soit
trois classes d'hommes qui se retrouvent dans Louie
a Rome, soit clans les primitives societes teutoni-
societe teutonique, le noble, l'homme libre du corn-
ques, it exislait toujours une masse'enorme d'etres
m un et le serf. L'existence du serf, si mal que
humains qui n'avaient aucune part a la libertó,
sonne cc nom aujourd'hui a nos oreilles, n'est pas
la victoire ou A la gloire de lours mailres (a).
une honte on un tort particulier a nos ancetres.
Ca)
Angleterre le servage des vilains existait encore
L'esclavage, sous -tine forme ou sons une autre, a
la fin du quatorzieme siMe, et etait mOme alors extreme-
malheureusement eta la loi commune de la plupari
meta rigouraux. On a la charte d'emancipation des serfs ac-

14
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
15
En cc moment, nous nous occupons plus specia-
ses guides (leaders), premiers magistrats en temps
lement des distinctions que, des les temps les plus
de pail, generaux en chef dans la guerre. Tel clone,
recules, nous trouvons ótablies entre les hommes
cote des deux elements dómocratique et aristo-
libres eux-memes. Dans la Germanie (Mcrae par
critique, nous aeons un element monarchique dis-
Tacite, comme aujourd'hui dans les cantons demo-
tinct ressortant clairement des plus anciennes no-
cratiques de la Suisse, le souverain pouvoir appar-
tions quo nous ayons recueillics de la 'ie politique
tient au peuple entier, agissant directement dans
des Teutons. Le roi, les lords, les communes, dans
la personne de ses membres. Mais si la souverainetó
leur forme actuelle, sont comparalivement re-
de l'assemblee populaire nous apparait clairement,
cents ; mais nous decouvrons quelque chose qui
nous ne voyons pas moins clairement apparaitre
petit justement passer pour le germe du roi, des
l'existenee d'un Conseil,yeunion moins nombreuse
lords et des communes, des l'origine memo de noire
que l'Assemblee generale, et aussi cells d'une classe
lustoire.
de nobles, dont les privileges, dans leur nature et
Je feral meme un pas plus avant:La constitution
lour Otendue,ne sont pas tres•bien definis, mais qui
que je viens d'esquisser est assurement le patri-
avaient evidemment des privileges d'un genre ou
moine commun de toute la race leutonique, mais
d'un autre, perpetues par une transmission haredi-
elle est quelque chose de plus. Peut-etre n'aurions-
taire. lci, nous aeons un element aristocratique
nous pas tort d'aller jusqu'a l'appeler le patrimoine
aussi nettement indique que l'element (lemma que
eommun de tonic ht famine arienne. 11 se pourrait
fourni par l'Assemblee populaire. Enfin, au-dessus
encore que nous en relevions des traces au dela des
de tout le reste, nous voyons des chefs personnels de
limites de la famine arienne (6). Mais je laisse de
tribes et de nations, portant differents titres, rois,
vete les considerations de ce genre. 11 me suffit de
dues, seigneurs (Ealdormen), qui, (hum la plupart
e onstater que cette constitution, heritage commun
des cas, tenaient leur droit au gouvernernent de l'u-
des Teutons. est un heritage qu'ils partagerent
nion de Ia naissance a Felection, que la nation
avec les peuples de leur race en Grece et en
choisissait et quo Ia nation pouvait aussi deposer,
Italie.
mais qui n'en etaient pas moins personnellement
Consullez les plus antiques temoignages de la ci-
vilisation europeenne. Dans les poemes d'Homere,
cordde par le roi 1 la suite de l'insurrection de Vat-Tyler et
no us voyons une constitution, essentiellement sem-
bientiit rdvoqude par les nobles (I319-1386?.

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
17
LE DEVELOPPEMENT
bataille sous les remparis d'Ilion; it faut nous rap-
blable a celle qui nous est expos& dans la Germq-
peler pie dans Lollies les societes primitives la dis-
nie de Tacite, etablie egalement dans le camp
tinction entre les soldats et les citoyens est incon-
acheen deviant Ilion, dans le royamne insulaire
nue ; l'armee est la nation, et la nation l'armee. ire
d'Ithaque, et meme parmi les dieux de I'Olympe.
meme tableau que l'Iliade meL sous nos yeux
Jupiter rogue sur tons; mais it est assiste, du con-
comme celui de l'organisation politique de l'armee
seil des grinds dieux, et a certaines Opoques it eon-
grecque, les eclaircies que nous ouvre l'Odyssee
vogue a sa cour l'assemblee entiere de la nation
sur unc vie plus paisible ne nous l'offrent pas
celeste, alors pie les dieux de tout rang se reunis-
mains comme celui de la constitution de chaque
sent dans le palais de leur chef, alors que, sauf le
republique stir son propre sol. Partout nous iron-
vieil Ocean en personae, toutes les divinites memes
vons les Lrois memos elements, le chef supreme on
des fleures se presentaient, alors que, comme it est
roi, les chefs inferieurs qui Covalent son conseil, et
dit expressement — et cc fait pourrait, it semble,
l'autorite dont relevent loutes les autres en dernier
etre enrele au service de tres-recentes controverses
ressort, l'assemblee generale des hommes libres (8).
— pas tine nymph° ne manquait a l'appel (7).
Nous observons le meme fait dans chaque
Si nous descendo.ns sur la term, nous trouvons le
pie l'histoire ou la legende nous fournit sur l'etal
roi des hommes, chef commun de tous, mais nous
politique de Rome et des autres vieilles republiques
le trouvons entouró de son conseil particulier de
italiennes (9). Partout se retrouvent le roi, le senat,
moindres princes et capitaines. De plus, dans les
l'assemblee du peuple, et la distribution des pou-
grandes occasions, Agamemnon sur la terre, comme
voirs n'est pas essentiellement changee quand la
Jupiter dans le ciel, reunit l'assemblee generale des
plus haute autorite personnelle est tranferee des
guerriers libres, oh le debat sans doute prin-
mains d'un roi nomme a vie aux mains de consuls
cipalement reserve a tin petit timbre de chefs Olo-
Olus pour un an (10). La ressemblance que les plus
quents, mais ou les simples hommes fibres, ci-
anciennes institutions des Grecs, des Italiens et
toyens et soldats quo rien ne distinguait, avaient du
des Teutons presentent entre elles est si etroite,
mains le droit d'exprimer leur opinion sur les pro-
si frappante dans tous les details, qu'on peat diffici-
positions de Icons chefs par de bruyants applaudis-
lenient se Menthe d'y voir un hien commun gulls
sements ou par on significatif silence. Cate pein-
se sont transmis depuis les temps les plus recules,
tore d'ailleurs ne se borne lias a l'armee rangee en
I

18
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
un patrimoine quo les Grecs, les Italiens et les Teu-
qu'elle tronve bon (a); l'ordre de faire silence est
tons possedaient deja dans les temps anterieurs
proclame par les probes, qui ant aussi le droit de
a leur separation, a ces ("Toques sans annales, et
con traindre a l'observer. Alors les rois ou chefs,
neanmoins authentiques, on les Teutons, les Ita-
selon rage qu'ils peuvent avoir, scion leur nais- •
liens et les Grecs elaient encore un meme peuple
sance, selon leur gloire militaire ou leur eloquence,
parlant une meme langue.
sont econtes, mais ifs ont plutet recours a l'in-
J'ai renvoye plusieurs fois au portrait dc noire
lluence de la persuasion qu'a l'autorite du 'com-
race dans les siecles les plus lointains dont it reste
mandment. Si leur avis deplait, on le repousse
un souvenir, Lel qu'il nous est trace par le plus
par un cri; s'il est approuve, les audite l'S font
grand des historiens romains dans la Germanic de
resonner leurs lances. its pensent que la plus ho-
Tacite. Permettez-moi maintenant de faire passer
norable maniere d'applaudir est d'employer leurs
sous vos yeux quelques parties spêcialcs de sa des-
armes pour temoigner leur approbation. L'assem-
cription dans les termes memes qu'il emploie,
Wee regarde aussi comme legitime qu'on lui sou-
aulant que je puis etre capable de les revetir de la
melte les faits d'un proces et qu'on porte clevant
forme anglaise.
elle les accusations capitales... Cette meme assem-
« Ili choisissent lours rois en consideration
Mee choisit des chefs pour rendre la justice dans
de leur noblesse, lours chefs en consideration de
les districts et les villages. Chacun de ces chefs, en
leur valeur. Les rois n'ont pas in pouvoir
exercant ces functions, recoil cent compagnons pris
ni arbitraire, et les chefs gouvernent plutet par
dans les hommes du commun (commons), et qui lid
l'exemple quc par le droit de commander. S'ils
sont adjoints h la fois pour le conseiller et pour ajou-
sent toujours prets, toujours en vue, toujours en
ter a son autorite. Au reste, ifs ne s'occupent d'au-
tete conduisant l'avant-garde, ifs tiennent le pre-
cune affaire, publique on privee, qu'on armes. »
mier rang en honneur.... vans les affaires secon-
Voila bien le tableau d'une republique like tie
daires, les chefs seuls deliberent; clans les grandes,
guerriers, orb chaque homme fibre a sa place dans
tous les guerriers, mais avec cette restriction quo
l 'Etat, oil le vote de l'assemblee generale est le der-
celles dont la decision finale est reservee au peuple
.(a) Le sons adopts ici semble contredit par la phrase prd-
en tier sonL examinees cl'abord par les chefs... La
cedente de Tacite, qui a plutot voulu dire : « d?s que le nombre
multitude prend seance en armes clans Pordre
Parait sufiisant. a Le texle lain est dans toutes les mains.

20
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
21
vier mot en toute matiere, mais oir lo droit here-
que, elle a change de forme d'age en age, elle a
ditaire et la charge elective sont egalement Leith,
traverse mainte tempete et resists aux attaques
en grand honneur. Nous y voyons aussi tres-dis-
de maint ennemi ; mais ells n'a jamais entiere-
tinctement l'iniluence du caractere personnel et du
went purl. La vie nationale du peuple, dans son•
talent de la parole; nous y trouvons l'existence de
tours regulier, est rester intacte, malgre les con-
divisions locales, d'assemblees locales, de magis-
quetes etrangeres et les revolutions intestines,
tratures locales; nous reconnaissons en un mot,
pendant quatorze cents ans. A aucun moment, le
dans ce portrait de nos aleux au fond de leur anti-
lien entre le passe et le present n'a elk complete-
que patrie it v a dix-sept cents ans, les germes
ment brise ; a ancun moment, les Anglais n'ont
touter les institutions qui ont grandi peu a peu
siege pour combiner une constitution entierement
parmi nous durant le tours des ages. Un Suisse des
nouvelle, seduits par quelque Ohlouissante theorie.
cantons democratiques y trouverait plus rine le
Claque pas de notre progres a etc la suite natu-
germe de sa constitution, it y verrait la peinture
relle d'un pas precedent; chaque.changernent dans
vivante de sa constitution meme.
notre loi et clans notre constitution a etc, non
L'an tique constitution teutonique fut ainsi la
l'introduction do quelque chose d'entierement
constitution de nos ancetres dans leur view pay,
nouveau, mais le developpement et l'amelioration
de la Germanic septentrinnale, avant gulls st.
de quelque chose qui kik dep. ancien. Notre
missent en route pour File de la Grande-Bretagne.
progres, a certaines epoques, a ete plus ra-
Cette constitution, dans lorries ses parties essentiel -
pide ; dans d'autres sR.‘cles, plus lent ; par mo-
les, its l'apporterent avec eux dims leurs nouvelles
ments, nous avons paru rester hnmobiles ou meme
demeures, et la, transplantóe dans un sol nouveau,
retrograder ; mais la grande marche du developpe-
elle grandit, se couvrit de flours et. porta des trolls
ment politique ne fut jamais completement arre-
plus riches et plus durables qu'ellen'avait fait dan-
l e ; elle n'a jamais subi de halte durable, depuis
le pays meme de sa premiere origins. Sur le conti -
le premier jour oii Parrivee des conquerants teu-
nent teutonique, la vieille liberte des Teuton,,,
tons commenca a transformer la Grande-Bretagne
avec ses assemblees libres, nationales et locales,
Pour en faire l'Angleterre.
disparut gracluellement (levant les cmpietements
Des elements nouveaux et strangers se sont de
d'une couvee de petits princes. Vans File teutoni-
temps en temps introduits dans notre droit; mais

42
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.

LE DEVELOPPEMENT
le mem esprit qui Otait capable de developper
Ainsi plusieurs des plus heureux changements des
et
d'ameliorer tout cc qu'il y avail clans cc droit d'an-
derniers temps, plusieurs des plus salutaires amelio-
eien et d'indigene, a generalement trouve le moyeil,
rations do notre droll: et de notre constitution ont
tot ou tard, de rejeter encore tout cc qui etait
eniquement consiste a rejeter des nouveautós qui
etranger et nouveau. L'ami de la liberte, rand du .
s'y etaient glissees a des époques reeentes et mal-
progres, l'homme dont la vue est asset perCan
heurenses. Ds ont consiste a faire reparaiire, sous
lr
pour decouvrir Fidentite sous l'apparence d'one
un exterieur modifie, des principes attssi vieux quo
dissemblance exterieure, ne do it jamais redouter
IN jours oil nous apercevons pour la premiere lois
de suivre a la trace les institutions politiques
nos ancetres dans leurs forets de la Germanic.
l'Angleterre jusque dans leer forme la plus antique.
Chang& qtfelle est dans toutes ses formes et SOS
Les qua torze cents ans de l'histoire d'Angleterre
conditions exterieures, l'Angleterre (Anions vivons
appartiennent a ceux qui veulent toujours marcher
a done Bien plus de rapports, dans sa vraie vie et
en avant, non pas a ceux qui preferent rester im•
dans son veritable esprit, avec l'Angletcrre des
mobiles on reculer. La sagesse de nos peres se ma-
temps les plus recules, qu'elle n'en a avec 1'Angle-
nifests toujours, moms par no stupide et absurd.,
terre d'une epoque bier plus rapprochee de la no-
attachment aux choses clans Fetat oir cues furen1
ire. Dans beaucoup de dispositions salutaires de la
a un moment donne, que par cet .esprit — I'esprit
legislation moderne, nous axons recule, a dessein on
a la lois do vrai reformateur et du conservateur vrai
non, jusqu'a la plus antique origine de notre race.
-- qui maintient Fedifice entier debout, en reparan1
Nous axons avance en retournant a un plus ancien
et ameliorant de temps a autre les ctiverses parties
etat de choses ; nous avons reforme en ressuscitant
qui ont besoin d'y etre ameliorees ou reparees.Lais-
les institutions de temps plus eloignes et plus

sons les anciennes coutumes prevaloir ; tenons-
rudes, en nous alfranehissant des subtilites serviles
nous toujours fermes dans les sentiers battus.
des legistes normands, en jetant de cOtO, comme
mais les sentiers bath's ont toujours etc en
wne chose execrable, les innovations de la tyrannie
Angleterre les routes du progres. L'ancienne con-
. des Tudor et de l'usurpation des Stuarts.
tome a toujours redoute de changer pour le pu•
J'ai dit.que la primitive constitution teutonique
fut
amour do changement, mais elle innovait hardi-
apportee avec eux par nos ancetres teutons,
(Inand its arriverent en conquerants dans File do
ment, qu an d l'innovation etait vraimont necessai re.

24
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
25
la Grande-Bretagne. Je ne reviendrai pas sur les de-
an peuple, sinon de pur sang teutonique — car pas
tails de la conquete anglaise, cet etablissement, qui
peuple au monde West d'un sang absolument
nous donna une nouvelle patrie dans un pays nou-
pur — du moms d'un sang qui n'est pas plus mele
veau, ni sur loutes les questions et controverses
quo celui do n'importe quelle autre nation ; quo
auxquelles les circonstances de la conquete an-
les Anglais sent aussi veritablement des Anglais
glaise ont donne naissance. Je in'en suis explique a
que les Welshes sont des Welshes ou que les Alle-
mainte et main te reprise, avec la parole et avec
mands de la haute Germanic sont de la haute
la plume, et j'espere pouvoir tenir maintenant pour
tiermanie. Je tiendrai pour vrai que cc qu'il y a
accorde ce que j'ai deja demontre ailleurs
de teutonique en nous n'est pas simplement un
Pespere qu'il me sera permis de considerer corn me
element parmi les autres, mais que c'est la vie
etablie l'evidence des faits clans leur ensemble,
tame et l'essence de noire personnalité nationale.;
sans entrer clans les details de chaque point .en
que, s'il y a en nous quelque autre chose, si nous
particulier.
avons fait quelque emprunt a ceux quo nous avons
Je tiendrai done pour vrai — car c'est a ceci quo
soulrtis ou qui nous ont soumis nous-mernes, quoi
se ramene reellemenl la question — que l'Angle-
que ce puisse etre, ce n'est pas un Clement de
terre est l'Angleterre et que les Anglais sont les
memo valour, mais une pure addition a noire es-
Anglais. Je tiendrai pour vrai que nous no sommes
s ence teutonique ; en un mot, je tiendrai pour vrai
ni des Romains ni des Welches, mais hien les des-
quo les Anglais sont les Anglais, quo nuns sommes
cendants des Angles, des Saxons et des Jules qui
nous-memos et non quelque autre peuple.
vinrent ici aux cinquieme et sixieme siecles, des
Jo tiendrai tout cela pour vrai. Si quelqu'un le
Danois et des g ormands qui y arriverent au nen-
conteste, s'il y a quelqu'un qui ne veuille pas etre
vieme (a). Je tiendrai pour vrai que nous sommes
Anglais et qui prefers etre Welche ou Romainje no
peux pas raisonner avec lui en ce moment ; je pens
(a) 11 est curieux de se rappeler ici le passage comet de
Itossuet : e .N'accusons done pas aveuglement le nature! deS
s ettlement le prier de se reporter aux arguments que
habitants de l'ile la plus cRCbre du monde, qui, scion les plus
j'ai fait valoir sur tons ces points en d'autres temps
iidCles histoires, tirent leur engine des Gaules ; et ne croyonS
pas que les Merciens, les Danois et les Saxons aient tenement
et en d'autres lieux. Je tiens pour vrai quo, puisque
corrompu en eux cc quo nos pores lour avaient dOnne, de bon,
). Bossuet, au reste. est d'accord avec Lingard, qui s'ap-
1,1 communaute d'origine des Gaulois et des premiers habitants
des
puyait lui-mime sue le temoignagq de COsar.Pour co qui est do
lies-Britanniques, le fait semble prouvti.
2

26
LE DEVELOPPEMENT
OF: LA CONSTITUTION ANGLAISE.
27
nous avons en un nom national, une langue natio-
designer tine femme esclave est le mot nine ou
nals, et cola des l'origine, nous pouvons justement
femme welche. On pail croire aussi quo cette fami-
passer pour avoir une existence . nationale ininter-
barite croissante avec resclavage dut contribuer a
ro mpue. En lin I orsque nous rencontrons en Grande-
fortifier la continue par laquelle les hommes libres
Bretagne tin peuple de langue teutonique vivant
coupables de crimes Otaient rednits en esclavage
sous les memes lois politiques et sociales quo le
par Line sentence juridique.
peuple teutonique du continent, it n'est strement
En revanche, je soupconne que les circonstances
pas hien temeraire ni bien etrange d'en conelure
de la conquete no furent pas sans influence pour
que la langue et les lois que ces deux peuples ont en
Clever la position a la foil du simple homme Libre
commun sont till hien commun sorti d'une source
et du roi ou chef, compares a la classe interme-
commune ; que la colonic insulaire en tin mot vin
(Haire des nobles. II n'y a pas deux chases plus
elle-melee et apporta ses lois et son langage avec
propres a niveler quo la colonisation et une guerre
elle de la vieille terre maternelle par dela les me•s.
heure.use. La force de nivellement de la colonisa-
Nos pores clone aborderent dans la Grande-Bre-
tion est evidence ; la force de nivellement de la
tagne, et ils apportérent'avec eux le systeme politi-
guerre West pas si frappante dans les temps moder-
que originaire, les distinctions de rings, la divi-
nes. Dans les armees modernes oh existe un systeme
sion des pouvoirs qui lour avaient servi dans leer
nettement (Mani de grades militaires, oh la distinc-
vieille patrie anglaise ou saxonne. Les circonstances
tion entre l'officier et le soldat est profondement
de la conquete devaient sans doute entrainer de,
marquee, oh le simple soldat est un pee plus qu'une
changements. La conquete dut tendre probable-
machine clans les mains de celui qui le commande,
ment a grossir les rings de la classe servile. Tons
Pellet pout memo etre en sons inverse. dais dans
les indigenes qui ne furent iii massacres ni expulse,,
un plus ancien kat de chases, quand la victoire de-
durent naturellement passer clans cette classe.
pend de la bravoure individuelle de chaque homme,
particulier, et quoiqu'il ne soit pas douteux que 110F
Tien ne pout elm plus propre a niveler que la guerre.
a ncetres aient ame.ne de leur pays leers femmes aver
Ilonneur et profit tombent en partage au cceur le
eux, it nest pas moins certain que nom bre de fem mes
plus ferme et au bras le plus fort, que celui qui les
bretonnes furent reduites en esclavage, a tel poiul
possede suit noble on paysan dans son pays. Et cola
que, l'un des noms vulgaires du vieil anglais pour
devait etre encore plus vrai dans le cas oh la guerre

28
LE DEVELOPPEME,NT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
29
et la civilisation marchaient eke a cote, lorsque
situation de la plus ancienne noblesse d'Angleterre.
le succes decidait non-seulement la victoire, mais
Qu'il y eiltune difference entre le noble et l'homme
la conquete, lorsque les hommes combattaienl.
libre du commun, ou pour employer l'expression
lion pour s'en retourner dans lours anciens foyers
du vieil anglais, entre l'Eovl et le Ceorl, c'est ce qui
charges de gloire et de butin, mais pour conquerir
resulte des innombrables allusions a cette distinc-
des demeures nouvelles, recompense de leur va-
tion qu'on trouve dans nos plus vieilles annales. Mais
leur. D'un autre eke, dans un Mat de choses
ii n'est, nullement aisó do dire cc quo cello dis-
l'influence personnelle est presque tout ;
tinction etait reellement. Comme nous verrons tout
chef Onergique et populaire est, par le fail, absolu,
a l • heure quo cello primitive noblesse fit place in-
parce que personne n'a la pensee de contredire
sensiblement une noblesse d'un lout autre genre
sa volonte ; mais un chef faible ou mal vu du pen-
et fondee sur un tout autre Principe, nous pouvons
ple ne pout exercer aucune autorite d'aucun genre.
sans doute incliner a penser quo, du moms apres
Dans un tel kat de choses, personne n'obtien1
l'etab/issement des Anglais clans la Grande-Breta-
aussi aisement l'ascendant d'une influence illimitee
gne, les privileges des Eorlas furent un pen plus
que le chef mililaire qui conduit sa tribu a la vie-
qu'honorifiques.
Loire. En mitre, ceLte influence devait se decupler.
J'ai a peine besoin de dire qu'une traditionnelle
quand le clef heoreux conduisail son peuple non-
deference pour la naissance , une preference Ira-
seulement a la victoire, mais a la conquete, quand
ditionnelle accord& aux membres de certaines
it n'etait pas seulement un chef, mais un fondateur.
families dans l'attribution des Charges electives,
mais l'homme qui avail emmenê les siens pour s(
pent persister, lorsque la naissance n'entraine
rendre maltres d'un nouveau pays et creer un Etai
avec elle attain privilege legal d'aucun genre. N ulle
nouveau, conquete de son epee et de leurs armes.
part ce fait ne s'est produit d'une maniere plus
La simple noblesse de naissance, si hautemen!
frappanle quo dans des cantons democratiques
honoree qu'elle
ne devait avoir qu'une
de la Suisse dont, j'ai parle plus haul. Dans une
antorite, en comparaison de l'une ou de l'autre
rePublique ou les magistrats Otaient elus tons les
de ces deux influences placees au-dessus et au-des-
ans, oil tout homme libre avail un vote egal clans
sous d'elle. Jo crois qu'il est possible de relever
'ear election, it arrivait cependant que, d'annee en
quelques traces de l'effel de , ces influences dans 1;1
annee, les representants de certaines maisons fa-
2.

30
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
31
menses etaient emus comtne de droit hereditaire.
tiles. Etudions d'abord l'origine et I'accroissement
Tels etaient les barons d'Attinghausen a Uri et, la
de l'autorite du chef supreme, en d'autres termes,
maison de Tschudi a Glaris. Or, quoi que nous 'mis-
relóment monarchique, le pouvoir royal.
sions dire d'une semblable coutume a d'aulres
Qu'est-ce qu'un roi alors? La question est Wert.
egards, elle etait assurement hien entendue pour
plus aisee a faire quo la reponse. Le nom de roi
produire un heureux effet sun les membres de ces
signifie des chosen Ires-differentes suivant la diffe-
families exceptionnelles ; elle Rail. hien entendue
rence des temps et des lieux ; la somme d'autoritó
pour y faire naitre tine succession d'hommes lout
attachee a ce titre a considerablement varie avec
prepares a exercer les hautes magistratures de 1::
les licux et les temps. Toutefois une sonic d'idee
republique. Un homme qui sail quo, s'il est digne
commune semble se retrouver dans tons ses divers
d'un certain poste d'honneur, it sera choisi pour ce
usages ; si l'on ne pent pas toujours definir un roi,
poste de preference a tout autre, mais qui sail aussi
on reconnait generalement un roi, lorsqu'on le voit.
que, s'il s'en montre indigne, it risque, soit de ne pas
Au titre de roi s'atlache, dans le sentiment popu-
l'obtenir du tout, soit d'en etre pacifiquem en Oc.art
laire, du moms, une vague idee de grandeur et de
a. la fin d'une armee ou d'une autre, cot homme a
saintete que n'eveille pas celui d'un simple magis-
certainement des motifs plus forts de chercher a
t si Cleve que soit ce magistrat en rang et en au-
meriter la place qu'il espere occuper que, soitrhom-
torite. Je no panic pas de la raison de la chose,
me qui doit courir la chance d'une competition ill i-
mais de ce qui, en tant que fail., a etc de tout
mitee, soil celui qui succede a l'honneur et a l'au to-
temps l'impression populaire. On dit que chez les
rite par le simple droit de sa naissance.
peoples patens de la Suede, lorsque les affaires
Ainsi done nos Ores arriverent dans la Grande-
etaient, mal conduiles, dans le cas ou maintenant
Bretagne, apportant avec eux les trois elements de
nous congedierions un ministre, et oil nos ance-
la constitution primitive que nous trouvons decrite
tres, quelques generations avant nous, lui auraient
dans Tacite ; mais, comme j'incline a le croire, les
tranche la tete, on meprisait des victimes si secon-
circonstances de la conquete contribuerent, pour
daires, et on offrait le roi lui-meme en sacrifice aux
un temps du moms, a fortifier les pouvoirs hilt du
die ux. Une semblable pratique prouve certaine-
chef supreme que du corps general de la nation aux
ment que nos freres de la Scandinavie n'etaient pas
depens de la classe in termeiliaire des Eorlas on no-*
arrives a cette subtilite constitulionnelle en vertu

32
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION- ANGLAISE.
33
de laquelle la responsabilite de tons les actes
prey rois de la vicille Angleterre, comme tous les
souverain est transferee . h. nn autre. Evidenament
autres rois teutons, n'etaient Tien moins que des
ils n'admettaient pas, comme les modernes fai-
chefs absolus ; la nation les nommaiL et la nation
sours de constitutions, quo la personne du roi
les deposait ; ils ne pouvaient ricn faire d'impor-
inviolable et sacree. Mais je presume quo cette
taut en paix on en guerre sans l'assentiment na-
pratique memo qui montre qu'ils ne le regardaienl
tional ; et malgró tout, on sent:ail que le roi, en
pas comma inviolable, prouve aussi gulls le consi-
[ant que roi, etait revetu d'une dignitó d'un tout
deraient comme sacra. Cerlainement, si le roi Mai!
autre genre quo cello du plus eleve de ses sujets.
ainsi sacrifie de preference, c'est qu'il y avail en
11 est possible que colic difference resultat princi-
lui quelque chose qui n'etait dans personne autre,
palement d'une espece de respect religieux qu'im-
c'est qu'aucune victime inferieure n'eett ate aussi-
posail la personne du roi et que n'inspirait au-
agreable aux dieux.
can autre chef inferieur. En effet, dans les temps
Mais d'un antra cOLO — pour nous aventur4
d'idolatrie, les rois faisaient renionter lour origine
un moment au dela du cercle des modeles tento-
aux dieux que la nation adorait ; et, dans les siecles
nique eL alien — on voit dims l'histoire que
chretiens, comme ils se distinguaient des chefs de
anciens Egyptiens devancerent la grande inven-
moindre importance par les ceremonies religieuses
tion de la monarchic constitutionnelle ; que
qui solennisaient lour entrée en charge, les emus du
pretres, dans un discours annuel, attribuaient re-
peuple devenaient ainsi les Oints du Seigneur.
pectueusement Lout le bien qui etait fait dans le
La distinction entre les rois et les chefs d'un an-
pays au roi personnelletnent, et Lout le mal h see
tre genre estrigoureusement d'une antiquite imme-
mauvais conseillers (12). 11 semblerail qu'il y
moriale ; elle est aussi ancienne que quoi quo cc
la deux manieres exactement opposees do traitt
soit quo nous connaissions des institutions politi.
un roi ; et cependant cette coutume d'immoler
ques de notre race. Cette difference est clairement
in
roi, et l'autre coutume d'agir avec lui comme
diquee dans la description que je vous ai lue de
etait incapable do jamais faire mal, derivent Writes
'I a ei t e distipgue d'une maniere bien marquee les
deux du memo principe, ce principe quo le roi,
"965 et les duxes, les rois et les chefs ; les chefs dont
l
d'une maniere on dune autre, est essenticllement
e droi I au commandement s'appuyait sur leur nais-
different de tout le reste des hommes. Nos pro-
sance, et les chefs qui le fondaient sur leur Write

DU LA CONSTITUTION ANGLAISE.
35
ZVE
LE DEVELOPPEMENT
chef Wilton qui n'etait pas roi portait le titre d'Eal-
personnel. Mais le mem eerivain nous a pprend que,
dorinan en temps de paix, et d'llercioga en temps
quoique cello distinction eta ete etablie de si bonne
de guerre. Le premier nom ne clemande pas d'ex-
heure et si bien comprise, elle n'etait cependant
plication. 11 est encore en usage parmi nous, hien .
pas universelletnent admise par Loutes les branches
ail perdu quelque chose de son ancienne, di-
de la race teutonique. Entre les nations germaines
L'autre titre dileretogrz, chef d'armee, l'equi-
(Writes par Tacit°, quelques-uses, nous (lit-il
valent exact du latin dux, est tombe en desuetude
expressement , etaient gouvernees par des roil,
dans notre langue, mais it survit dans le hail t-alle-
tandis que d'autres n'en avaient pas. Cela vent
mand sOus la forme de Herzog, qu'on traduit fami-
dire que, clans celles-ci, chaque tribu ou district
lierement et correctement par due. Les duces de
avail son chef propre, magistrat durant la paix,
Tacite, on ne pout en flouter, etaient les Ealdormen
general en temps de guerre, mais que la nation
ou He•etogan.
entiere n'etait pas reunie sous un seal chef qui
On voit moms clairement ce qu'etait le Litre gull
droit aux privileges speciaux et mysterieux de la
voulait traduire par rex. Notre mot Cyning, King
royaute. Cela vent dire que, hien que nous enlen-
est commun A loutes les langues teutoniques exis-
dions parlor de royaute aussi loin que nos histoires
(antes, et nous le retrouvons aussi loin q.ue nous
nous font remonter dans le passe, cependant la
pouvons suivre la langue anglaise dans le passé.
royaute ne fut pas la forme la plus ancienne de
Mais ce n'est ni le soul, ni vraisemblablement le plus
gouvernement parmi les tribus teutoniques. Le roi
ancien mot pour exprimer cette idee. Dans le plus
et son royaume prirent naissance par l'union de
vieux monument qui nous reste de l'idiome teuto-
plusicurs (Ants on districts, existant (16 ,ja sous des
nique, la version go thique des Ecritures, le mot
chefs separes qui leer etaient propres, et, dans l'his-
King, sous auculle do ses formes, ne se rencontre
toire de nos propres origines, on pent determiner
nulle part. Le terme qu'on y voit employe est Thiu-
avec une grande nettete la date et les circonstances
dans. On y trouve aussi un troisieme mot, Drihten,
de l'introduc Lion de la royaute.
qui., en anglais, est plus communement usite dans
On aimerait bien a savoir cc que signifiaient exac-
un sons religieux.
tement les mots teutons que Tacite rendait par les
Je nous prie de vonloir hien prendre patience pen-
equivalents latins rex et dux. Pour le dernier
dan t clue je m'enfonce un moment dans quelques
moms, on peut faire une conjecture plausible. Le

30
LE DEVELOPPEMENT
'1114'
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
37
vieilles etymologies teutoniques, persuade que je
plusieurs des vieux noms teulons, Theodric, Theod-
suis que les analogies de ems trois mots ne soft pas
berht, Theodbald, et attires semblables. De memo,
d'uirmince inter6t. Ces noms derivent tons trois ou
Dhriten vient ou directement de Driht, famille, corn-
se rapprochent beaucoup do mots qui signifient la
pagnie, on bien, precisement comme. Cyn et Cyne,
race ou le peuple. L'un d'eux, Cyn ou Kin, nous
d'un adjectif dribt signifiant noble ou flex.
l'avons garde dans l'anglais moderne, sans en chan-
Ces noms exprimant tous trois la royaute on I ainsi
ger le son et avec tine tres-legere modification dans
rappert a des mots qui veulent dire race ott peuple.
le sons. Maintenant, le mot Cyning, dans sa forme
Its impliquent l'idee de chef d'un peuple, quelque
abregee King, vient directement, ou du substantif
chose de plus que le chef d'une simple tribu on
Cyn, ou bien d'un adjectil' qui s'y rattache elroite-
d'un district. Maintenant nos chroniques en vieil
ment, Cyne, noble, precisement comme le latin ge-
anglais, lorsqu'elles racontent comment les pre-
nerosas vient de genus, qui, soil dit en passant, est le
miers conquerants anglais, Hengest et Horsa, s'e-
memo mot quo noire anglais Cyn. Ne vous laissez
tablirent dans le Kent, ne les appellent point Cy-
pas abuser en allant croire que King ait non a de-
ningas, mais Heretogan, chefs ou dues. II Taut
ineler avec canning ou cunning, rhomme adroit. Celui
qu'Hengest ait d'abord remporte des victoires sur
qui l'a dit le premier ignorait tout sirnplement sa
les Bretons pour qu'on nous disc qu'il a pris le rice
grammaire du vieil anglais. Ce mot est de la famine
on royaume et que son ills OEsc est appele King.
de Cyn et Cyne, et pent se comprendre « le noble
C'est ainsi que, dans le Wessex, les premiers con-
homme ou bien, comme ing est la desinence pa-
querants Cerdic et Cynric sont appeles Ealdormen
tronymique des Teutons, celui qui l'airne mieux
quand its dêbarquent ; mais, lorsqu'ils ont Rahli
pent former Cyning de Cyn, et faire du roi, non le
Uric domination fire aux depens des Welches, on
Ore de son peuple, mais son rejeton (13).
lit gulls prirent aussi le rice, el les chefs des Saxons
Quant aux deux attires noms, Thiudans ou Theoden
de l'Ouest sont des.lors cites comme rois. Il est
et Drihten, its ont disparu de fare langue, et aver
done evident que les premiers chefs des etablisse-
eux les deux mots auxquels its se rattachent, pre-
ments anglais dans la Grande-Bretagne, quand its
cisement comme Cyning se rattache a Cyn. 7hiu-
traversaient les mers, portaient settlement le titre
dans ou Theoden vient de Thiuda ou Theod, qui vent
plus humble d' Heretogan ou Ealdormen; ce fut sou-
dire aussi potpie, mot quo vous reconnaitrez dans
lement lorsqu'ils eurent livre des batailles et se fu-
3

38
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
39
rent trouves a la tete cl'un Otablissement puissant
ou seigneurs (ealdormen). Mais elle est plus forte-
et victorieux stir le sol conquis, qu'ils fluent juges
tement accusee que partout ailleurs dans plusieurs
dignes du titre plus releve de rois. On peat croire
recits oil il est pails de nations qui, apres avoir ete
en outre qu'avec tous leurs exploits its n'en auraiem
reunies sous des rois, sont relombees ensuite sous
pas ete juges dignes, s'ils n'avaient passé pour etre
la precedents domination de ces petits chefs locaux.
issus du sang des dieux, de la souche divine de
Ainsi, les Lombards en Italie, qui avaient ete con-
Wode .
duits par des rois h lour grande conquete, renon-
On roil ainsi que la royaute, clans le sens strict
cerent, est-il dit, pour on temps, au gouvernement
du mot, c'est-h-dire distinguee du gouvernement
royal, et rótablirent le pouvoir de dues indepen-
des dues ou seigneurs (ealdormen), prend son ori-
dank. On rapporte aussi que les Saxons de l'Ouest,
gine, chez les Anglais de la Grande-Bretagne, non
dans notre lie, rejeterent a une certaine époque le
pas au premier moment meme de la conquete, mais
gouvernement des rois, et revinrent de la meme ma-
dans les annees qui la suivirent immediatement, du
niere au pouvoir de seigneurs independants. Dans
vivant de la premiere generation des conquerants .
tous ces cas, on serail, hien aise de savoir plus clai-
Cate distinction que l'on remarque chez les Anglais
rement queue Otait la difference exacte entre le roi
ales Saxons se retrouve chez les peoples de meme
et le due ou eaktorman. Mais il est evident que le
race de la Scandinavie. Du jour que les Danois et les
roi etait le representant dune unite nationale plus
Normands commencerent ces invasions qui se ter-
etroite, Landis clue le seigneur representait la ten-
minerent pour eux par de si importants etablisse-
dance parliculiere de chaque tribu ou district a
men Is dans l'A ngleterre du Nord et de l'Est, on trouve
reclamer son independance. Le gouvernement du
toujours chez eux deux classes bien tranchees de
Seigneur petit n'avoir pas eta moins effectif que
chefs, les rois et les jails, autrement dit eons. Ce
eelui du roi. Si nous nous rappelons la distinction
sont les jails qui repondent aux ealdormen anglais.
traces par Tacite quant aux qualifications respec-
La meme distinction est encore clairement indiquee,
tires de ces deux fonctions, nous awns meme
quancl on lit que les vieux Saxons, les Saxons du
tout lieu de eroire que le gouvernement du sei-
continent, etaient gouvernes, non par des rois,
gn eur pourrait hien avoir ete le plus effectif des
mais par ces chefs que notre Ocrivain latin se plait
deux. Ce v a de certain, c'est qu'on senlait
h appeler satrapes, c'est-h-dire, hien enlendu, dues
(pie le seigneur, de maniere ou d'autre, etait moins

40
LE DIVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
41
separe de la masse de son peuple que n'était le roi ;
empereur de Louie la Bretagne, et plus lard enfin
les fonct.ions de roi ne pouvaient etre remplies que
souverain d'un rovaume qui s'etend aux qua tre coins
par un homme de la souche de Woden ; cellos de
(11.1 monde. Mais le point qui nous intexesse mainte-
seigneur Otaient, semblerait-il, accessibles au pre-
tenan t, c'est qu'a chaque degre d'accroissement du
mier voila qui montrait possedait les qualites
domaine royal, l'autorite politique du roi sur cc
requires clans un chef de nation.
domaine s'accroissait en memo temps. Le change-
C'est ainsi quo la royaute devint la loi de touter
ment de seigneur en roi, celui de roi idolatre en
les trilms Leutoniques qui s'etablirentdans la Grande-
roi chrelien couronne et sacre par l'onction, con-
Bretagne et dont la reunion lit la nation anglaise.
trihua beaucoup sans doule a Clever le pouvoir et la
Cette reunion, il ne f an t jamais Foublier,f ut tres-lento.
digni Le (in chef, qui acquerait ainsi h chaque trans-
Peu a pen, de petits rois ou des seigneurs indepen-
formation de nouveaux litres au respect. Mais cc
dants acce.spterent la suprómatie d'un roi plus puis-
n'etaitpaslhtout. L'agrandissement seal du domaine
sant.Puis,daus une secondepóriode,le plus petitEtat
royal devait chaque fois tres-puissamment aider h
rut dócidement incorpore au plus grand. Le chef
accroftre le pouvoir direct du roi, et plus puissam-
du premier, alors, s'il n'etait pas completement de-
ment encore h augmen ler cc vague respect que
possede, ne gouvernail plus comrne souverain in-
chacun ressent pour la royaute. Daus Homere, nous
dependants, ni meme comme souverain vassal, mais
voyons certains rois qui avaient « un caractere plus
en qualite de simple magistrat, agissant en vertu de
royal », qui etaient plus rois quo les attires. Hen a ète
l'autorite deleguee par le souverain de qui it te-
de rneme chez nous. Un roi qui *nail sur tout le
nail sa charge (14). L'Etal fonde par Cerdic et Cyn-
Wessex avail davan Loge du roi que celui qui regnait
ric sur la cote mCridionale grandit pen a pen par
seuleinent sur File de Wight, et un roi qui gouver-
'Incorporation de plusieurs petits royaumes et
nait tante l'Angleterre Otait d'un doge, plus Cleve en
seigneuries independanies, jusqu'a cc ciubras
royaute que celui qui ne gouvernait que Wessex (15).
sat la souverainete de File entiere de Bretagne, et
A mesure, que s'eLend le territoire stir lequel
devint la royaute immediate de tons les Anglais
rögne un roi, celui-ci devient necessairement de
qui l'habilaiont. Le seigneur d'un coin du Hamp-
moms en moms connu de la masse de son peu-
shire arriva ainsi pas a pas a etre roi des Saxons
ple ; it s'abrite de plus en plus derriere la crainte
de l'Ouest, puis roi des Saxons, roi des Anglais;
mysterieuse qui it inspire ; de plus en plus it est con-
I

1.E DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
sidere cornmc un etre different du reste des horn-
dans le sixierne estimait, qu'une victoire
mos, d'une autre nature meme que le commun des
de plus stir les Bretons, ]'acquisition dune par-
magistrats civils ou des chefs militaires, si erninente
cello de plus de lour territoive, une autre con-
que soit la dignite de ceux-ci, si ustre que soil lour
taine, pourrait-on dire, de modernes liampshires;
caractere personnel. tine telle separation entre le roi
l'avaient rendu assez grand pour echanger son ti-
et, la masse de son peuple pout, it est vrai, clans cer-
tre de seigneur contre celui de roi. Ce roi-la Otait
taines conditions, el-Ambler, an lieu d'un accroisse-
Bien roi clans toute la force clu. terme ; son carac-
moot., une diminution do son pouvoir reel. Ce roi
tere personnel avail la plus haute influence stir la
pout devenir, dans ]'opinion populaire, trop grand
prosperite on le malheur de son royaume ; sa vo-
et trop imposan I pour l'exercice effectif du pouvoir,
lonte pesait clu plus grand poids, quand it s'agis-
et, - par unc consequence forde do sa grandeur
sail de faire les lois deslinees a regir son peuple, ou
memo, voir son autorite reelle transferee h ses re-
de distribuer les honneurs et les charges entre ceux
presentants pour qu'ils gouvernent en son nom. 11
qui devaient gouverner sous ses ordres. Et, malgre
pout olio environne d'une adoration qui releve pres-
tout., ce n'etait pas un despote ; on n'oubliait ja-
queau-dessus cle l'humanite, tandis que la realile du
mais quo le roi n'etait que ce que son nom signifie,
pouvoir passe a tin maire du palais, ou est partagee
representan I, la personnification, ]'emanation
entre les gouverneurs de provinces eloignees (10).
du- peuple. C'etait du choix du peuple qu'il rece-
Alais avec une race de rois energiques et habiles
vait son autorite pour le gouverner, choix qui se
gouvernant line nation qui tend h l'unité el non a
renfermait, en toute c.irconslance ordinaire, dans
la separation plus complete cle ses parties, chaque
la maison royale, mais qui , au dedans de cello
pas dans l'accroissement territorial du royaume est
n'élait pas limile par l'avcugle respect
aussi un pas dans l'aceroissement, non-seulement
dune loi particuliere de succession.
de la (lignite exterieure, mais encore cle l'autorite
Ce choix pouvait, tanttit se fixer stir le membre le
materielle du roi.
plus digne de la famille royale, tantOt, quand cette
Le roi anglais qui, au seizieme sieclo, posse-
famille no fournissait pas de candidat satisfaisant, se
dait la souverainete directe de tonic l'Angle-
Porter hardiment sur l'homrne le plus digne parmi le
Lorre, la supreme autorite sur tout° la Bretagne,
Pouple tout entier (17). Or, ceux des mains de qui le
elan un tout autre personnage quo son ztleul qui,
roi a Lenu ainsi tout d'ahord son pouvoir en on t


44
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
4:3
LE DEVELOPPEMENT
Le dallier exercice qui en a ete fait en a renclu
toujours partage l'exercice avec lui. Les lois, les
inutile lout exercice to tur. Tout ce qu'on avail
concessions de privileges , les nominations aux
gagner dans les anciens temps par la deposition
charges appartenaient au roi, mais n'etaient deft-
d'un roi pout eire obtenu main tenan t par un vote
nitives qu'avec l'assentiment clu peuple consults
de blame contre un ministre, on, dans le cas le plus
dans son assemblec nationals, reunion des Sages
extreme, par sa miss en accusation.
Hommes du pays tout entier (IS). Ce n'est pas tout :
Mais, oulre l'accroissement du pouvoir royal qui
ceux qui lui avaient donne son pouvoir et qui lc
resulta naturellenient de l'accroissement des do-
dirigeaient dans l'emploi qu'i I en faisait, pouvaient
'Dailies du roi, une autre cause contribua active-
encore, quand le besoin l'exigeait, lui retirer ce pou-
ment it revetir le roi d'une influence personnelle
voir apres le lui avoir confie. A de raves intervalles
clout l'imporLance Nut presque plus grande quo son
— car c'est seulement a de raves in tervalles gull est
autorite politique. Pour une partie considerable de
vraisemblable qu'on en vienne a colic extremite— la
ses sujets, pour tons les hommes d'une fortune on
nation anglaise a exerce le plus eminent de ses pou-
d'une puissance plus qu'ordinaire, le roi cessa par
voirs, en reprenant la couronne a des rois indignes
degres (Pare uniquement roi, pour devenir lord,
de la porter. Je ne pane pas cl'actes violents ou de
et, par degrés aussi, ses sujets devinrent, de sujets
meurtres, non plus que de proces qui, hien quo re-
qu'ils etaient seulement, ses honznzes. Ces mots de-
vetus de la forme legale, n'avaient pas de prece-
mandent une explication, et je vain encore remonler
dents dans notre histoire. Je no pane ni de la more
Tacile comme a noire point de depart. Parallele-
secrete d'llenri VI, ni de l'execution publique de
ment a la socióte politique, composee du roi, des
Charles P r . Je pane de la marche reguliere de la
nobles, de Fassemblee populaire, autant de pou-
loi. Dans le Northumberland , le droit de deposi-
tion etai .. exerce avec une frequence particuliere.
voirs strictement politiques, it decrit une autre
institution, une relation qui n'a plus rien de poli-
Mais je veux me reslreindre 1 cette lignee directe
et ininterrompue de princes qui, de rois de Wessex,
lique en elle-meme, purement personnelle au cony
traire, mais qui devint graduellement de la plus
devinrent rois d'Anglelerre. Six fois au moins dans
haute importance politique : c'est Finstitution du
l'espace de neuf cents ans, de Sigeberht de Wessex
co
a Jacques le Witan on Parlement usa du plus
mpognonnage (conitatus), le systems de relation
p ersonnelle entre un homme et son lord, relation
extreme et du plus eminent de ses pouvoirs (49).
3.

46
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
47
qui consistail en service fidele d'une part, en fidele
seigneur (catlorman) Brihtnoth, aux envahisseurs
protection do l'autre. Ecoutons encore parlor lc
normands. Le seigneur a eta tue ; deux de ses sui-
Mare ltomain, interprete de nos plus vicilles tra-
vants se sont enluis, l'nn d'eux sur le cheval du
ditions.

seigneur, et tonics les expressions qui sont miles
«11 n'y a pas de honte chez les Germains A etre
dans la bouche de ses compagnons restes tickles
vu parmi les compagnons (comites) d'un chef. Or, it
roulent sun le lien personnel qui existe entre eux et
y a des clegres dans le cornpagnonnage (coinitatus),
leur lord (20).
selon l'estirne accordee par celui dont on forme la
« La dessus l'abattent
suite; et il existe une grancle rivalite entre les cm-
Les soldats patens ;
pagnons, A qui se maintiendra le plus haut dans la
Et les deux guerriers
A ses deux cotes,
faveur de son chef, comme entre les chefs, a qui
0Elfnoth et Wulftmer,
aura les plus nombreux et les plus vaillants compa-
Mordent la poussiere
Aupres de leur lord.
guons... Quand on en vient 1 faction, it est honteux
Leur sang coins cher
pour le chef d'etre surpasse en valour; it est hon-
D'autres se retirent
Lasses du combat.
teux pour les compagnons de ne pas egaler la va-
La les Ills d*Odda
leur de lour chef. C'est, memo une note d'infamie
Les premiers s'enfuirent ;
Godric deserts,
pour le reslo do la vie quo de se retirer sain et sauf
Delaissant le brave
du champ de bataille oil le chef a pert. Le garden,
Qui lui fit present
lc delendre, rapporter it sa gloire leurs propres
De tant de coursiers
11 prit le cheval
hauls faits, est le premier devoir picux de ses corn-
Quo son lord montait,
pagnons. Les chefs combattent pour la victoire; les
Santant sur la housse,
Malgre son devoir (a). »
compagnons combattent pour lour chef. »
Telle est la description que fait du compagnon-
A present, nous passons aux exploits accomplis
nage un historien romain du second siècle. Permet-
p ar SOS thanes sur son cadavre :
tez-moi de mettre en regard de cc passage les viers
« La fut renverse
d'un poete anglais du dixiimne. Ce poete raconte la
Le chef de Farmee,
bataille de Maldon qui fut livree, en 991, par les
(a) On tremors a Is fin du volume le texte de cette ballade
qui merite d'exercer le talent d'un pate. Nous nous sommes
Saxons de l'Est, sous le commandement de leur
c ontente d'en presenter au lecteur un mot-a-mot rhythme.

48
LE DEVELOPPEMENT
BF LA CONSTITUTION ANGLAISE.
49
Le comte Ethelred ;
« Je promets ceci
Lit ses camarades,
D'ici je ne veux
Chers ii son foyer,
Reculer d'un pas ;
Le virent gisant.
Mais j'avancerai
Alors s'elancerent
Pour venger mon lord
Los superbes thanes ;
Et mon camarade ;
Les hommes sans peur
Et Fes du lac Stour
Se p atent joyeux ;
Nul heros sans pear
Its veulent tons
Ne m'insultera,
De cos deux sorts l'un,
Parcc quo tout soul
Mourir, ou venger
J'irais au logic
Leur chef tant aime. »
Quittant le combat. »
Alors l'un des thanes Arend la parole :
Lc resi t continue un pen plus loin
« Non, jamais au camp
Thane ne pours
« Tot dans la bataille
Offa succomba ;
Me jeter l'insulte,
Disant Tie j'ai fui
Mais it accomplit
Pour revoir mon toil,
Le vcen de son lord.
Quand git mon seigneur,
await promis,
Mort dans le combat.
En prenant l'anneau,
Porte irreparable
Quo tons deux ensemble
C'etait mon parent,
Au bourg e.hevauchant
Et c'etait mon lord. »
Retourneraient saufs,
Ou dans la melee,
Un autre parle it son tour :
An fort du carnage,
Tomberaient frappes :
Quel courage, OElfwinc,
It git en NTai thane
To donnais aux thanes
Aupres de son lord.»
Au fort du danger !
Puisque notre lord
Enfin, tin dernier ach6ve :
Le comte est h terre,
Que chacun de nous
« Quo lame soil forte,
Excite les autres
Le cceur plus ardent,
Guerricrs it la guerre,
La valour plus grande,
Tant :pie nous pourrons
Quand decroit le nombre.
Bien tenir nos armes,
VoIci le chef mort,
Mortel cimeterre,
'rout du long conche :
Lance et bonne epee. »
Ileros dans la poudre !
troisiOnne reprend :
Maudit celui qui

50
DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
51
A ce jeu sanglant
commandant en chef de Farm& ; it n'etait, le maitre
Maintenant renonce!
personnel que de ses esciaves et de ses affran-
Jo suis vicux de jours ;
D'ici je no pars.
ehis (22). Ce rut settlement a une ("Toque hien pos-
Je veux aux cites,
terieure de I'Empire romain que le service person-
Aux cotes du lord,
D'un honnne si cher,
nel l lit tour ou clans la Camille cle l'empereur
Oui, Jo veux tomber. »
commenca a etre regarde comme honorable (23).
L'institution du compagnonnage militairesemble
Au contraire, chez les Teutons, la relation person-
avoir un pen etonne Tacite. Il se emit -oblige de
nelle colorait tout ; le service personnel vis-a-vis
faire remarquer que ce genre de relation person-
d'un roi ou d'un autre chef fut honorable des le
nelle n'etait pas regarde chez les Germains comme
principe ; les nobles les plus fiers de l'Europe se
C'etait la le sentiment nature! a un
mt tenus jusqu'a nos jours pour tres-honores de
citoyen romain n'avait absolument
remplir aupres de la personae des empereurs, des
de devoirs qu'envers L'Etat pouvail etre re--
roil et d'autres princes, des offices que Tacite
presente soil par 1111 magistrat responsable, soil par
juges etre au-clessous de la (lignite dun canyon ro-
un empereur sans responsabilite ; mais, dans les
main. Nous aeons pris Ihabitude aujourd hui de
deux cas, l'obeissance etail due au representant de
ne von rendre ce genre de service qu'a un per-
l'Eta t n'existait aucune relation personnelle avec
sonnage royal ; it y a quelques siecles, les hommes
l'hcmme. La vieille institution romaine du patron
de tout rang s'estimaient honores d'en etre charges
et du client, qui avait tant de ressemblance avec
aupres d'hommes du rang immediatemen t superieur
le compagnonnage germain, etait a peu pros dis-
au leur, ou memo d'hommes de leur propre rang qui
les
parue du temps de Tacite, et, a aucune (Toque,
devancaient en age et en reputation. Le chevalier
elle n'avait ete adoptee par les hommes de haut
etait servi par son ecuyer, le maitre par son eleve ;
rang (24). Ce qui etonnait Tacite, c'est que, chez les
et le mime principe, mis de cote en toule autre oc-
cas
Germains, les hommes les plus &eves par leur
ionse perpetue encore clans un usage qui est
nidub
naissance et lours exploits n'etaient pas considerós
itablement un reste du compagnonnage teuto-
nique,
comme deshonores pour entrer au service personnel
je veux dire le fagging de nos Ocoles publiques.
d'un seigneur. Pour Tacite
Trajan etait
Or, le rósultat politique du principe de service per-
sonn el,
le magistrat supreme de la Republique romaine, le
de ce tie institution du compagnonnage, se

52
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
developpant a cote de la primitive soció le politique,
present d'une terre, que l'homme devait posseder
fut de la plus haute importance dans noire vieille
comme prix du service passé et condition du ser-
histoire. La relation personnelle en vint a absorber
vice futur. Au surplus la coutume de conceder des
la relation purement politique. Entrer an service
terres dont la 'possession etait soumise a l'obliga-
d'un chef devint tine pratique si hien etablie qu'a la
tiond'un service militaire etait devenue commune
fin on jugea du devoir de chaque homme de « cher-
Bans les derniers temps de la puissance ro-
cher un seigneur », on, comme on disait, de se
maine (25). Ces terres, naturellement, y etaient to-
recommander, de se placer sous la protection d'un
nnes non pas de l'empereur comme seigneur per-
homme plus puissant quo soi-meme. L'homme de-
sonnel, mais de la republique romaine dont l'empe-
vait service hale a son lord; le lord devait
reur etait le chef et le representant. Mais cet usage
protection a son homme. Le nom meme de lord,
de tenir des terres par le service militaire se ren-
dans sa plus ancienne el plus complete forme,
contra A propos avec l'institution leutonique du
lilaford, impliquc l'idee de la recompense que le
service personnel, et l'union de ces deux genres de
lord accordait a son homme hale. Ce mot nelaisse
services dans la meme personne produisit cette rela-
pas quo d'être embarrassan I ; mais on ne pent douter
tion feodale qui a eu une action si puissante sur
qu'il ne se rattache a la racine Nal, loaf, et que le
toute la vie politique et sociale durant le tours en-
sons generique Wen soit le donneur de pain (24).
tier du moyen age et ensuite jusqu'a no Ire tern ps.
Maintenant, se cache ici quelque chose qui a con
La terre concedee par le lord h son homme, on la
derablement affecte toute l'organisation politique,
terre que l'homme consen Lai t a tenir comme si elle
sociale qui suiv it. L'institution du conipagnonna
lui avail etc ainsi concede°, pouvait etre un royaume
dans son premier Otat, n'avait absolument rien a
qu'on tenait de l'empereur ou du pape, tout aussi
voir avec la possession de la terre. Mais l'homme
hien que le plus petit Lai, (peon tenait d'un voisin
attendait la recompense de son fiddle service des
plus puissant. Dons les deux cas, une telle tenure
mains de son lord ; ii attendait le pain que celui-ci,
par le service militaire etait un fief, et de l'institu-
par son titre memo de lord, s'etait engage a
ti on de ces fiefs sortit, avec des consequences mul-
clonner. Il n'y avail naturellement aucune forme
tiples pour le hien et pour le mal, ce qu'on appela
de recompense, aucune maniere de Bonner le pain
le sysleme fOodal. Mais en tint que le systeme
qui Mt aussi commode ou aussi honorable que le
feodal exista, soil en Anglelerre, soil dans tonic

I
54
LE DEVELOPPEMENT
GE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
55
autre contree, it exista absolument comme un sys-
personnelle vis-J. du roi, au lieu d'une noblesse,
teme qui avait grancli cote a cote d'un attire plus
fondee stir la naissance settle. 11 nous a donne une
ancien, qu'il deplaca en en tier on en partie. Le te-
noblesse de Thanes, qui, peu a peu, supplanta l'an-
nancier Modal, tenant sa terre d'un lord par le ser-
cienne noblesse des or Is.
vice militaire, supplanta graduellement., en either
A mesure que grandirent la puissance et la dignite
on en partie, dans la plupart des con trees de l'Eu-
rovales, on en vint a regarder comme le comble de
rope, le possesseur allodial, qui ne tenant sa terre
Ihonneur Wearer an service personnel du roi. Deux
d'aucun autre homme, et ne connaissait de sup&
rest,' la ts s'ensuivirent : le service du roi, c'est-h-dire
rieur quo Dieu et la loi. En Angleterre, cc change-
one place dans le compagnonnage royal, devint la
me.nL ne se fit que graduellement el par parties; ce
marque et la consecration d'une origine noble. EL ce
fut par le moyen de la conquete normande, on,
fut une grande force pour le pouvoir do roi, quand
plus exacternent, a la faveur des subtiles theories
celui-ci cut etabli, avec tousles criers de son royautne,
legales ititroduites avec la conquete normande.
non- seulemen t la relation d'un chef politique, mail
qu'il s'etablit definitivement. Et, apres tout, c'est
encore cello dun seigneur immediat, d'un seigneur
plutOt en theorie qu'en fait qu'il rut Otabli. Le sys-
au service duquel ils Otaient attaches par no lien per-
tem Modal, en [Ant que systeme adopte dans
sonnel, et de qui ils tenaient leurs terres, comme le
tout le pays et affectant toules les relations de la
present die sapersonnelle bonte . 11 Taut pout-titre voir
vie, ne s'etablit jamais aussi completement en An.
la marque d'un declin de la premiere idee do com-
1
gleterre quo dans certains pays du continent.
pagnonnage dans ce fait que le vieux mot gesith,
Mais cc n'est qu'indirectement que mon sujet
compagnon, repondan t exactemen Lan mot la tin comes
a quelque chose a demeler avec le systeme feodal.
employe par Tacit°, fut remplace par le nom de
et surtout avec son action stir la sociele poll -
thane. (1hegn),littkalement serviteur. Mais taut quo le
tique. J'ai a etudier le compagnonnage, d'oit est
service personnel fut estime honorable, le nom de
sortie la relation fOodale , principalement sous
ser • iteur ne fut Das une degradation, et le nom de
un autre aspect, egalement indirect, a savoir, la
Thane devint l'equivalent du Litre plus ancien
maniere dont it influa sur nos plus anciennes ins-
d 'eorl. Les thanes du roi, les hommes qui tenaient
titutions. 11 nous a donne tine nouvelle forme de
le nt' terre du roi et lui 0taient attaches par le lien
noblesse, une noblesse de . service et de relation
dti service personnel, formerent la plus haute classo

$fi
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
de la noblesse. Les thanes de lords inferieurs,
blesse de service personnel vis-à-vis du roi. Autre-
d'aveques et d'ealdormen, formerent une seconde
Men I, dit, l'Angleterre, avant la conquete normande,
classe. Une noblesse de ce genre, on ne peut en
avait déjà commence a marcher, bien qu'avec
douter, alai d'un genre hien plus liberal que
moins de celerite quo la plupart des autres nations,
cienne noblesse de naissance, a Lel point que l'admis
dans la voie qui conduisait a la ruine generale de
sion dans ses rangs n'etait pas interdile aux homme
la liberte par toute l'Europe. L'invasion Otrangere
d'une classe inferieure. Le ceorl, l'homme libre
qui, un instant, parut avoir fonde la Eberle a
commun, ne pouvait pas, A. la rigueur, devenir
jamais, ne fit, en realite, qu'en preparer l'Oclosion
earl, par la simple raison qu'iI ne pouvait pas chan-
nouvelle, le rajeunissement, sous une forme mieux
ger d'ancetres ; mail it pouvait, et c'est ce qui arriva
adaptee a l'etat module des choses, plus propre a
souvent, devenir un thane.D'un au Ire cold cepend ant
passer jusqu'aux temps modernes, plus favorable
une sembl ab le noblesse, tout en
1'elevatiori
a la conservation du bien-titre d'une grande nation,
du commun des hommes libres, tendait a abais•
quo celle qu'offrait la vieille societó teutonique et
ser la condition de ceux d'entre eux qui ne s'ele
qu'on relrouve encore dans ces coins ecartes. du
vaient pas. Par la meme raison que la barriere de
monde dont je parlais au debut de mon discours.
la naissance ne pent dire franchie, elle est a quel-
Cate destruction momentanee, cette nouvelle vie
ques egards moins genante que colic de la fortune
qui cure encore, seront le sujet de mon second cha-
ou de l'emploi. Les privileges d'une classe stricle-
pitre. Je ne veux pour le moment que vous engager
men', hareditaire se reduisent plus naturellement
4 vous penetrer de cello idee que l'Angleterre n'a
a de pores distinctions honoriliques que coax d'ur
jamais did laissee a aucune epoque sans une assent-
noblesse dont le rang est soutenu par les solider
bide nationale d'un genre on d'un antra Que ce flit
avantages d'un office et d'une relation personnel [e
le Witenagemot, le Grand-Conseil ou le Parlement,
avec le souverain.
it y a toujours eu un corps d'hommes, pretendant,
Ainsi done la lendance des premiers six cents
avec plus ou moins de ciroit, parler au nom de la
n
ans apres Fetablissemen desAnglais dans la Grande,
ation. Et n'oubliez pas non plus que, jusqu'a la
co
Bretagne fut d'accroitre le pOuvoir de la couronnc,
nquele normande, le corps qui reclaim la pa-.
d'abaisser la classe inferieure des hommes
role au nom de la nation, fut, du moins dans la
de transformer la noblesse de naissance en une n0
ill eorie legate, la nation elle-rule:nue.

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
58
LE DEVELOPPENIENT

59
C'est la un point sue lequel je, me propose de reve-
Gloritions les hommes fameux dont nous descen -
nir pour en varier plus an long. Pour le moment, jc
dons. Contemplons le roc dans lequel nous avons
voudrais seulement vous suggerer l'opinion, nou-
ótó tailles, et le fond de la mine d'on nous filmes
vellepeut-etre pour beaucoup de personnes, ftit
tires. La liberte, dit le vieux pate, est tine noble
un temps on Lout homme hive en Angleterre,
chose (26). C'est aussi tine chose ancienne. Et ceux
moins que tout homme libre a Uri, pouvait rect
qui raiment maintenant sous son moderne aspect
a=
mer un vote direct dans les conseils de son pays.
ne doiventjamais craindre de rechercher ses formes
11 fut un temps on tout homme libre en Angleterre
anciennes, en remontant aux premiers jours on
pouvait faire entendre sa voix ou resonner sa lanee
l'hisLoire a quelque chose a nous dire de la vie la
dans rassemblee qui nommait les evOques , lee
plus reculee de nos peres et de nos aines.
ealdormen et les roil ; un temps on it pouvait se
chose a faire que de donner libre tours au ddveloppement
vanter qua les lois auxquelles it obeissait etaient
lAtif des principes memes qui mfirissent encore lentement dans
celles qu'il avail faites lui-mime; les hommes qui
la mire patrie.
avaient ponvoir stir lui, des chefs de son propre
choix. Ces jours sent passes, et nous n'avons nul
besoin de chercher a les faire revenir. Les luttes des
siecles sur les champs de bataille et dans le Se-
nat nous out, rendu les mernes clroits sous tine
forme mieux appropriee a notre temps quo la li-
berte barbare de nos peres. Neanmoins it est bon
que nous reportions nos regards sur la source d'o?1
derive tout ce dont nous sommes Piers comme de
noire Bien, tout ce que nous avons transrnis auN
republiques nos lilies (a) sur les autres continents.
(a) C'est 1 juste titre quo le Parlementarisme anglais re%
dique la gloire de cette paternite republicaine. On ne p
nier un fait. La rilmblique des Etats-Unis n'eCtt pas si also'
ment et do prime abord rcgld son admirable vie politique —
celle des beaux temps de son origine — si cite n'avait en auv

LE DEVELOPPEMENT DE L. CONSTIT. ANGLAISE. 61
ire nation. II existe Bien, it est vrai, certains grands
monuments politiques, clout chacun marque une
etape dans l'histoire de nos institutions. Ainsi,
Grande Gharte, la petition du droit, le bill des droits.
Mais aucun d'eux ne s'annonca comme l'elablisse-
CHANTRE 11
ment de quelque chose de nouveau. Its ne preten-
dirent tons qu'a exposer avec une nouvelle force,
s'il se pouvait, et une nouvelle clartó, des droits
Dans mon premier chapitre, je me suis occup6
clout les Anglais jouissaient deja depuis longtemps.
principalement des institutions politiques des pre-
Dans toutes nos grandes luttes politiques, la voix
miers temps, de ces institutions communes a toule
des Anglais ne s'est jamais elevec pour deman-
noire race, qui vivent encore intactes dans quel-
der l'affirmation de nouveaux principes, l'etablisse-
ques peliles societes primitives qu'elle a fondees, et
ment de lois nouvelles ; mais le cri public a toujours
(roil est sortie la constitution encore existante de
reclame une meilleure observation des lois en vi-
I'Angleterre. Je dois maintenant, pour trailer la
gueur, avec le redressement des torts nés de lour
seconde pantie de mon sujet, montrer par quels de-
corruption ou de qu'on en faisait (1). Jusqu'a
oTes cette constitution esi sortie d'un Otat politique
ce que la Grande Gharte etlt 616 arrachee au roi
avec level, a premiere vue, elle semble avoir si
Jean, on rectama les lois du bon roi Edouard ; et
peu de rapport.
lorsque le tyran, malgre cut appose son sceau
Le point capital de ma these, c'est qu'en effet
cette ceuvre capi tale, fondement de toutes nos lois
elle en est sortie, dans le sens le plus strict du
posterieures, on se borna a exigcr la stricte obser-
mot. Notre constitution n'a jamais ate faite,
vation d'une charte qui passait elle•me:me pour We-
dans le sens ou on l'entend des constitutions de
tre rien autre chose que la constitution d'Èdouard
plusieurs autres pays. II n'y a jamais eu un mo-
sous une forme nouvelle (2). Nous aeons tail des
ment oil les Anglais presenterent leur systeme
eh angements de temps en temps ; mais ces change-
politique sous la forme d'un acte solennel qui
m ents out ete a la fois un acte de conservation et
Mt ou I'exposition de theories abstraites, ou la re-
Int progres : un acte de conservation, puree qu'ils
production du systeme present ou passe d'unc an-
6 laient un progres ; un progres, parse qu'ils conser-
4

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
63
62
LE DEVELOPPEMENT
meilleures dispositions de la legislation moderne
vaient. C'etait l'application d'anciens principes
ont etc, volontairement on non, un retour aux prin-
des circonstances nouvelles ; on reparait soigneu-
cipes de notre plus ancienne histoire.
sement un vieil edifice, on ne Tabattait pas pour en
Dans mon premier chapit.re, j'ai essaye de faire
clever un nouveau. La vie, fame de la loi anglaise
voir comment nos Ores apporterent avec eux dans
a toujours ete le precedent ; nous avons toujours
rile de la Grande-Brelagne les institutions origi-
cru que ce que nos pores firent une fois, leurs fils
cellos qui lenr furent communes avec tonic la race
avaient raison de le faire encore. Lorsque les etats
teutonique. essaye de faire voir comment cos
(11.1 royaumc declarerent vacant le Irene de Jac-
institutions furent modifiees dans le tours des ages
ques II, its n'essayerent pas de justifier leur con-
par linvasion anglaise en Bretagne, et par les eve-
duite hl'aide de quelque doctrine du droit de resis•
nements qui la suivirent. J'ai monire comment le
lance, on de quelque theorie des droits de I'homme.
pouvoir royal s'accrut avec chaque accroissement
It suffisait trois cents ans auparavant, les etats
territorial du royaume; comment Tancienne no-
du royaume eussent declare vacant le trene de
blesse de naissance cotta la place a une nouvelle
Richard II (3). En marchant ainsi dans les vicilles
noblesse de relation personnelle avec le souverain,
routes hattues, en pretant ainsi l'oreille a la sa-
et comment l'effet de ces changements semble avoir
gesse de nos ancetres, nous avons pu changer tou-
eta de rendre plus aisee Feleration de l'indivnlu
Les les fois quo le changement a eta necessaire, et
libre de la classe inferieure, mais en memo temps
nous nous sommes gardes de le faire par pur amour
d'abaisser la condition des simples hommes fibres
pour une abstraite theorie. C'est ainsi quo nous
(bourgeois et paysans), en tant que classe. Ge der-
avons eta capables d'avancer, un pen lentement sans
nier changement s'opera plus largement encore
doute, mais d'autant plus sttrement; et, lorsqu'il
comme resultat independant des memos change-
nous est arrive de faire fausse route, nous avons pu
ments qui tendaient a accroltre le pouvoir royal.
revenir sur nos pas. C'est sur cello derniere
Dans un kat de choses oil la representation est in-
cello de defaire ce qui a ate fail mal a propos, que
connue, oil chaque homme libre est Olecteur et le-
je veux particulierement insister. En suivant 16S
gislateur, mais s'il exerce ses droits electifs et
degres par oii noire constitution est parvenue a sa
l egislatifs, it doit le faire direclement et en per-
forme actuelle, j'essaierai par-dessus tout de mon-
sonne; dans un tel etat de choses, chaque accrois-
trer dans combien de circonstances repetées les

61
LE DEVELOPPENIENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
sement du territoire national rend ces droils d'une
Godwine « prononce son discours devani le roi et
valeur moins pratique, et devient cause clue les
torte la population du pays. r Les sentences judi-
pouvoirs reels du gouvernement se concentrent
eiaires et les autres actes de l'autorite sent votes
dans les mains d'un corps moins considerable.
par l'armee, c'est-a- dire par le people en armes.
II n'est pas douteux que, dans les plus anciennes
Quelquefois on trouve tine mention expresso de la
assemblées teutoniques, tout homme libre n'ett sa
presence de considerables et populaires classes
place. 11 n'est pas douteux qu'en Angleterre Lout
d'hommes, comme les citovens de Londres ou de
homme libre ne l'ait gardee clans les petites assem-
Winchester. La consequence de tout ceci est facile
bides locales du mark, du hundred et du shire. En-
a firer. Le droit du simple homme libre d'être pre-
core aujourd'hui, la ou la legislation moderne n'a
sent, de voter, — it serait peat-titre plus pros dela y e-
pas fait disparaitre entierement le vieux droll, it en
rite do dire acclamer (4), -- clans l'assemblee gene-
garde, comma je l'ai fait entendre clans ma pre-
rale de tout le royaume, ne fut jarnais formellement
miere lecture, une ombre legere, lorsqu'il donne
supprime. Mais c'etait, un droit que, vu sa nature
son vote dans l'assemblee, qui, de nos j ours encore,
particuliere, la plupart des ciloyens pouvaient
rappelle le Mark, c'est-a-dire clans le Vestry de sa
peine jamais exercer. Des hommes riches seuls pou-
paroisse.
vaient avoir le rnoyen, et des hommes de quelque
Mais comment les choses se passaient-elles
importance personnelle la tentation de faire de
pour la grande assembles generale, l'assemblee
longs voyages dans ce but. 11 n'est pas vraisembla-
des Sages (Wise), le Witenagemot de tout le
ble qu'une grande multitude, dans des circonstan-
royaume? Aucun monument ancien ne nous donne
ces ordinaires, parlit du nerd de 1'Angleterre pour
un exposé clair ou authentique de la constitution de
assister a des assemblóes terms habituellement
ce corps. On en parle generalement d'une maniere
Westminster, a Winchester et a Glocester. Il est
vague, comme d'une reunion des hommes sages,
evident que l'assistance a ces assemblees ne clevait
des nobles, des Brands. Mais, a cote de passages
etre llabiLude que d'un petit corps de chefs, com-
comma ceux-la, on en trouve d'autres qui en par-
tes, O y eques, abbes, les ofliciers de la tour du poi,
lent d'une maniere qui suppose une constitution
les thanes les plus riches on les plus influents.
Bien plus populaire. Le roi Edouard y est dit avoir
Mais it est evident aussi clue ; lorsque la nation
ate nomme roi par e tout le people ». Le comte
etait particulierement excilee par quelque interet
4.

66
LE DEVELOPPEMENT
DE LA. CONSTITUTION ANGLAISE.
67
puissant, on voyait se mettre en route un grand
ce parlement on peut dire plus; on pent dire, non
nombre d'hommes qui no l'auraient pas fait en
pas senlement qu'elle est issue de l'ancienne as-
temps ordinaire. De plus, Iorsque l'assemblee se
semblee anglaise, mais qu'elle est absolument la
tenait dans tine Ville, les citoyens de cette Ville,
memo, et personnellement iclentique. La Chambre
a l'instant, formaient un element populaire Lout
des lords ne derive pas de l'ancien Wilenagemot :
prat sur le lieu memo. Nous pouvons expliquer ainsi
c'est le Witenagemot lui-memo. Je ne puis aper-
les termes en apparence contradictoires dans les-
cevoir aucune difference entre les deux assemblees.
quels on pule de l'assemblee, quelquefois comme
Le roi Guillaume convoquait son Witan comme le
si elle etait un corps aristocratique, d'au tres fois
roi Edouard convoque avant lui. Dans une
comme si elle etait an contraire un corps profonde-
assemblee memorable du regne du Conquerant,
ment democratique. En effet, c'etait un corps, de-
nous lisons quo les grands du royanme fluent =-
mocratique dans l'ancienne theorie, arislocratig no
forces par la presence du corps entier des tenan-
clans la pratique ordinaire, mais auquel une puis-
ciers d'Angleterre, dont le nombre, suivant la tra-
sante impulsion populaire pouvait rendre parfois
dition, s'eleva soixante, mille. Mais , en regle
son ancien caractere democratique. Les actes d'une
generale, les Grands-Conseils, apres la conquête
representation librement due pouvaient, sans un
normande, presentent le mCme caractere incertain
trop grand effort de langage, etre attribues au peuple
et Ilottant que les Gemots des anciens jours. Dans
entier ha-lame. Les actes, au contraire, d'un corps
la constitution de la Chambre des lords, je ne puis
qui Weill pas etc; representatif n'auraientjamais pu
Hen voir de mysterieux ni d'elonnant. Le caractere
etre appeles les actes du peuple entier, si le peuple
hareditaire qui lui est propre s'introduisit, comme
entier n'avait en lc droit reconnn de prendre part
d'autres choses, insensiblement, par accident plutOt
it ses reunions, Bien que ce droit, dans les circon-
que par suite d'un dessein arrete. On ne devrait pas
stances ordinaires, ne put Otre exerce quo par nil
o ublier non plus quo, aussi longlemps que les
petit nombre de citoyens.
eveques garderont lours sieges dans la Chambre, le
C'est de ce corps, dont la constitution, au temps
ca ractere heréditaire de cette Chambre ne s'etendra
de la conquete normande, n'etait pas pen devenue
pas a toes ses membres.
irreguliere et indecise, que noire Parlement est
Pour moi, il me semble simplement que deux
directement sorti. De rune des deux Chambres de
classes d'hommes, les deux classes les plus elevees,

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
69
68
LE DEVELOPPF,MENT
hereditaire exclusif, c'est la une de ces inventions
ICS conales et les Oveques, ne perdirent on ne ces-
serent jamais d'exercer ce droit d'assister a l'assem-
de legistes qui se sont glissees en si grand nombre
Mee de la nation, droll, qui d'abord leur etait corn-
dans notre constitution. Lorsqne la notion de droit
mun avec tous les autres hommes libres. Outre ces
hereditaire se fut une fois introduite, la creation
deux classes, le roi convoquait d'autres hommes
formelle de pairies par brevets fut. un pas tout na-
nos anciens parlements, a peu pros, it semblerait,
turel. En considérant la chose de ce point de rue
suivani son bon plaisir. Le droit du roi d'agir ainsi
historigne, it me semble tout shnplement etonnant
ne pouvait etre dale; quand tout le monde await
qu'on puisse mettre en doute le pouvoir de la con-
un droll abstrait 1 sieger, on ne pouvait blamer le
mune de erecr des pairies a vie, comme de regu-
roi d'appeler specialement ceux dont it desirait
lariser la jouissance on la succession d'une pairie
parliculierement la presence. Mais it derail. presque
de la maniere qu'ellc trouve bon de le faire.
naturellement s'ensuivre que ces convocations
Ainsi done, la Chambre des lords, je nlesite pas
speciales seraient graduellement considerees comme
a le dire, represente, ou plutOt est hien l'ancien
conferant un droit exclusif, et que ceux qui n'e-
Witenagemot lui-meme. tine assemblee, ou tout
taient pas particulierement appeles seraient bientOl
d'abord chaque homme libre avail, le droll, de pa-
consideres comme n'ayant aucune part Ili aucun
maitre, s'est trouvee, par la force des choses,
interet clans l'affaire. II est certain cependant
pen a peu, sans qu'il y ait eu a un moment quel-
s'ecoula un long temps avant que de telles convo-
conque de changement soudain, reduite a une as-
cations aient passe pour conferer un droll her6-
sembled entierement hereditaire et officielle, as-
dilaire, ou seulement un droll, personnel durable.
semblee 1 laquelle la couronne pent appeler tout
Le roi ne designait jamais les memos hommes pour
titoyen, et ne pent pas, etrangete admise aujour-
chaque parlement. En dehors des comics et des
d'hui, reluser d'appeler les representants de qui-
eveques, les autres membres, tant du corps laique
conque elle y a une fois convoque. Comme it est
que du clerge, furent toujours convoquós, mail la
arrive pour presque tout le reste, la tendance a se
r
liste de ceux qui le furent, soil parmi les laiques,
eduire a un corps de ce genre commenca a se
m
soil parmi les dignilaires ecclesiastiques inferieurs,
anifester avant la conquete normande, et fut
lin
varie constamment dun parlement it I'autre. Quo
alement confirmed et fixed par les resultats
les convocations personnelles conferassent un droit
Cette conquete. Mais la fonction speciale du corps

70
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
it
sorti de la transformation de la vieille assemblee
temps, change de nature et servi d'instruments
nationale, la fonction d'une « autre Chambre »,
pour le mad au lieu d'aider au bien. Mais, ni dans
Chambre haute, Chambre des lords par opposition
l'un ni dans Fautre cas, les institutions de nos pores
h la Chambre des communes, ne pouvait pas se
ne furent le resultat d'une Lheorie abstraite. C'est.
manifester avant qu'une seconde Chambre d'une
pour cela qu'elles ont survecu, et Porte de bons
constitution plus populaire se fat formêe a ses
fruits. Noire assemblee nationale a change de nom
cotes.
et de constitution, mais son identite, en tan!, qua
De mime que tout le resle dans noire con-
corps politique, est restee entiere. Voila pourquoi
stitution politique anglaise, les deux Chambres.
nous pouvons, a un moment donne, reformer sans
naquirent en qucique sorte spontanament et (relies
detruire. En France, au contraire, les institutions
memes. Ni l'une ni l'aut.re ne fut la creation d'un
ont etc Fceuvre de theories abstraites ; elles ont etc
ingenieux theoricien, hien qu'il ne soit pas don-
la creation, pour le hien on pour le mat, de la pens&
leux quo plusieurs des progres successifs de lour
de ceriains individus. Le Parlement anglais existe
developpement n'aient ate, chacun a son moment,
de temps immemorial ; it est sorti pen a pen du
Fceuvre d'un homme d'Etat pralique. Nos ancetres
plus ancien etat de chows. lia France, l'ancien
n'avaient pas de systemes; mais chaque generation,
ordre de choses disparut completement ; le ter-
a tour de rule, avait les yeux assez clairvoyants
rain resla libre pour la creation d'une institu-
pour s'apercevoir que tel on lel changement de (16-*:
tion entierement nouvelle, et les etais generaux
Lail corrigerait tel ou tel mat immediaL, on entral-
virent le jour sur 1'ordre de Philippe le Bel. Les
nerait avec soi tel ou lel immediat avantage. Il y a
Anglais, aux qua torzieme et quinziame siecles,
plus, it est arrive quelquefois qu'un changement
n'avaient aucune theorie des Broils de l'homme ou
qui avail eta introduit dans une mauvaise inten-
de l'humanite universelle. Mais quand its voyaient
tion avail, en fin de compte, opera, un hien. Des
un abus dans la pralique, its en reclamaient le
mesures, prises d'abord en vue de fortifier le pou-
redressement. Les Francais, aux quatorzieme et
voir de la couronne, ont, ahouti A l'extension des
quinzieme siecles, avaient des theories aussi ma-
Broils du people. En revanche, des institutions qui
gniflques qu'aucune de celles rlui aient ale pro-
repondaient, jadis a un dessein honnete et neces-
duites au dix-huilieme ou au dix-neuvieme. Its
saire, ont quelquefois, avec le changement des
avaient memo appris deja a faire des oeuvres de

72
Lls DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
73
sang au nom de la liberte et de la philanthropie (a).
tisme de la couronne (a). Aussi les Francais sont-
C'est pourquoi les institutions frangaises n'ont pas
ils restes sans traditions sur le fondement desquel-
dure. Les &its generaux ne vecurent que d'une
Ies it leer Hit possible d'edifier. Dans toes lours
vie intermittente de siècle en siècle, et pêrirent
changements, soit en bien, soit en mal, ils out Ole
jalnais dans la grande Revolution. Depuis cette
forces de construire a nouveau par la base. Nos
que, aucune institution francaise, aucune forme du
rois, au contraire, n'abolirent jamais entieremenl
pouvoir, soil legislatil, soit executil, n'a ete capa-
nos institutions Mires; ils trouverent le, moyen de
ble de subsister vingt ails sans interruption. Celle
les faire servir a leurs desseins, eL d'etablir un des-
difference n'a pas tenu au dófaut de grands horn-
potisme effectif sans detruire les formes exterieu-
mes on de nobles desseins chez nos voisins du
res de la liberte. Les formes survecurent ainsi, et,
continent. Elle, est clue en partie, pouvons-nous
dans des temps meilleurs, purent s'adapter a leur
croire, aux differences du genie naturel des deux
substance. Nous avons toujours eu des principes
nations, en pantie au coins different quo prit leur
traditionnels auxquels nous avons pu revenir, tine
histoire respective. En France, les rois firent gra-
base traditionnelle sur laquelle nous avons pu edi-
duellement disparaitre toute trace des vieilles ins-
fier. 11 serait difficile de relever le nombre des as-
titutions liberales, et etablirent un franc despo-
semblees, conventions, chambres des deputes,
corps legislatifs, qui sont noes et ont peri en
(a) L'auteur a raison de condamner ces « oeuvres de sang
et de critiquer la fureur de systemes qui nous travaille. 11 a
France, tandis que la Chambre des lords et la
tort, clans cette allusion it notre cerebre Revolution, de me-
Chambre des communes out survecu, ainsi quo
connaitre la grandeur du sentiment de liberte qui l'anima,
et aussi la puissance que doit deployer un peuple pour remuer
leurs pouvoirs, leurs devoirs, leurs relations avec
tout un passe avec une idee. Cette intervention active de
la couronne, avec la nation, el rune avec l'autre,
fhomme dans sa propre destinee sociale ne temoigne-t-elle pas
toujours changeant en silence, mais, dans leur
d'une energie plus digne de lui que sa soumission passive a
la fatalite des evenements qui sortent run apres l'autre des
01) La hate des rois frangais contre l'aristocratie plus forte
mysterieuses origines de la nation? 11 ne Nut Hen wagerer
qu'eux fut d'abord legitime et utile ; apres s'etre appuyes sun
non plus. On peat Hier que touter les anciennes institutions
le peuple, u s eurent le tort de ne pas partager avec lui le
du la France, a aucune époque, aient si completement disparu,
fruit de la victoire. Les nobles anglais, opprimes par la royaute
et qu'en particulier Hen de notre ancien regime Mait servi
dont ils triompherent a la longue, restdrent fifties au con-
nouveau. Il serait plus vrai de dire que celui-ci a reorganise
traire a leur alliance avec les chevaliers et les bourgeois. De
sous tine nouvelle inspiration, et en les cotnpletant, les ele-
la surtout cette divergence capitale dans les destinees poli-
ments recucillis dans l'autre.
tiques des deux peuples.
5

74
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE•
75
existence ininterrompue, restart, a travers ces va-
age de creation et non de ruine. Cot homme,
riations, Loujours inlactes, 'Loujours les memos.
l'homme qui flail par donner a la liberte anglaise
Cependantjevoudrais encore faire remarquer quo,
sa seconde et sa plus durable forme, le hems et le
pendant que le developpement, des institutions an-
martyr de l'Angleterre clans la plus terrible de ses
glaises s'esi ainsi opere presque en obeissanla une
luttes constitutionnelles, ce fat Simon de Montfort,
loi naturelle, la sagesse, la prevoyance, le patrio-
comte de Leicester. Si on ne peat pas l'appeler
tism° d'individus qui furent de grands homilies
l'auteur de la Constitution anglaise, on peat du
d'Etat no doivent jamais etre mis hors de comp to. 11
moins le nommer le fondateur de la Chambre des
existait un elat donne de choses, et quelques horn-
communes. C'est de son temps que date la renais-
mes eurent assez de perspicacite pour voir ce qU it
sance de la liberte anglaise; c'est surtout grace a
y avail justement a faire en cot etat. Notre consti-
lui que liberte renaissante ne fat pas etouffee
tatibn n'a pas d'auteur; mais it est un homme a
avant d'avoir porte'des fruits durables.
qui, sauf ce titre, nous pouvons decerner tous les
11 peat paraitre &range au premier abord que le
honneurs, un homme dont la sagesse et le sacrifice
fondatear des plus recentes iibertes de l'Angleterre,
qu'il lit de sa personae imprimerent a l'histoire
ne Mt pas un Anglais. Simon de Montfort, origi-
d'Angleterre la direction qu'elle a suivie pendant
naire de France, fit pour son pays d'adop lion ce qu'il
les six cents dernieres annees. Elle aurait pu
n'aurait pas pu faire pour son pays natal memo. Et
sans doute enlrer dans cette voie sans lui ; les
pourquoi ? Son pays natal, — dirai-je fiorissait
choses auraient pa aboutir comme elles oat fait
ou souffraiL sous les vertus funestes du plus equi-
sans qu'un homme marchat si fort en avant a leur
table des rois (a). Saint Louis regnait en France,
tete; ou, si celni-la n'avait pas paru, quelque mitre
saint Louis le juste et le pieux, l'homme qui ne
aurait pu surgir pour accomplir son cnuvre. Main
s'ecarta jamais du saltier de la justice, l'homme
it est inutile de rechercher ce qui aurait pu arri-
apres s'etre engage par serment envers son
ver ; it suflit qu'un homme se soil renconire pour
remplir celte mission, qu'un homme ait existe a qui
(a) 11 est difficile de ne pas protester tout de suite centre
le p
nous sommes redevables de ce que cet Otonnant
aradoxe par trop etrange que va developper l'auteur. Une
ferric
fere et equitable a-t-elle jamais pu nuire u
treizieme siècle, cette grande apoque de creation et
Ltat,
et n'est-ce pas degrader la liberte que de la faire nai
4
de pr
de destruction par tout le monde, rut pour nous un
eference dans le boulevasement, la corruption et
Nines ?

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
77
76
LE DUE LOPPEM EN T
Robert Fitz Walter n'auraient jamais Otincele en
voisin, tenait sa parole, a son detriment meme.
avant, des barons et. du peuple anglais ; les hauteurs
Sous son gouvernement equitable, it ne pouvait y
de Lewes n'auraient jamais vu le plus decisif
avoir de motif' de róvolte ni de Nine. En entou-
triomphe de sa liberte ; le pave du chceur d'Evesham
rant la couronne du relict de la noire de ses ver-

ne se serait jamais ferme stir les restes mutiles de
tus personnelles, it fit plus que personne pour en
son plus noble'champion (6).
affermir le pouvoir. Il fit ainsi plus que personne
La carriere de Simon de Montfort est la plus glo-
pour frayer la route au miserable despotisme de ses
rieuse dans toute noire histoire moderne. Il doit
successeurs, dont les actes coupables auraient jour-
avoir le cur hien froid 1'Anglais qui ne tressaille
nellement tourmente son ame equitable. En Angle-
pas, plein de respect et de reconnaissance, en pro-
terre, au contraire, nous maudissions dans le mo-
noncant cc nom immortel ! Mais pour hien com-
ment, mais pour la benir plus tard, one suite de
prendre son muvre, it nous faut remonter quelque
rois detestables. Nous n y lons des rois dont la poi-
pen avant son temps, reader et chercher comment
trine ne recelait aucune Otincelle de sentiments:
la domination des strangers envahisseurs própara
anglais, mais dont les folios et les embarras per-
d'abord la voie A la carrier° du liberateur &ranger.
mirent ft nos peres de conquerir lour liberte, et
J'ai montre oil en etait notre constitution a. l'epoque
dune maniere d'autant plus durable que c'etait.
de la conquete normande. Dans cette constitution,
morceau par morceau qu'ils la leur arrachaient.
qu'on s'en souvienne Men, la conquete normande
pate latin a dit autrefois que la liberte ne fleurit
n'opera absolument aucun changement formel (a).
jamais avec plus d'eclat que sous un roi equita-
lien n'a produit un effet plus durable sur Louie
ble (5). C'est ce qui arrive en effet taut que ce roi
l'histoire anglaise des temps posterieurs que le ca-
equitable demeure lui•meme parmi les hommes.
ractere personnel et la politique du conquerant
Mais pour conquerir la liberte comme un heritage 5
n ormand. Alois ce n'est pas en qualite de legisla-
tout jamais, it y a des époques oil les vices des rois
teur que Guillaume accomplit son oeuvre principale.
nous sont plus utiles que leurs vertus. La tyranuie
de nos maltres angevins fit sortir la liberte anglaise
(a) En obligsant lo peuple. conquis S se serrer clans une
union defensive, elle arreta le progres des juridictions sei-
•de son tombeau momentane. Si Richard, si Jean et
gu euriales, forlitla les cows de comtes, et .empeelta les insti-
t utions saxonnes de se perdre dans la feodalite on elles cou-
H enri avaient ete de bons rois comme Alfred et
raient d'elles-memes. Mais cc resultat fut en effet tout moral.
s4ntLouis, la crosse d'Etienne Langton et l'apeede

78
LE DEVELOPPEMENT
DE LA. CONSTITUTION ANGLAISE.
79
Son plus grand ouvrage fut de souder ensemble
donner al'esprit de liberte en Angleterre une forme
les royaumes encore imparfaitement unis de noire
plus definie et plus marquee que jamais jusque-la.
vieille Angleterre, pour en former un seul corps
Quelle etait la position reelle tenancier d'ori-
indivisible, un corps que, depuis son regne, per-
gine normande, one generation on deux en decd de
sonne n'a jamais rove de delruire. Toutefois cette
la conquete ? Il tenait les terres anglaises d'apres la
transformation ne resulta d'aucun • acte legislatif
loi anglaise; en tout le reste, sauf un rang plus Cleve,
expres; elle fut la consequence insensible de la com-
it vivait stir le meme pied que les aulres tenanciers
pression exercee par la complete Otrangere. Guil-
cl'origine anglaise ; it chit ne lin-R .)6111e stir le sol
laume n'eut pas d'autre politique ni d'autre regle.
anglais, souvent dune mere anglaise ; it stall invite
Guillaume fut en realitó 1111 conquerant, un roi par
de mille manieres a apprendre les lois de l'Angle-
le tranchant de son epee, mais it n'eu t jamais qu'un
terre, a y obêir, a les appliquer. Un homme, dans
but, deguiser la verite du fait. Il reclama la con-
ces conditions, devenait, bientea pour les senti-
ronne au nom d'un droit legal; it la recut de l'elec-
ments, et avant longtemps pour le langage meme,
tion solennelle du peuple anglais, et fut consacre
aussi bon Anglais que s'il fit descendu en droite
dans son pouvoir royal par les mains d'un primat
ligne d'Hengest ou de Cerdic. Bien n'empechait
anglais. I1 declara gouverner, non pas d'apres son
un soul des conquerants de möler entierement, sa
bon vouloir, non pas d'apres des lois de son inven-
destinee a cello de son nouveau pays et du pen-
tion, mais suivant cellos de son predecesseur et
p ie qui
Sa langue Otait francaise, mais
parent, le roi l:douard. Le grand changement qui
en realite it ressemblait Bien plus a un Anglais
s'opera sous son regnc ne flit pas un changement
qu'a un Francais. Ce qu'un proche parent
lêgislatif formel ; ce fut la revolution silencieuse
legerement deguise. Le Normand etait un Danois
implicit-tee dans ii translation — tr.msla lion pro-
qui, dans son sajour en Gallic, await prix un lóger
dente et graduelle — de toutes les plus grandes
vernis francais, et qui venait en Angleterre pour
propriótes et des plus hautes charges aux mains
s'en debarrasser. Le sang des vrais Normands,
de tenanciers strangers. L'effet momentane fut de
clans les vrais cantons normands de Bayeux et
rendre les Anglais, sur leur propre sol, sujets des
de Coutances, differe tres-pea du sang des habi-
conquerants strangers. L'effet durable fut de trans-
tants du Nord et de l'Est de l'Angleterre. Voyez un
former ces conquerants strangers en Anglais, et de
soldat francais et on fermier normand cCte a cote,

80
LE DEVELOPPENIENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
84
et vows sentez tout de suite que le Normand nest
son regne, la Normandie et l'Angleterre ne furent
qu'un parent depuis longlemps separé des siens.
égalennent que des parties d'un vaste empire qui
L'impression generale procluit est cello d'un
s'etendait des Orcades aux Pyrenees. Sons la do-
homme du Yorkshire ou du Lincolnshire qui aurait
mination puissante et, dans son ensemble, equita-
ramasse ca et la quelques mauvaises bribes de fran-
ble du grand Henri, le pire cote de cot scat de
cais. De tels hommes devinrent facilement Anglais.
choses ne se manifesta pas (8). Sous ses fils et sous
Nous axons stir ce point le temoignage précis des
son petit-fils, FAngleterre sentit dans toute son
Ocrivains contemporains, et tons les renseignements
&endue l'amertume et les bienfaits de la con-
aceidentels le confirment : clans toutes les classes,
quete. Le pays flit envahi par des hommes abso-
entre la plus elevee etla plus basso, depuis le noble
lument strangers; ceux de la vieille souche an-
du plus haul rang jusqu'au vilain, la distinction de
glaise, comme les descendants des premiers colons
Normand et d'Anglais avait etc oubliee dans l'es-
nom-lands, virent egalement les natifs d'autres pays
pace d'un peu moms de cent ails apres l'epoque on
prendre place an-dessus d'eux tons Posies de
le roi Guillaume entrait en Angleterre (a). A ce
confionce, honneurs, richesses, tout fat distribue a
moment intervinrent d'autres causes pour rap-
ces nouveaux favoris, et l'homme du pays fut exposé
Kocher et unir de plus en plus tous les enfants du
a nn (Mau plus accablant encore, la violence et
sol. Une nouvelle dynastic occupa le treme, dynas-
''insolence de mercenaires strangers.
tic qui pretendit etre, par les femmes, a la fois nor-
Sous le roi Jean, la Normandie fut perdue (9), et
mande et anglaise, mais qui, par l'origine et les
l'Angleterre redevint la possession principale du roi
sentiments, n'etait ni anglaise ni normande (7).
d'Angleterre. Mais ni Jean ni Henri ne comp rirent la
Henri II, comic d'Anjou par son pere, due d'Aqui-
Won. Les vices personnels du per°, les vertus per-
taMe par sa femme, herita aussi des droits de sa
sonnelles du fils contribuerent an mem° resultat,
mere sur la Normandie et l'Angleterre ; mais, sous
en tant que leur royaume y etait interesse. Le roi
dont la perversite passa en proverbs, qui s'entoura
(a) La haine des vaincus pour leurs conquérants fut certai-
des scelerats de son espece de tonics les nations, et
nement hien plus durable et plus profonde. Les Normands
de Don etaient, de longue date, dcvenus do vrais Francais,
le roi dont le plus grand tort fut ne put jamais
et leer langue, parlea en Angleterre par les classes superieures
dire non a sa femme on a sa mere, aiderent, aussi
jusqu'au m y siecle, resta memo employee dans les actes publics
hien Inn que l'autre, a exciter l'espri t de resistance,
et les rules du parlement jusqu'au Commencement du xve.
5.

82
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
83
a rapprocher davantage toes les Anglais, de quelque
par leer vil assujettissement a un pouvoir etranger
origine qu'ils fussent, et par suite a terminer la
dans les matieres ecclesiastiques. Je ne m'occupe
grande tache de donner a I'Angleterre une consti-
pas ici des dogmes theologiques, de lour verite ou
tution Iihre et durable. Envers de tels rois, nous
de leer faussete ; mais la question ecclesiastique est
pouvons hien etre reconnaissa.nts, mais nous ne
un cote tres-important do l'hi6toire de la nation a
sommes tenus a aucun remerciment. Nous no com-
cafe Opoque. Au temps do la vieille Anglelerre,
mencons a ressentir de reconnaissance personnelle
ne pout y avoir aucun doute quant a rexistence
pour quelqu'un de nos derniers princes que lors-
d'une suprómatie effective dans les matieres eccle-
que parut un roi qui joignit l'habilete politique
siastiques exercee par la couronne. Le roi Otait le
d'Ilenri II aux vertus personnelles d'Henri III, et y
chef supreme de I'Eglise, parce etait le chef
ajonta un sentiment de patriolisme anglais, un
supreme de la nation. L'Eglise et la nation etaient
sens predominant du droit dans les affaires pu-
absolument confondues ; le roi et son Grand-Con-
bliques, dont ni l'un ni l'autre Henri n'eut jamais
seil decidaient dans les questions ecclesiastiques,
dans son sein la plus faible etincelle. Edouard Ter
et disposaient des offices de I'Eglise du meme droit
le premier de nos derniers rois qui porta un nom
gulls intervenaient dans le temporel pour y traitor
et un cceur anglais, est aussi le premier qui inspire
les unes et y distribuer les autres. L'eveque et l'alder-
quelques sentiments de personnelle reconnais-
man, designes chacun par la meme au Write, presi-
sance. En Iui 31011S voyons le premier de nos rois
daient conjoinlement rassemblee du comic, et ras-
de sang etranger qui fit quelque chose pour le
semblee qu'ils presidaient s'occupait egalement en
progres de nos droits constitutionnels autrement
toute liberté des causes ecclesiastiques et civiles.
Teen excitant l'esprit d'opposition a son gouver-
L'un des changements formels qui s'introdui-
noment.
sirent en petit nombre dans noire legislation a re-
Ce fut ainsi que le rnauvais gouvernement de nos
poque du Conquerant fill la separation des deux ju-
rois angevins fit naitre parmi tous les hommes du
ridictions de reveique et de ralderman. tine des lois
pays nn universe' esprit de revolte centre la domi-
existantes de Guillaume prescrivait retablissement,
nation des strangers dans le royaume. Mais cos rois
stir le modele dvelles du continent, de cows dis-
Oveillerent l'esprit de revolle d'une autre maniere
uncles pour le jugement des causes ecclesiastiques.
encore, d'une maniere a peine moins importante,
Mais ce qui out Bien plus d'importance que cc chan-

LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
gement legal, ce fut. le resulta.t materiel de Ia
de nos rois angevins infligeaient liberalement pour
conquCte, et I'union plus Otroite dont elle fat
de trës-legêres offenses, on comprend que le peuple
origine entre 1'Angleterre et le siege de Rome.
regardat d'un mil d'envie les tours des ev6ques,
L'entreprise do Conquerant fit approuvee par Hil-
les plus graves penalites etaien l'emprisonnement
debrand, et bale par le pape au nom duquel
et le fonet (a).
Hildebrand gouvernait deja. Tant que vecut Guil-
Dans les quenelles entre la couronne et l'Eglise,
laume, la suprematie royale demeura intacie, et,
depuis Guillaume le Roux jusqu'a Henri 11, on
eu egard a sa position dans un pays conquis, on
trouve toujours la sympathie populaire se ran-
pout sincerement reconnaitre n'en abusa pas.
geant du dote de l'Eglise. Et it n'y a pas lieu de s'en
Mais dans des mains moins nobles, l'ancien pouvoir
etonner, lorsque, parmi les constitutions de Claren-
de la couronne, en tan I. que celle-ci representail la na-
don que le roi Henri s'efforeait de maintenir et
tion, fut souvent mal employe et souvent contestó.
auxquelles s'opposait l'archeveque Thomas, on en
s'eleva, a propos des limites entre les deux pou-
trouve une qui interdisait l'ordination des vilains
voirs ecclesiastique et civil, de ces quenelles dont
sans le con sentemen t de lours seigneurs. En d'autres
on n'avait jamais en tendu parler dans les anciens
termes, c'etait termer a la classe inferieure le seul
temps. Cependant it faut nous souvenir que des
chemin par oii elle eat quelque espoir do s'elever
preten lions qui nous semblent absolument mons-
aux situations qui donnent la consideration et l'au-
trueuses aujourd'hui etaient loin de paraitre telles
torite (11).
dans un kat de choses si complótement different de
Mais apartir du repo de Jean, nous trouvons
celui de noire Opoque. 11 n'est pas j usq tea la preten-
nouvel Otat de choses. Un pouvoir etranger entre
lion du clerge d'etre exemp IC tie la ju yidiction civile
en scene, pouvoir qui ne s'etait encore mole que
dans les cas do crime qui Went alors un tout autre
tres-peu aux affaires strictement in terieures de
aspect qu'aujourd'hui. Le privilege ainsi reclame no
l'Angleterre et qui, si tant est qu'il s'en Mt mole du
se bornai I nullement au corps sacerdotal; il s'eten-
tout, avail en somme defendu l'interet populaire.
dait pour tine large part a ceux qui, dans le peuple,
(a) L'ind(tpendance, du clerge etait evidenunent, dans la
Otaient le moins capables de se (Wend y() (10). Or,
rudesse de ens siecle,s, one rrantie de justice et d'Inunanit.
A toute 6poque, le principe liberte s'oppose k la confusion
qu and on pense aux horribles chatiments, Ia mort et
d u pouvoir religieux et du pot • oir civil : ni la conscience ne
ties mutilations pires que la mort, que les tribunaux
releve de
ni la societO politique du dogone.

87
86
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
Dans les derniers temps du roi Jean, et durant
comme le primal. Etienne, comme Robert Grosse-
lout le regne d'llenri on volt le pape et le roi
tele de Lincoln et Walter de Cantelupe de Wor-
etroitement allies contre l'Eglise et la nation an-
cester, Invent les plus resolus en faveur de la bonne
glaises. La derniere lois qu'un pape lit du Bien A
cause ; les deux derniers compterent parmi les plus .
l'Angleterre, ce fut lorsqu'Innocent III nous envova
intimes amis et conseillers du comte patriote. On
Etienne Langton (12). Toujours, dans la suite, nuns
pent voir comment les anciennes divisions et les
trouvons le pape et le roi liguós ensemble pour se
vieilles inimilies furent effacees, comment tons les
soutenir mutuellement dans leur tyrannie et ]ours
enfants du sol se confondirent dans une commune
exactions. Le pouvoir papal a toujours Ote pret
amilie, en lisant la lettre ou sont denonces les abus
venir au secours de la couronne, toujours pl
de la cour de Rome, et qui fut envoyee 1 cette
y& a
lancer les censures ecclesiastiques contre les cham-
cour au nom d'un corps qui n'embrassait rien moms
pions de la Eberle anglaise. La Grande Chart° fut
que toute la noblesse, le clerge el les communes
denoncee a Rome ; c'est que son auteur &ail le
royaume cl'Angleterre. Dans cette lettre, docu-
du
primat patriole. Le comte Simon mourut excom-
ment d'un franc parler vraiment anglais conserve
munie; mais,dans la croyance desAnglais, les excom-
par un historien qui l'a tres-bien appreció, les re-
munications de Rome ne pouvaient pas empecher
dacleurs exposent que, comme les nobles, le &urge
un comte anglais d'operer des miracles et des pro-
et les communes au nom de qui die est eerite, ne
cliges innombrables (43) : — argument qui prouve
possedent pas de sceau common, ils out emprunte,
assez clairement, ii semble, que l'eveque de Rome
pour la signer, le sceau de la cite de Londres (ii).
n'a aucune juridiction dans ce royaume d'Angleterre.
Ce dernier fait me ramene a l'objet dont je m'oc-
Contre cette alliance du roi et du pape, la na-
cupais beaucoup plus haul et que j'ai l'air pent-Otre
tion se ligua tout entiere ; clercs et laiques, nobles
d'avoir oublie, mais qu'un realite je n'ai cesse d'a-
et vilains, hommes de souche normancle et d'an-
voir sous les yeux, je veux dire les reforms specia-
tique origine anglaise, tous s'uuirent pour s'oppo-
lement constitutionnelles que nous devons au comte.
ser Ogalement et aux favoris strangers du roi et aux
Simon de Montfort. Le fait qu'un acte qui de-
agre.ssions de Rome. Les historiens de cetle
clarait parler an nom de Lollies .les classes de la
quo, tons hommes d'eglise, moines pour la plupart,
nation entiere ne pouvait etre convenablement
sont unanirnes en faveur du people. Des prelats
scene que du sceau de la cite do Londres, indique

88
LE DEVELOPPEMENT
DE LA. CONSTITUTION ANGLAISE•
89
assez la place que tenait cette cite clans ]'opinion
qu'elles eurent a resister h l'arbitraire dans la legis-
politique du temps. Mais Londres n'occupait cette
lation et dans l'iinpOt exige par la couronne. Mais
position qu'en sa qualitó de membre principal (nine
elle ne fait aucun changernent dans la constitution
classe en progres, et comme la plus avancee parmi
de l'assemblec elle-memo. Les grands barons de- •
les cites et bourgs de I'Angleterre. La grande
vaient etre convoques personnellement; les francs-
wuvre du comic Simon fut de dormer a ces cites
tenanciers infórieurs, les representants des Land-
et tt ces bourgs leur place dislincte parmi les ele-
sittendem enu. chi Domesday, par line convocation
ments du corps politique. Suivons les Rapes par
generale. La Grande Charte en un mot est un bill
lesquelles passa l'accomplissement de ce grand
des droits, et non pas ce qu'en langage moderne
ouvrage.
on entend par un bill de reforme.
Lorsqu'on arrive au treizieme siecle, on constate
i\\lais pendant les regnes de Jean et d'Henri III,
quo Ia vieille constitution teutonique est entiere-
on element populaire no tarda pas a penetrer dans
ment clisparue. On pout, it est vrai, en decouvrir
les conseils nationaux d'une maniere plus pratique.
encore quelques faibles traces ca et la dans le corps
Le droit des simples hommes fibres d'y assister en
du douzieme siècle, comme lorsque les deux partis,
personne avait Ole longtemps un simulacre ; celui
dans les guerres d'Etienne et de Mathilde, reconnu-
des simples francs-tenanciers devenait d peine
rent le droit des citoyens de Londres a donner leur
plus praticable ; it commence main tenant a se trans-
voix pour disposer de la couronne (45). Mais le grand
former en un autre droit plus facile a exercer
conseil replier, le representant en droite ligne de
cette époque, celui de choisir des representants
l'antique yeel Gemot ou Witenagemot, s'etait rC-
pour agir au nom du represents. Comme Lou-
duit aun corps assez semblable i noire Cham-
jours en Angleterre, ce droit s'est developpe par
bre des lords. La constitution de ce corps, comme
degres, et a etc comme le resultat de ce que nous
je (leja donne a entendre, etait Bien plus flot-
pourrions presque appeler line serie d'heureux
tante, hien moins strictement hereditaire (pie cello
accidents. Nous trouvons a la foil sous lc regne
du meme corps aujourd'hui, mais elle etait pres-
do Jean et clans la premiere partie du regne
que aussi loin d'être en aucun sens one represen-
d'Uenri plusieurs exemples de dhevaliers con-
tation du peuple. La Grande Charte assure les droits
vogues dans chaque comic (16). Nous aeons
de la nation et de l'assemblee nationale, en tant
l'origine de nos representants de comtes, et du

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
91
90
LE DEVELOPPEMENT
de jure, de temoin et de legislateur devinrent des
titre qu'ils portent encore de chevaliers de comtes.
fonctions tout a fait separees, corn me elles le sont
Tel est le premier pas qui fat fait clans la repre-
aujourd'hui.
sentation populaire, en tant quo distincte de la
Ainsi nous trouvons les origines de la Chambre
reunion de tons les citoyens en personne ; mais
des communes, comme nous pouvions nous y at-
it ne Caul pas croire pour cola que coax qui con-
tendre, dans cette par tie de ses membres qui, pour
voquerent les premiers ces chevaliers eussent quel-
le plus grand nombre, ont le plus de rapports
que idee consciente de la representation popu-
communs avec l'assemblee déjà etablie, la Cham-
laire. Lear premier objet fat probablement
bre des lords. C'est ainsi que le developpement de
avantage fiscal ; c'ótait un moyen silr et commode
la constitution s'etait opere a sa maniere habiluelle,
de battre monnaie. L'idee de convoquer un petit
incidemment. Chaque pas en avant, si petit gall
nombre d'hommes pour agir aux lieu et place de
etait , fat indubitablemenl l'muvre du discerne-
tons fat sans doute empruntee a la pratique ju-
ment d'un individu isole, memo lorsque SOS vues
diciaire, ou, clans les proces, dans les enquetes et
auraient Bien pu ne pas s'etendre au dela de quel-
les commissions de tout genre, it Otait d'usage
que avantage mornentane a atteindre. Mais voici
qu'un certain nombre d'hommes jurassent pour
que nous arrivons a ce grand changement, a cette
tout le Comte ou la centurie. Nous ne devons pas
grande mesure de la reforme parlementaire, qui
perdre de vue, quoique ce soil un sujel sur le-
n'a laisse a faire aux reformateurs suivants que
quel je n'ai pas le temps d'insister ici, quo nos
des ameliorations de detail. Nous arrivons a .ce
institutions judiciaires et nos institutions parle-
grand acte du Comte patriote qui a fait de noire
mentaires sont etroitement que les ones et
Chambre populaire reellement tine Chambre po-
les autres sortirent de nos premieres assemblees,
que des choses qui main tenant semblent aussi
pulaire.
differentes entre elles que nos jurys populaires et
Une Chambre de chevaliers, de membres du
les pouvoirs judiciaires de la Chambre des lords,
Comte eilL ete comparativement un corps aristo-
c
sont en realite également toutes deux des fractions
ratique ; elle aurait laisse en dehors Fun des ele-
Cie ces pouvoirs judiciaires dont parle Tacite
ments de la nation le plus sain et le plus vigou-
comme appartenant a ces primitives assemblees.
reux, par consequent le plus capable de progrés.
Ce n'est quo pas a pas que les fonctions de juge,
Lo rsqu'apres la bataille de Lewes, le comic Simon,

92
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
93
alors maitre du royaume avec le roi sous sa sauve-
classe dont le bon vouloir lui avait ele si utile dans
garde, convoqua son fameux Parlement, i1 y ap-
son ancien proces, les citoyens et les bourgeois.
pela non-seulement deux chevaliers de chaque
Durant tout le cours de la lutte, ceux-ci se ran-
comic, mais aussi deux citoyens de chaque cite et
gerent resolament a ses cotes ; Londres fat aussi .
deux bourgeois de chaque Bourg. Le comte avail
fidele a sa cause que l'avait Ole Bordeaux, et ses
compris de longue date l'importance et la. valour
citoyens combattirent, soulfrirent et triompherent
de l'element civil qui grandissail, dans la societe
avec, lui dans Ia glorieuse journee de Lewes. Par
politique de son temps. Lorsqu'a une epoque moms
line innovation aussi heureuse que hardie, it invita
avancee de sa carriére, it fat chargé du gouver-
um; classe qui avait taut fait pour lui et pour la
foment, de la Gascogne, it dui repondre, a son
cause commune a venir prendre sa place dans les
retour en Angleterre, a des accusations portees
conseils de la nation. Ce fat au parlement du
contre lui par l'archeveque de Bordeaux et par les
• comic Simon, en 1265, que les elements encore
nobles de la province. Le comic se defendit en
subsistants de la Chambre populaire, les chevaliers,
produisant un ecrit qui lui rendait le meilleur te-
les citoyens et les bourgeois, parurent pour la pre-
moignage, signe du sceau public de la cite de Bor-
miere foil cote a cote. Ainsi fat forme ce nouvel
deaux. Commc it etait arrive en Gascogne, ainsi
kat du royaume, qui s'etait recemment developpe
arriva-t-il en Angleterre. Le comic fat toujours un
et qui Otait destine a devenir lieu a peu, en gran-
reformateur, un homme qui s'appliqua a corriger
dissant, le plus puissant de tous, la Chambre des
les- torts pratiques, a combattre les favoris du roi,
communes du Parlement.
a mettre un frein a l'oppression du pape et do roi.
Tel est le present que recut I'Angleterre de son
Mais ses premiers pas dans Ia voic de la reforme
plus noble champion et de son plus grand martyr.
furent fails entierement s tir le terrain aristocra-
Et it ne faudrait pas nous olfenser de ce que ce
tique. 11 essaya d'abord de redresser les griefs de la
champion et ce martyr a etc d'origine Otrangere.
nation par le seal secours de ses egaux de Ia no-
Nous nous enorgueillissons d'avoir mend en captifs
blesse.11110 tarda pas a s'apercevoir qu'aucune veri-
nos propres conquerants (a), et, de les avoir trans-
table reforme ne pouvait s'executer sur une base si
formes en enfants du son aussi fideles que nous-
&voile, et peu a pea it admit a sa confiance, d'a-
bond les chevaliers des tortes, puffs enfin cette
(a) On pease malgre soi au fameux Grcecia cupla ferum
torem cepa.

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE•
95
9i
LE DtliELOPPEMENT
proprc peuple. Premier seigneur d'Anglcterre, beau-
Wines. Ce que nous avons fait des conquerants,
frere du roi, it mela sa deslinee, non pas a cello du
nous l'avons fait aussi des colons pacifiques. Dans
prince ou des nobles, mais a tulle du peuple tout en-
les temps qui suivirent, nous accueillimes avec em-
tier. II fut respects pendant sa vie comme le chef Olu
pressement toute victime de la tvrannie et de la
de l'Anglelerre, et venere apres sa mort c,omme le
persecution, le Flamand, le Huguenot, le Palatin.
martyr de sa cause. Dans ces temps, la religion ani-
El ceux que nous accueillimes ainsi, nous les avons
mail bons les sentiments ; le patriote qui se levait
adoptes, nous nous les sommes assimiles ; nous
pour le droit et la liberte etait honors a l'egal de
avons fortifie noire vitalite anglaise de tout ce qui
celui qui souffrail pour sa foi. Nous peuplons nos
avait le plus de prix chez les peoples strangers.
rues et les places de nos marches des statues des
Aussi pouvons-nous honorer, a cute des hommes qui
Brands citoyens de notre temps ; Peel, Herbert,
naquirent sur le sol anglais, ceux-1a aussi qui, Ve-
nus d'antres pays, firent pour l'Angleterre cc que'
Lewis, Cobden vivent encore au milieu de nous,
immortalises par le bronze ou le marbre. A cette
des Ills feraient pour lour mere. Le Danois Canal
autre époque, l'honneur rendu a l'homme d'Etat ne
proud place a rule des plus illustres de nos rois
indigenes ; Anselme d'Aoste marehe au niveau des
se distinguail pas Bien de la veneration accordee au
plus honorables de nos prelats nationaux. C'est
saint ; Waltheof, Simon, Thomas . de Lancastre fu-
rent salues comme les patrons canonises de l'An-
ainsi qu'aupres des plus Mares de nos Comtes
gleterre, et des prodiges furent, °Ores par
nationaux, nous motions le nom gloricux de Simon
leurs reliques ou sur leurs tombes. Les poetes de
de Montfort (a). Stranger qu'il ótait, mais stranger
trois langues chanterent a l'envi les louanges de
venu stir nos rivages pour entrer en possession de
terres et d'honneurs qui lui appartenaient par 10-
rhomme qui combattit et souffrit pour le droit, et
gitime heritage, it devint noire chef conire des
Simon, le gardien de l'Angleterre sur le champ de
strangers d'une autre sorts, contre les aventuriers
bataille et dans le Sena, passa pour etre encore son
qui se pressaient a la tour d'un roi ennemi de son
plus fidele pro.tecteur dans les demeures celestes,
d'oU nos pores Outient convaineus que la malediction
(o) 11 n'en est pas moins vrai que c'est il un homme de sang
d e Rome n'avait pas le pouvoir de le bannir (17).
welche — pour employer le terme un pea dedaigneux de Mono-
rable ecrivain — que la teutonique Angleterre est ainsi rede-
La grande oeuvre du comte martyr out une strange
vabje du dernier et plus glorieux progres de sus anciennes
destinee. Sa carriere personnelle fut interrompue
libertes.

96
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
97
brusquemeni ; son oeuvre politique fut porta° a ,:t
cables du couronnement de 1'muvre. Le parlement
perfection par un rival et parent qui ne le cede
d'Angleterre etait des lors parvenu a la plenitude de
qu'a lui pour la gloire mOrite. Sur le champ de
sa perfection, et le plus humble, mais non le moins
Maine d'Evcsham, Simon pent, Edouard trim -
important de ses pouvoirs, lui etait maintenant
pha. Mais cc fut sur les Opaules d'Edouard que,
pleinement reconnu. Le roi d'Angleterre ne pouvait
tomba le manteau de Simon ; ce fut it son meurtrier
prendre aux mains des Anglais ni taxes ni presents
transmit le flambeau OchappO de sa main mou-
que ceux que les lords et les communes d'Angle-
ran te (a). tin moment, son ceuvre parut avoir pen
tcrrc lui avaient accordés de leur plein gre.
avec lui ; pendant quelques annees, les parlements
Ainsi nous pouvons dire qu'au temps d'Edouard I,
furent encore reunis sans reproduire le modele de la
la constitution anglaise recut definitivement la
grande assemble° qui avail, repondu aux writs du
forme essentielle qu'elle a toujours conservee de-
roi Henri prisonnier. Mais le modele en vivait ton-
puis. Le Berme de ces trois institutions, le roi,
jours dans les cceurs, et bientet la sagesse du
les lords, les communes, avail ete apporte avec
grand Edouard compril que le present que son on-
nous de notre plus ancienne patrie, huit cents ans
cle avail fail au peuple ne pouvait lui etre plus
auparavant. partir du regne d'Edouard, nous
longtemps retire. Des parlements, sur le modele de
trouvons le roi, les lords et les communes elles-
celui de Simon de Montfort, furent assembles soc-
mernes, presque dans la meme forme exterieure,
cessivement sans interruption depuis le regne
presque avec le memo pouvoir strictement legal
douard jusqu'a nos jours (18). A cote du nom de
qu'aujourd'hui encore. Tous les Brands principes de
Simon de Montfort, nous pouvons done placer avec
la liberte anglaise. etaient (16,ja solidement etablis.
honneur le nom d'Edouard lui-meme et ceux des
11 y a sans doute une grande difference entre la
vaillants hommes qui lui firent une sage el utile
condition politique de l'Angleterre sous Edouard I"
resistance. C'est a Roger Bigod de Norfolk el Hum-
et celle que nous lui voyons aujourd'hui. Toute-
phrey Bohun de Hereford que noun sommes redo,-
fois la difference consiste plut61 dans l'application
(a) On a pu remarquer dej), que l'auteur, en Oritable 6cri-
pratique de la constitution quo dans sa forme
rain anglais nourri de ses classiques, jette git et ltt, connne
extórieure. Les changements ont ete nombreux ;
tine eclaircie, un trait emprunte a lours plus belles pages. 01'
reconnalt ici Lucréce
une grande partie de ces changements n'ont pas ete
Et, quasi cursores, vitailampada tradunt.
n eanmoins des modifications expressement for-
6

98
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
99
mulees, mais hien plutOt de ces transformations
est, *dans la forme qu'elle prit aloes, l'ceuvre du
sourdes dont le travail insensible a fini par nous
comte Simon de Montfort et du roi Edouard I".
dormer une constitution toute de convention, exis-
11laintenant, it y a plusieurs points sur lesquels la
tant a cote de notre legislation &rite. Curtains de
forme que prit ainsi finalement notre constitution
ces changements onl Ole de simples ameliorations
differa de la forme que recurent la plupart des
de detail ; d'autres, des decisions prises pour de-
constitutions de la meme famille sur le continent.
clarer plus clairement ou garantir plus pleinement
La forme usuelle adoptee par toute assemble°. na-
dans la pratique des droits dont l'existence n•etait
tionale ou provinciale au moyen age hut celle cl'une
pas deniee. Mais, generalement parlant, et tenant
assemblee des &cos. Autrement dit, cette assem-
comp Le de cettepartie importante de sous-entendus
Mee se composait des representants de tonics les
conventionnels qui n'ont jamais revetu la forme de
classes de la nation en possession de droits politi-
decisions ecrites, les elements essentiels de la Con-
gnes. Or, clans la plupart des contrees, ces classes
stitution anglaise sont tell aujourd'hui fu-
etaient au nombre de trois, les nobles, le clerge et
rent fixes aloes. Pepuis cette époque, l'histoire con- 11
les communes. Les noms des trois Rats, c'est-a-dire
stitutionnelle de l'Angleterre n'est pas purement
les nobles, le clergO, les communes, sont egalernent
une enquete, si interessante et si instructive qu'elle
Bien connus en Angleterre, quoique le sons de ces
soil, sur des institutions qui auraicnt disparu ; c'est
trois nonis ne differe pas pen chez nous du sens
l'ettide de quelque chose qui vit encore; c'est
qu'on y attache partout ailleurs.
l'examen de lois qui, tonics les lois qu'elles n'ont
En Angleterre, nous n'avons jamais en, si cc n'est
pas 'Ole formellement rapportees, sont en picnic,
aux temps reculós des corlas, une noblesse comme
vigueur aujourd'hui
Jusqu'au regne
on l'entend par ce mot dans les autres pays. Par-
douard I", l'histoire d'Anglóterre est a la rigueur le
tout ailleurs, les nobles formaient une classe dis-
domaine . des antiquaires ; 1 partir de ce regne, elle
Uncle, une classe 1 laquelle it n'etait pent-etre pas
devient le domaine des legistes.
absolument impossible de s'elever, lorsqu'on Wit
Nous trouvons clone — el Fon comprendra avec
place au-dessous , rnais an -dessous de laquelle du
queues restrictions je le dis — la Constitution an-
moins it etait absolument impossible de descendre,
glaise arrivée a son complet developpement vers la
lorsqu'on en •aisait partie. Quels que pussent etre
tin du treizierne sieele, et p ops conslatons qu'elle
les privileges du noble, ces privileges s'etendaienti efsfid_iv

100
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
101
A tons ses enfants et aux enfants de ses enfants,
antres enfants sont de simples citoyens, a moms
A toujours el jamais. Dans quelques pays, ses ti-
quo leur pare ne juge bon de les Me yer, comme
tres se transmettent de cette maniere a tons
pent faire de tout autre sujet, au rang tie pair (19).
ses descendants ; tons les enfants d'un duc, par
11 n'y a peut-titre pas dans tonic noire constitu-
exemple, sont dues et duchesses. En France et
tion de disposition plus importante et plus avan-
dans la plupart des autres contrees oii existait le
tageuse que celle-ci, qui rattache toutes les classes
systeme des etas, retat de Ia noblesse a l'assem-
les unes aux autres et n'a pas permis que nous
hi& nationale &aft, sous une forme ou sous line
souffrions a aucune époque sous Ia domination
autre, la representation de la classe entiere des
maudite d'une caste de nobles. Toutefois , Bette
nobles consider& comme un corps distinct. Com-
distinction profonde entre notre constitution et
hien ceci differe de noire Chambre des lords, jen'ai
celles de la plupart des attires pays est purement
pas bosom de le faire remarquer. A la rigueur, je le
de tradition. On ne pent pas dire qu'elle ait ate
rópete, nous n'avons pas de noblesse. Les sieges de
etablie par aucun individu ni par . aucune assem-
noire Cbambre haute passent par heritage et non
blee. Mais it est aise de voir quo, comme, en An-
par une election ou tine nomination quelconque;
glelerre, nos assemblies nationales ne cesserent
mais aucun privilege politique n'appartient tie droit
jamais d'exister sons une forme on sous une entre,
aux enfants de ceux qui tiennent ces sieges. Et
comme le droit de tons les hommes libres d'y as-
meme le fils nine du pair, le futur titulaire de la
sister en personne ne fnt jamais expressement aboli,
pairie, est un simple citoyen aussi longtemps quo
comme le roi conserve celui d'y appeler specie-
vit son pare. Tons les titres qu'il porte sont de pure
lement qui lui plairait, toutes ces circonstances
courtoisie et n'entrainent avec eux aucun pri-
aiderent a empecher Faccroissement d'une classe
vilege politique a l'cxclusion des autres simples
exclusive de nobles. Ce sen timen t aristocratique, l'o r-
citoyens. Nous pouvons nionter plus hart encore.
gueil de la naissance, a sans doute ete Bien fort de
Si les enfants du pair ne jouissent d'aucun droit
tout temps. Mais ce n'a etó qu'un pur sentiment, ne
special, les plusjeunes enfants du roi lui-mame n'en
s'aPpuyant stir aucune raison legale. La couronne
ont pas davantage. reponse du roi, son fils aine,
p ouvait toujours anoblir quelqu'un ; mais la no-
sa fille ainee, la femme de son fils eine out tons des
blesse ainsi accord& n'appartenait, qu'a un membre
privileges particuliers, que leur attribue la loi. Ses
de la famille a la fois, au possesseur actuel de la
6.

102
LL DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
I03
pairie. Tons les rang y out pu a toutes les époques
separement, et le clerge se taxait aussi dans ses
librement s'allier par manages ; toutes les charges
convocations. Jusqu'a ce que ce pouvoir Mt resi-
ont ete accessibles a tons les hommes fibres ; et
gne, un benefice ecclesiastique ne donna pas le
l'Angleterre, a la difference de l'Allemagne, n'a
droit de voter pour l'election des membres de la •
jamais vu de fondations ecclesiastiques dont les
Chambre des communes (20).
membres fussent obliges de sortir do souche noble.
Les communes aussi portent elles-memes un nom
La position du second ant ou ordre;le clerge, hit
qui eut en Angleterre un sens bien different de celui
aussi tres-differente en Angleterre de ce qu'elle
qu'on lui donna ailleurs. L'usage par lequel les
dans les autres pays. En diet, la situation politique
chevaliers du Comte, les citoyens et les bourgeois
da clerge a toujours OLO, depuis Edouard h r , quel-
furent reunis dans une seule chambre, quelle qu'en
que chose d'entierement anormal et inconsistant.
snit l'origine, qu'il ait eta d'abord le resultat d'un
Ailleurs, les representants du clerge, tout. comme
dessein premódite on d'un lioureux accident, a ale
ceux de la noblesse, formerent un ordre distinct
un usage non moms avantageux, non moms neces-
dans l'assemblee. En Angleterre, les grands prelats
saire au plein dóveloppement de notre constitution,
avaient des. sieges a la Chambre des lords, oh les
que celui qui etablit que les enfants des pairs du
eveques les gardent encore. Mais alors existait
royaume seraient des roturiers. Dans la plupart
ce corps anormal, appele Convocation, dont le ca-
Iles autres contrees, les hommes qui etaient en-
ractere a toujours flotte entre le synode ecclesias-
voyes comme representanis des comtes, les cheva-
tique et la tour parlementaire du royaume. Les
liers de comte, auraient etc membres de l'ordre de
membres du clerge sont encore convoques avec
Ia noblesse. En France, les mots noble homme et
chaque Parlement, et ils out conserve une lone-
gentilhomme avaient le meme sens, celui de mem-
tion parlementaire distincte jusqu'au regne de
bre d'une caste aristocratique. Ceux du commun,
Charles II, oil elle leer fu t enlevee sans aucun acte
le tiers, se composaient de citoyens des villes pri-
legislatif formel. Ce lot un de nos grands principes
vilegiees settlement. Mais, en Angleterre, Ia classe
constitutionnels etablis an temps du roi Edouard
moyenne n'etaiL pas restrain Le aux vines; elle Otait
qu'aucun imp& ne pourrait etre consenti au roi
rePandue, sous la forme d'une noblesse inferieure
quo par ceux qui devaient le payer. Mais pendant
(9en/ •y), et d'un riche corps de proprietaires ruraux
longtemps les lords et les communes se taxerent
(yeomanry), sur toute la surface du territ.oire. Cette

10 .1-
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
105
classe de petits possesseurs du sol fut pendant long-
composaient, comme nous ra yons vu, de trois
temps la force du pays, et les plus heureux rósul-
ehambres; en Suede, ot les paysans, les petits pro-
tats furent produits par la reunion de leurs repre-
prietaires ruraux, avaient asset d'importance pour
sentants dans une seule chambre avec ceux des ci-
etre separement representós de pair avec la noblesse,
tes et clu hourg. Chaque classe trouvait un appui
le clerge et les citoyens, it yen eut quatre, jusque
dans son alliance avec ratan, et celle des ciloyens
dans les derniers temps. Le nombre de deux devint
gagnait, par son union stir le pied de l'egalite avec
celui de nos Chambres du Parlement, non par suite
la petite noblesse rurale, une consideration qui lui
de quelque conviction des avantages de ce nombre,
aurait toujours manqué autrement. En un mot,
mais parce gull se trouva impossible d'ohtenir du
l'union de l'une et de l'autre, l'union de toutes les
elerge agit abituellement en Angleterre comme
classes des hommes libres, excepte le clerge et les
it faisait partout ailleurs, en membre *tiller du
membres en charge de la pairie, de toutes les clas-
corps parlementaire. Il recula deviant le fardeau,
ses, depuis le fits able du pair jusqu'au plus petit
se persuada quo la legislation seculiere dtait incom-
possesseur de franc-fief ou bourgeois, cette union
patible avec sa profession. De la sorte, au lieu du
fit, de la Charnhre des communes une veritable re-
clerge, formant comme en France tin ordre dis-
presentation de la nation entiere, au lieu qu'elle ne
tinct dans le corps legislatif, nous etImes un Parle-
representat qu'un soul ordre.
ment de deux Chambres, les lords et les communes,
Remarquez encore que la forme de gouverne-
accompagne d'une espece d'ombre de Parlement
ment que les ecrivains politiques appellent bi-eame-
ecclesiastique sous la forme des deux Chambres de
rale, c'est-ii-dire o1 l'assemblee legislative se com-
la Convocation. Ainsi, pour taus les projets prati-
pose de deux Chambres ou Houses, sortit d'une des
ques, it y eut seulement deux ordres dans le Parle-
partieularites de l'histoire dangleterre. Les merites
ment anglais, les lords et les communes. Ainsi,
de cette forme de gouvernement sont mainteriant
('expression les trois ordres, qui avait tin sens en
librement livres a la discussion; mais it est admis
France, perdit loute signification en Angleterre.
des deux cues que le seul choix a faire est entre deux
Pendant des sieeles en arriere, it n'y a pas en
Chambres ou une seule : personne ne propose d'en
d'ordre *are forme par le clerge; quelques-uns de.
avoir trois on quatre (21). Cependant le plus grand
ses membres les plus Cleves appartinrent a l'ordre de
nombre des assemblees d'etats stir le continent se
la noblesse, et le reste se rattachait an tiers. De. la

.106
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
IOT
est née une idee fausse, quoique tres-generalement
basse, basso de nom, mais destinee a devenir gra-
repandue, mais qui s'explique, une conception
duellement la plus haute en pouvoir reel, en Vint
erronee qui remonte a l'Opoque du Long Parlement,
representer, non plus simplernen I les habitants de
au sujet du sons de cette expression, les trois ordres
villes privilegiees, mais la nation entiere, a la seule
ou Oats. On emploie constamment ces mots
exception des tenants personnels de sieges, ou here-
comme s'ils voulaient dire les trois elements dont
ditaires, ou attaches a une charge dans la Chambre
se compose le pouvoir legislatif, le roi, les lords, les
haute. Qu'une belle assemblee dirt insensiblement
communes. Mais on en tend le mot giat dune classe,
atlirer a elle tous les pouvoirs effectifs de l'Lat,
d'un ordre on d'un rang, comme les lords, le clerge,
c'etait dans la nature des choses, mais elle ne le
les communes. Le roi West pas un kat, parce qu'il
fit quo par degres.
n'y a pas une classe on un ordre compose de rois,
Peu de choses, dans no tre histoire parlementaire,
le roi etant Line personne seule et existant par
son!, plus remarquables quo la maniere dont les
lui-meme. Pour parler e.xactement, it faut dire le
deux Chambres out le plus souvent agi d'accord.
roi et les trois Mats du royaume. Mais en Angle-
Je ne parse pas des temps tout modernes, rnais
terve, comme je l'ai déjà fait voir, celte phrase n'a
do l'epoque (A les deux chambres Otaient reelle-
pas cc, sens, puisque nous n'avons en realite que
merit des pouvoirs paralleles dans l'Lat. Durant
deux etats seulemen t.
les six cents ans que les deux Chambres ont yew
Nous dunes ainsi en Angleterre, non pas un kat
cute a cote, les quenelles serieuses entre l'une
de la noblesse formant une classe distincte du
et l'au Ire out etc tres-rares, et cellos qui s'eleve-
people, mais une Chambre haute de lords heródi-
rent roulaient ceneralement stir des questions de
taires on pourvus d'une charge, dont les privileges
forme et de privilege in tóressant particulierement
Otaient purement personnels, et dont les enfants
les membres des deux Chambres elles-mem es, et non
n'avaient aucune prerogative polilique qui les Ole-
sur des sujets qui eussent grande importance pour
vat au-dessus des autres citoyens. Nos &Niles et
la nation en masse (22). Pendant un temps, les
quelques dignitaires ec.clesiastiques occuperent des
co mmunes marcherent a la suite des lords ; puis les
sieges dans la Chambre haute, mais it n'y out pas
lords en vinrent peu a peu a suivre a lour tour les
un kat du clerge, ayant une existence distincte et
co mmunes • mais les ruptures ouverles et violentes
sa voix a part dans la legislature. Notre Chambre
entre les Chambres out etc veritablement rares.

108
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
109
Depuis l'epoque du comLe Simon et jusqu'A nos
a declare gull resterait debout ou tomberait (23).
jours, le pouvoir du Parlement dans son ensemble
Le quinziOme siècle, si on le compare au trei-
et le pouvoir special de la Chambre des communes
zieme et au quatorzieme, fut a quelques egards une
sold. allós sans cesse grandissant de concert. Les
periode de relour en arriere. 11 est evident que les
Parlements du quatorzieme siècle exercaient bus
Parlements de cette Opoque furent des corps politi-
les pouvoirs dont notre Parlement use aujourd'hui,
ques hien moins independants que ceux des siècles
en memo temps que d'autres dont s'abstiennent les
precedents. Durant les guerres des Deux- Roses, cha-
Parlements modernes.Jeveux dire que les Parlements
cun des vainqueurs militaires trouva a son tour un
de cc temps-la Otaient obliges ou de faire directement
Parlement tout pref. a appuyer ses pretentions a la
ou de laisser inexecutees main Les choses que le (Ike-
couronne et a decreter la condamnation de ses en-
loppemen t du systeme politique conventionnel per-
nemis (Vs). Ce fat meme un Parlement VI
met a un Parlement moderne de faire indirecte-
qui adopta la mesure la plus reactionnaire que ja-
ment. Les anciens Parlements demandaient le ren-
mais Parlement ail votee, cello par laquelle le titre
voi des ministres du roi; ils disciplinaient sa mai-
d'electeur de comte fut restreint aux possesseurs do
son ; ils deleguaient son a.utorite ; s'ilelail necessaire,
francs-fiefs dont les terres clonnaient un revenu
ils deployaient leur Bernier et plus grand pouvoir,
annuel de quarante shillings (25). Sur cc point, le
_et le relevaient de ses fonctions royales. A cette ópo-
temps et la diminution de valeur de l'argent ont
que, un changement de gouvernement ou de poli-
redresse le tort ; it pent y avoir des francs-tenan -
tique, le rcnvoi d'un mauvais ministre et le choix
dors dont les terres n'atteignent pas la valour de
d'un meilleur a sa place, ne se faisaient jamais
quarante shillings; mais je ne puis croire gulls
sans une lutte ouverte entre le roi et le Parlement;
composent aujourd'hui une classe hien considera-
souvent ils ne pouvaicnt se faire sans gull en con-
ble on hien importante. Mais pour comprendre la
tat l'esclavage, l'emprisonnement ou la mort, peut-
portee de cette restriction au quinziOme siècle, au
etre settlement au ministre, peut-Otre aussi au roi
lieu do quarante shillings, on pent mettre large-
lui-meme. Le memo but est atteint aujourd'hui par
[Ilea quarante livres ; et cerlainement, si on rayait
un vote de blame de la Chambre des communes; en
de la lisle des electeurs tons ceux dont le Litre est
plus dun cas, meme sans vote de censure, par le
on franc-fief n'atteignant pas la valeur de quarante
simple rejet dune mesure sur laquelle un ministre
livres — a plus forte raison ceux qui tiren L leur

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
111
110
LE DEVELOPPEMENT
ment supprimees, ou reduites a un vain ceremonial.
droii dune condition inferieure a la possession
Ce fut alors quo Charles-Quint et Philippe II aboli-
d'un franc-fief — la diminution du corps electoral
ren t les constitutions libres de Castillo et d'Aragon ;
de nos comtes ne serait pas peu considerable.
ce fut alors que les Clots géneraux de France se reu-.
D'un aulre cute, dans jes temps de revolution
nirent pour la derniere fois avant la derniere de
qui suivirent, nous entendons parle y plus d'une lois
thutes, a Ia veille de Ia grande Revolution. En An-
d'appels directs au people qui nous mettent en me- At.
moire des époques hien plus reculóes. Edouard IV
gleterre, ni les institutions parlementaires ne dispa-
rurent, ni le Parlement- ne dechut jusqu'a n'etre
et Richard III furent ólus rois, ou du moins virent
reconnaitre lours pretentions a la couronne par
qu'une vaine formalite. Touiefois, pendan un temps,
des assemblees des citoyens de Londres qui nous re-
les Parlements,aussi hien que toutos nos autres
institutions, furent transformes en instruments de
portent aux guerres d'Etienne et de Mathilde (26).
tyrannie. Sous Henri VIII, les Parlements, comme
Encore mane a cette apoque, le pouvoir du Park-
les juges, comme les jurys, comme les synodes ec-
ment grandissait; l'anxiete avec laquelle chaque
clesiastiques decreterent tout cc qui sembla bon
pretendant sollicitait une sanction parlementaire a
au caprice du despote (a) .
ses reclamations etait un signe de l'importance
Pourquoi avaient-ils
ainsi degenere de ce qu'ils avaient ete clans les
croissanie du Parlement, et l'on a des têmoi-
Ages precedents, de cc qu'ils devaient redevenir
gnages accidentels qui dómontrent qu'un siege a
ensuite ? La raison en est claire : les communes
la Chambre des communes, et non pas en qualite
n'avaient pas encore pris assez de force pour agir
de chevalier d'un comte, mais en qualite de bour-
sans les lords, et ceux-ci avaient cesse d'etre un
geois dun bourg, etait alors un objet d'ambition
corps independant. La Yieille noblesse await ête
pour les hommes de . la classe out etaient pris les
aneantie a Towton et a Barnet, et les nouveaux
chevaliers de cointe, et mCme pour les fits des
nobles ótaient les oils esclavftdo roi auquel
membres de la Chambre haute (27).
ils devaient leurs honneurs. UiliTecle plus lard,
Enfin arriva le seizieme siècle, le temps de l'e-
cette nouvelle noblesse avail herite de l'esprit
preuvepour les institutions parlementaires dans tant
de contrees de l'Europc. Nombre d'assemblees qui
(a ) 11 est bon de remarquer ce passage, pour se le rappe-
avaient ete-aussi fibres que noire propre Parlement,
ler plus loin, lorsquc l'auteur 6tablira la legitimite de la dynas-
tic actuelle uniquement sur l'acte du Parlement d'Henri VIII.
furent, dans le courant de ce , siecle, ou complete-
i4

1 12
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
113
de l'ancicnne, et les communes etaient parve-
tre pays, place dans •une ile, situation qui, sons
nues a la plenitude de leur puissance. Ainsi arri-
tant d'autres rapports, a donne un tour particulier
va-t-il que ion trouve dans les Parlements du
notre histoire. Lc grand ennemi des institutions
seiziöme siècle une abjecte soumission a la volonte
parlementaires rut l'introduction des armees perma-
d'un Lyran, ct qu'on n'apercoil aucune trace d'une
2
nentes. Le souverain de l'Angleterre , enferme
pareille servilitó dans crux du quatorzieme ou du
dans son ile, await hien moms bosom dune armee
dix-septiöme. 11 n'y a vraiment aucun rapport
permanente que les souverains du continent, enga-
entre les Parlements qui detrOnerent Richard II et
ges qu'ils etaient clans des guerres sans fin avec
Charles i er , et ces autres Parlements qui, presque
leurs voisins des frontieres. IJais je pense aussi que
sans débats, passérent des bills d' attainder con-
le caract6re personnel d'Henri VIII flit pour beau-
tre tous ceux h qui s'en prenait le caprice de
coup dans le saint definitif de nos libertes.
Henri VIII, ces Parlements qui, dans le siècle
N'allez pas vows imaginer un instant que j'appar-
par excellence de la controverse religieuse, furent
tienne a cette ecole paradoxale qui eelébrc Henri VIII
toujours prets a sanctionncr par toute espece de
commc un maitre vertueux et bienfaisant. Ne croyez
penalites la forme particuliére de doctrine qui con-
rig
pas quo je professe pour lui des sentiments de recon-
venait pour le moment au defenseur de la foi,
naissance personnelle comma je fais pour le comte
son Ids ou a scs fines.
Simon et pour le roi Edouard. La position d'Ilenri
Comment se fait-il, me demandera-t-on, que.
ressemble davanlage a cello de Guillaume le Con-
dans un pared Otat de choses, les institutions parle-
querant, quoique j'estime certainement quo le Con-
mentaires n'aient pas peri en Angleterre, comme
querant fat en tout point le mcilleur des deux. `otts
elles perirent dans tant d'autres pays? It pourrait
deux servirent la cause de la libertó indirectemcnt,
suffice de rópondre, qu'aucun prince n'avait interet
et tous deux la servirent par des moyens conformer
a detruire des institutions qu'il voyait se prMer
a. lours caract6res respectifs. Sons un rapport, a dire
si complaisamment a ses desseins. Alais pourquoi
vrai, Guillaume et Henri se trouvörent dans des-:
111t
ne se róduisirent-elles pas a de simples formes, cc
positions entiérement differentes vis-a-vis de l'An-
qui neleur arriva certaine,ment jamais, meme dans
gleterre. Guillaume etait etranger, et c'est en grande
les plus mauvais jours? L'une des raisons , sans
partie a cette qualited'etranger qu'il dut de pouvoir
aucun doute, est la situation exceptionnelle de no-
nous faire du lien indirectement. Henri, avec tous

114
LE DEVELOPPEMENT
DE LX CONSTITUTION ANGLAISE.
115
scs crimes, etait un parfait Anglais ; tout le temps
cement du mal sous les debars du droit est reelle-
de son regne, it y cut sympathie entre lui et, la
ment pire, en tout cas plus corrupteur, que la
masse de ses sujets, qui, apres tout, ne souffrirent
violence declaree, contre laquelle on est toujours
pas au trement d'inciclents comme la decapitation
tents de se revolter ouvertement. Neanmoins une
d'une reine ou d'un clue (a). Mais le despotisms de
tyrannie comme cells d'Henri est encore une forme
Guillaume et celui d'Henri VIII eurent ceci de
de l'hommage que le vice rend 6. la vertu ; le respect
commun que run et l'autre de ces souverains,
soigneux des formes exterieures de Ia liberte rend
memo clans les pires de ses actes, conserva un scru-
plus facile a une autre et plus heureuse generation
puleux respect pour la lettre de la loi.
le role de rendre a la forme son ancien esprit et
En ce qui concerne Guillaume, it n'est pas difficile
sa premiere vie. Chaque acte criminel commis par
de s'en rendre compte, pour peu qu'on Otudie soi-
Henri avec l'assentiment du Parlement Unit en rea-
gneusement les archives de son époque (28) ; pour
lite un temoignage de l'autorite constante du Par-
ce qui regarde Henri, cette verite est procl am& ban-
lement; l'abaissement meme de notre ancienne con-
tement par les plus grands faits de l'histoire d'An-
stitution la preparait a renaitre un jour avec une
&terra. Tandis que les autres rois, tyrans comme
nouvelle force et dans une forme plus parfaite (29).
lui, etaient occupes 'utant hors d'Angleterre a ren-
Un second temoignage semblable de l'importance
verser les institutions libres, Henri temoignait en
du Parlement a cette Opoque resulte de deux autres
toutes choses du plus grand respect exterieur pour
circonstances tres-remarquables, clans lesquelles on
ces institutions. Tout le temps de son regne, it prit
reconnait le pouvoir et l'autorité de la Chambre des
soin de ne rien faire quo suivant la forme exterieure
communes par le fait meme qu'on fat oblige de
legale et reguliere, et do facon a pouvoir s'abriter
la corrompre. La premiere de ces circons lances fiat
sous Ia sanction, soil d'un precedent, soil d'une
l'intervention active du gouvernement dans les elec-
loi &rite. En soi, cette perversion de la loi, ce degui-
tions pour le Parlement; l'autre, la creation de
bourgs destines a etre corrompus. Il n'est pas be-
(a) La decapitation injuste, meme dune reine ou d'un due,
soin de preuves plus fortes Tie celles-la pour attes-
West pas chose insignifiante ; neanmoins on pent apporter
l'appni de l'assertion de l'auteur
ter l'importance d'un corps qu'on trouvait neces-
l'exemple des empereurs ro-
mains. Meme adieux a Rome, its n'en dtaient pas mains chers
saire de _trier et de dresser ainsi. Lacouronne garda
souvent aux provinces, qui profitaient de leur gouvernement
sans soutrrir si cruellement de leur earactere.
encore le pouvoir de convoquer les membres de n'im-

.410
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
117
porte quel bourg elle voulait, et, taut que regnerent
grands parlementaires qui se continua sans inter-
les Tudor, on abusa sans reserve de ce pouvoir en en-
ruption depuis son regne j usqu'a nos jours. Quel-
voyant des writs aux locali tes qui devaient avec vrai-
ques esprits audacieux dans la Chambre des com-.
semblance elire des membres dociles a la tour (30).
munes commencerent alors une fois de plus a parler
Ainsi naquirent dans le Cornwall et ailleurs plusieurs
avec un accent digne de ces grander assemblees qui
de ces honteux petits bourgs, qui furent depouilles
avaient appris aux Edouard et aux Richard gull
de lours privileges par nos bills successifs de reforme.
y avail line puissance en Angleterre plus grande
Ces bourgs, qui furent toujours corrompus, et qui
que la leur memo (32). Sous le pale successeur de
avaientóL6 trees pour Fare, doivent etre soigneuse-
la grande refine, la voix de la libertó se fit entendre
ment dislingues d'une autre classe de bourgs ,qui peri t
plus haut (33). Pendant le regne suivant, s'eleva la
avec eux.Plusieursvilles auxquelles le comic Simon et
plus fameuse de toutes nos querelles, et un roi d'An-
le roi Edouard envoyerent des writs, dechnerent avec
gleterre une fois encore, comme aux jours d'Henri
le progres du temps ;quelquefois, elles dechurent com-
et de Simon, prit les armes contre son people pour
pletement ; plus souvent, d'une maniere relative, en
apprendre quo le pouvoir de son peuple etait plus
se laissant tout a fait &passer par des villes plus jeu-
grand que le sien. Mais au dix-septieme siecle, pas
nes et perdant ainsi l'importance qu'elles avaient cue
plus qu'an treizieme, on ne reclama des droits et des
jusque-la. It etait egalement juste de roarer le privi-
pouvoirs consider& commenouveaux; on se bornait
lege aux ones et aux autres ; mais it faut hien penser a
exiger une meilleure garantie des pouvoirs et des
l'histoire differente de ces deux classes de villes. Ce
droits dont on etait en possession depuis les plus
fut justice de supprimer les representants d'Old-Sa-
anciens temps.
rum ; mais it y out un temps oil ce fut justice aussi
Je n'ai pas le projet d'entrer dans le detail de cette
de les lui donner. Dans le cas d'une foule de bourgs
grande lotte et des evenements qui la suivirent. Jai
du Cornwal, on n'avait pas seulement le droil den
retrace avec quelque etenduel'origine et l'accroisse-
supprimer les membres, mais on n'aurait jamais dt1
ment progressif de noire constitution depuis les
leur en donner du tout (31).
temps les plus reculós jusqu'aux jours oil elle fut le
Ce fut au temps d'Elisabeth que quelque chose
phis rudement eprouvee sous le despotisme des Tu-
de l'ancien esprit reparut enfin. C'est la quo nous
dor et des Stuarts. Notre histoire constitutionnelle
arrivons au commencement de,cette longue suite de
inoderne se ra Ltache plutOt a des recherches d'un au-
7.

118 LE DEVELOPPEMENT DE LA. CONSTIT. ANGLAISE.
tre genre. C'est purement un releve des changements
insensibles elites peu a peu dans la pratique d'ins-
titutions dont la forme exterieure et legale est res-
tee intacte. Aussi terminera.i-je cette esquisse his-
torique si elle petit pretendre h cc Litre,
CHAPITIIE III
au point oil nous voici parvenus maintenant.
Au lieu de continuer a faire un exposé malho-
dique de la constitution jusqu'aux temps plus voi-
clans mes deux premiers chapitres, j'ai conduit
sins de nous, je choisirai de preference, pour
ma rapide esquisse de la constitution anglaise jus-
troisieme panic de mon sujet, l'Oclaircissement
qu'aux Brands evenements du dix-septieme siècle.
de Fun des points particuliers dont je me suis oc-
J'ai choisi cc moment pour terme de ma narration
cupe, entre affixes de cette faculle que notre deve-
suivie, parce que le caractere particulier des temps
loppement progressif nous a donnee de revenir sur
posterieurs a Ote que tant et de si importants chan-
nos pas, de reculer, quand la necessite nous y force,
gements pratiques s'y sont accomplis sans aucun
jusqu'aux principes d'epoques plus lointaines, sou-
changement dans la loi &rite, sans aucune promul-
vent des plus lointaines de toutes. Par noire vo-
gation nouvelle de loi, sans aucune nouvelle decla-
lonle ou non, beaucoup de nos meilleures lois mo-
ration du sons a y attacher. Les mouvements et les
domes, je l'ai deja dit, ont ele un progres realise
revolutions des premiers siecles, comme je l'ai dit
par un retour en arriere. Comme derniere division
plus 'mut, avaient rarement pour but un change-
de Fouvrage que j'ai entrepris, j'essaierai de mon ter
ment avoue dans la loi, mais tendaient plutOt a
dans combien de circonstances repótees nous avoris,
l'etablir plus nettement, a la faire executer avec
en fait, renonce aux expedients encombrants et
plus de conscience et d'honnetete. Tel rut le carac-
oppressifs des legistes leodaux et royaux pour re-
tere general de toutes les grandes &tapes de note
monter aux principes plus sains, plus liberaux
histoire politique depuis le jour oil Guillaume de Nor-
et plus simples des temps de note antique liberte.
mandie remit en vigueur les lois d'fi.:douard, jusqu'a
celui ou Guillaume d'Orange donna son royal assen-
timent au bill des droits.
Cependant, quoique chaque pas dans notre mar-

120
LE DEVELOPPENIENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
121
the en avant prit la forme, non pas de la creation d'un
trace° entre la constitution et la loi. Les prero,
nouveau droit, mais de la consolidation d'un droit
gatives de la couronne, les privileges du parle-
ancien, ce pas n'en &tail pas mains marque par un
ment, Ia liberle des sujets peuvent n'avoir pas tou-
acte formel et public qui reste enregistre parmi les
jours ate clairement Minis sur chaque point. On
êtapes successives de notre progres. C'etait une
a dit, it est vrai, que ces trois choses sont de
charte que concedait le souverain ; c'etait un acte
cellos qui, par leur nature, ne peuvent avoir de
parlement que recevaient les etats du royaume et
limites fixes. Cependant toutes trois etaient can-
qui reglait dans tine forme legale la nature et l'eten-
sees reposer, sinon sur . les termes expres du sta-
due des droits qu'on avaittente d'asseoir stir un ter-
tut, du mains sur cette creation, nuageuse en
rain plus solide. A partir du dix-septibme siecle, les
quelque sorte, malgre tout tres-pratique, ce me-
chases, sous ce rapport, changerent singulierement.
lange de traditions anciennes incontestees et de
Le travail de Ia legislation, de la legislation stricte-
fictions recentes des legistes, quo les Anglais re-
ment constitutionnelle, ne cessa pas ; une longue
connaissent comme la coutume, le droit commun.
serie d'actes legislatifs fixent le regard comma autant
Toute violation, soil des droits du souverain, soil
de points successifs de notre progres politique, non
des droits des sujets, Otait une offense legale, sus-
moins dans les temps plus recents qu'aux epoques
ceptible d'une definition legale, et exposant le con-
plus reculees. Mais a eke s'est produite aussi une
pable aux penalites legates. Un acte qui n'aurait
serie de changemen Is politiqu es, non moins conside-
pis rentrer clans la lettre ni du droit statutaire,
rabies que ceux qui sont consignes dans le ]ivre des
ni du droit commun, eta considere en au-
statuts, et qui se sont operas sans acte lêgislatif
cunc facon comme tin Wit. Si les tours inferieures
&attain° espece. Un code entier de maximes politi-
etaient trop faibles pour faire justice, la Haute-Cour
ques, universellement reconnues en theorie, uni-
du Parlement se tenait prete a punir meme les plus
versellement appliquees dans la pratique, s'est de-
puissants criminels. Celle-ci etai I armee de pouvoirs
veloppe pea a peu, sans laissez dans les actes
redoutables et rarement employes, mais qui n'en
authentiques de notre legislation aucune trace des
etaient pas moins reguliers et legaux. Elle pouvait
diverses periodes de son accroissement.
frappes par l' impeachment , par l' attaincler , par l'exer-
Jusqu'a Ia fin du dix-septieme siecle, on petit
cke du plus grand pouvoir de taus, la deposition du
affirmer qu'aucune demarcation ne saurait etre
roi regnant. Mais on n'etait pas encore parvenu h

i 2 2,
LE D2VELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
123
cette perfection dune doctrine plus subtile d'apres
nelle, it entend quelque chose de tout different
laquelle it petit y avoir des offenses a la constitution
de ce vent dire par une concluite legale ou
qui ne soient pas des offenses a la loi. On n'avait
illegale. Uric resolution fameuse de la Chambre
pas encore appris que des hommes, dans une
des communes, votee sur la motion d'un grand
grande charge publique, peuvent avoir une respon-
homme dt tat, declara un jour que les ministres
sabilite reelle et soumise a Faction publique, qu'au-
actuels de la couronne ne possedaient pas la con-
cune disposition legale n'a cependant definie et sur
fiance de la Chambre, et- qu'en continuant d'occu-
laquelle aucun tribunal legal ne pent appuyer un
per leur charge, ils se mettaient par consequent en
jugement. On n'avait pas encore trouve que le Par- a
opposition avec l'esprit do la constitution (1). La y e-
lement lui-meme a un pouvoir, aujourd'hui dans la
rite d'une toile affirmation, conformemen t aux prin-
pratique le plus grand qui lui appartienne, en vertu
cipes traditionnels d'apres lesquels ont agi les horn-
duquel it n'agit ni comme puissance legislative, ni
mes publics pendant plusieurs generations, ne peut
comme cour de justice, mais prononce des sen-
etre discutee ; mais ce serait en vain qu'on cher-
tences qui n'ont pas moins de force pra Lique pour
cherait une trace do pareilles doctrines dans au-
n'emporte-r avec elles aucune des consequences
cune page de nos lois &rites. L'auteur de cette
legales de la mort, de la captivite, bannissement
motion ne voulait pas dire qu'il accusait le minis-
ou de la confiscation. Nous possedons aujourd'hui
tere existant de quelque acte illegal, d'un acte qui
tout un systeme de moralite politique, tout un code
eat pu faire l'objet d'une poursuite decant une cour
de preceptes pour la direction des hommes publics,
inferieure ou d'une accusation a la Haute- Cour du
preceptes qu'on ne Irouvera a aucune page du sta-
Parlement lui-meme. I1 ne voulait pas dire que ces
tut ou de la coutume, mais qui, dans la prati-
hornmes, ministres de la couronne, designes pour
que, sont a peine tenus pour moms sacres que
tout le temps du bon plaisir de la couronne, corn-
n'importe quel principe incorpore clans la Grande
ineltaient une infraction a la loi dont la loi eat a
Charte ou dans la petition du droit. Bref, a cute de
cormailre, parce gulls restaient en possession de
noire loi
s'est developpee une constitution
leur charge jusqu'au moment oil la couronne de-
non &rite ou conventionnelle.
\\Tait trouver bon de la leur reprendre. Ce qu'il
Lorsqu'un Anglais ciit d'un homme public que sa
voulait dire, c'est que la marche generale de leur
Conduite est cons titutionnelle, ou inconstitution-
politique Otait de nature, aux yeux dune majorite

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oaquanlo n1 punnb card) !Ignio nom 111j IT qa `oind •
`apassodop snd
ou auuodnoo uj lamp la auttodnoo
pun o1Tllpllop anal 3115 luotunuas LIDS luotnaidtup
-e1 and adojuo0 ooujo un a!ualap luoutaidtuIs onu
f!nur!ddxo ona • advalo anal amp,' anal op ouuoa
-guoo li S
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smq •p3.`(--;a[ °cup un,p avindnoo mins 1!
VI l sud 0111:21.11 11npunwap DU °Ho maoinn
'uoguspoint atu2tu 01103 suns ormanua !at g un ao4
oadoad us op aloe un and soals!u!ui so p aonmsap op
-nooxo unsTej u ,s ‘luotuoiand np uoIresIdoidanj suns
nonuaload nl sud 4113.113 , u oac1unE9 Tri *saalp snid
OXV1. Orin ;MAO' V aIII0.1 uo and 0111.10d1100 ni op daloujo
i!nwpso 501 ott saunmwoo 501) oaquiurn nEluop suop
un,ub 1113maa-e 11,S un,p uoDuomolum
-ouoj sal aoa!sod op snuoi 1uo1n10 si! `otnotu-0110
and aiu!nai1100 oun,p lafgod odlo iuoreAnod 10 ordol
011309 tot 131 anb 1091 issnu io sladwoo
Issnu
aoaoj oun luoulallooa luamin `wauloiduns
ja uuopuoluoo apoo un ii luoul0umojuoo `00uanb
-13100p nI sollo,nb 41os 'IQ' nj wassnafaunqo sono,ub
-asuo0 uo,nb 10 `uo!inu ni 1 osnaniuthin TU nuns
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suolspop sal anb unman) aairre lnol un ins
III aa1reand au `soununnoo sop oaquingo ni sup
Vt!.1
NIOUCIIIISKOD
Sa
,INZ1I3c1k10-MA:IU

DE L. CONSTITUTION ANGLAISE.
127
126
LE DEVELOPPEMENT
tique du gouvernement chez nous, est matiere re-
grandes lignes de la constitution non &rite est con-
levant entierement de la constitution traditionnelle,
sideree comme presque aussi invraisemblable. Les
et nullement de la loi &rite. Les limiter de l'auto-
hommes politiques peuvent debattre le point de sa-
rite royale sont, it est vrai, dailies par la loi ecrite.
voir si telle ou Celle marche est ou 'fest, pas consti-
Mais je soupconne que hien des gens seraient óton-
tutionnelle, exactement comme les legistes peuvent
nes de la somme de pouvoirs quo la couronne pos--
discuter la legalite de tel ou tel ado. Mais la forme
side encore aujourd'hui en vertu de la loi, et de
mime du dêbat implique rid& y a une con-
Bien d'autres choses qui, a nos yeux, sembleraient
stitution a observer, tout comme dans l'autre cas
tout a fait monstrueuses, et qui pourtantpourraient
elle suppose Vexistence d'une loi qu'il faut observer
elre faites par l'aulorite royale sans qu'aucune loi
egalement. Or, cot Otablissement solide d'un code
fat violóe.
purement traditionnel et de convention est un des
La loi sans doule nous defend centre tine legis-
faits les plus remarquables de l'histoire. II est clair
lation arbitraire, contra le rappel d'anciennes lois
que ce code implique le plus solide etablissement
ou ).'introduction de lois nouvelles sans le con-
possible du pouvoir des lois Ocrites, comme fonde-
sentement des deux Chambres du Parlement. Mais
ment du lien. S'il y await la moindre crainte d'in-
c'est la constitution non &rite seule qui met la cou-
fractions a la loi ecrite de la part de la couronne
ronne dans l'impossibilite materielle de refuser son
ou de SOS officiers, nous serions obliges de chercher
assentiment aux mesures adoptees par les deux
les moyens d'Ocarter cc danger plus serieux,
Chambres du Parlement, et qui, dans plus d'un
lieu de discuter les questions que souleve un code
cas, lui rend Presque impossible egalement de re-
sans aucune existence legale. Mais it est bon quel-
pousser la priere
quefois de s'arreter et de se rappeler a quel point est
elm* dans une adresse par
rune seule de ces Chambres.
tout a fait conventionnel )'ensemble de notre syS-
téme recu.
La loi &rite laisse a la couronne le choix de tons
ses ministres et agents, grands et petits ; la nomi-
La doctrine admise quant aux rapports des deux
nation a leurs charges et leur revocation, aussi
Chambres du Parlement l'une avec l'autre, la theorie
lo ngtemps qu'ils ne commettent aucun crime pu-
entiere de la situation du corps connu sous le
n issable par la loi, est affaire laissee a la discretion
nom de Cabinet et de son chef le Premier Mi-
P ersonnelle du souverain. La constitution non &rite
nis Ire, chaque detail en nn, mot de )'oeuvre pra-


128
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
129
met le souverain dans l'impossibilite matórielle de
lement, non-seulement sur le terrain de la legalite
garder au pouvoir un ministre quo la Chambre des
ou de l'illegalile de leur caractere, mais pour les
communes n'approuve point, et elle lui rend ega-
motifs trés-vagues de leur tendance generale. Its
lemon t presque impossible de revoquer do ses fonc-
peuvent ne courir aucun danger de poursuite ou
lions un ministre qu'approuve la Chambre des com-
de mise en accusation; mais its n'en sont pas moins
munes (3).
tenus de s'incliner devant d'autres manifestations,
La loi ecrite et la constitution non ecrite, aussi
de la volonte de la Chambre des communes; la con-
hien l'une que l'autre, affranchissent le souverain
stitution non ecrite rend un vote de censure aussi
de toute responsabilite personnelle ordinaire (4).
decisif qu'une mise en accusation, et, clans mainle
Elles transportent toutes deux la responsabilite du
circonstance, donne a son pur refus d'adopter une
souverain lui-meme A ses agents et conseillers. Mais
mesure ministórielle autant d'efficacite un
la nature et l'etendue de leur responsabilite sont
vote de censure.
completement differentes aux yeux de la loi ecrite
La loi ecrite ne sail rim du cabinet ni du pre-
et aux yeux de la constitution non ecrite. La loi
mier ministre; elle les connait comme membres de
ecrite se contente de hien ótablir quo l'ordre du
fume ou de l'autre Chambre du Parlement, comme
souverain n'est pas une excuse pour un acte ille-
conseillers prives, comme detenant, chacun d'eux
gal, et quo celui qui conseille l'execution d'un acte
dans sa propre personne, certains offices ; mais, en
de ce genre par l'autorite royale doit porter la res-
tant que corps collectil dont les membres sont lies
ponsabilite dont le souverain lui-mame est affran-
entre eux par une responsabilite commune, la loi
chi. La loi ecrite ne connait aucune responsabilite
n'a jamais entendu parlor d'eux (5). Au contraire,
que cello qui pent etre rendue effective, soit par la
aux yeux de la constitution non ecrite, le premier
poursuite devant I'une des cows ordinaires, soil
ministre et le cabinet dont it est la tete forment le
par Paccusa lion devant la Ilaute-Cour du Parlement.
trait principal de notre system° de gouvernement.
La constitution non ecrite soumet les agents et con-
Il suffit d'un coup d'ceil pour remarquer que le
seillers de la couronne a une responsabilite d'un
Pouvoir effectif de la couronne n'est pas aujourd'hui
tout antre genre. Ce quo nous entendons par la
ce qu'il etait sous le regne de Guillaume III on
responsabilite des ministres, c'est gulls sent sujets
na6me sous celui de George III. Mais cechangement
a voir tous lours actes publics discules dans le Par-
est du hien moins aux changements operes clans la

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
431
130
LE DEVELOPPEMENT
loi acrite qu'a ceux de la constitution tradition-
sont plus necessaires aujourd'hui, Puree que tonic
nelle. La loi laisse les pouvoirs de la couronne in-
la machine gouvernementale pout etre changee par
tacts, mais la constitution exige quo ces pouvoirs
le simple prod:de du refus qu'oppose la Chambre
soient exerces par des personnes et dans des formes
a l'adoption dune mesure sur laquelle le ministre
qui soient acceptables a la majorite de la Chambre
s'est decide a jouer son existence officielle.
des communes. A l'aide de tous ces moyens, d'une
Entrer dans l'histoire des periodes par lesquelles
maniere insensible et indirecte, la Chambre basso
eel kat de choses tout a fail remarquable a passé
du Parlement, basse quail au rang qu'on liii assi-
pour se constituer n'est pas mon objet ici. Le code
de notre constitution non &rite, comme Lout le
gne encore dans la forme, est devenue, par le fait, le
pouvoir dirigeant de la nation. II n'y a pas de con-
reste chez nous, s'est forme piece a piece, et, pour
la plus grande partie, silencieusement, sans aucun
traste plus frappant que celui de l'humilité de ses
au teur reconnu. Toutefois, quelques degres de ce de-
rapports, dans leur forme, avec la couronne et
veloppement sont aisement visibles et tracent d'im-
meme avec la Chambre haute (6), et de l'irresistible
portantes demarcations. Le commencement en
pouvoir qu'elle exerce en realite sur toutes deux.
pout-etre place sous le regne de Guillaume HI, quand
Elle a tenement conscience de la force immense de
nous trouvons pour la premiere fois quelque chose
ses pouvoirs indirects, qu'elle ne se soucie plus de
qui ressemble un peu a un ministere dans le Sens
reclamer les pouvoirs directs qu'elle exercait autre-
moderne. Jusqu'h cette époque, les serviteurs de la
lois. II y eut un temps oit le Parlement etait direc-
couronne avaient ete les serviteurs de la couronne,
tement consulte sur les questions de guerre et de
chacun dans l'accomplissement personnel de sa
paix. II y eut un temps ou le Parlement reclamait
propre fonction. Le tenancier de chaque office de-
le droit de nommor directement plusieurs des
vaiL un service lidele a la couronne, et etait en
grands officiers de l'Etat. II y eut des temps beau-
coup plus anciens oh cc n'etait pas chose extra-
meme temps responsable vis-a-vis de la loi ; mais
n
ordinaire que de designer un homme au pouvoir
e se trouvait dans aucune relation special° avec
le tenancier d'aucun autre office. Pourvu qu'il ac-
comme ennemi public, ou de s'adresser direct e
a
co rnplit ses devoirs particuliers, nul ne l'empechait
-ment
la couronne pour le faire eloigner de son
d 'etre l'ennerni personnel ou politique d'un de ses
poste et de la presence royale. De telles manieres
cempagnons dans le service de la couronne. Ce fut
d'exercer directement le pouvoir parlementaire ne

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
133
132
LE DEVELOPPEMENT
appeles les « ministres » ou « le ministere. » (7)
Guillaume qui vit le premier que, si le gouvernement
Cate espece d'accroissement silencieux, je pour-
du roi devait sans doute continuer, it fallait du moins
rais dire clandeslin, sans le secours d'aucun acte
qu'il y dit tin accord general d'opinions et de desseins
legislatif, produisit cc code non emit et conven-
entre les principaux agents gull y employait. De
tionnel de regles politiques dont nous parlons
ce point de depart sortit par degres un systeme qui
comme de la constitution. J'ai dit que ce progres
oblige les principaux officiers de la couronne h agir
caracierisait les jours qui suivirent la revolution
ensemble avec une entente au moins exterieure,
de 1688 et les distinguait des Opoques anterieures.
prendre la defense les uns des autres,et, sur les
(Test bien ainsi qu'il en est sans aucun doute. A
points vitaux, a rester debout ou tomber ensemble.
aucune epoque anterieure, taut et de si graves
Un autre progres remarquable eat lieu a tine épo-
changements dans la doctrine et la pratique cons ti-
que beaucoup plus recente , lorsque le roi cessa
tutionnelles n'auraient obtenu l'acquiescement uni-
de prendre une part personnelle aux deliberations
versel sans etre consignes dans un acte legislatif
de son cabinet. Je peux memo no ter un changement
ecrit. Et cependant, cette tendance des derniers
de langage qui s'est fait de mon temps, et qui,
temps n'est apres tout que le developpement tilt&
comme toes les autres changements de langage,
rieur d'un instinct déjà en action des le principe
nest certainement pas sans avoir sa signification.
(Test tout simplement une autre maniere de mettre
Nous disons familierement maintenant, dans le
en pratique cet amour inne de l'Anglais pour le pre-
Parlement et hors du Parlement, en parlant du corps
cedent, son attachement
la coutume.
it l'usage et it
des ministres en fonction au pouvoir, de ce corps
Le developpement de la constitution non &rite a
connu de la constitution, mais entierement in-
beaucoup de rapports avec le developpement plus
connu de la loi : « le gouvernement. n Nous disons :
ancien du droit couturnier. J'ai montre dans les pre-
« le gouvernement de M. Gladstone, »
gou-
ou <( le
miers chapitres quo quelques-uns des principes
vernement de M. Disraeli. n Jo me rappelle tits-
les plus importants de notre ancienne constitution
bien le temps oil une telle forme de langage Otait
s'etaient OLablis insensiblement et par le pouvoir
inconnue, o .4 lc mot « gouvernement » voulait dire
du precedent, sans s'appuyer sur aucun axle emit
encore « le gouvernement par le roi, les lords et les
connu. Si nous ne pouvons tiler aucun acto du
communes, » et oil les hommes qui agissaient
Parlement determinant les rapports des membres.
corps comme conseillers immediats du roi etaient
8

13i
LE DEVELOPPEMENT
DE LA. CONSTITUTION ANGLAISE.
135
du cabinet avec la couronne, avec la Chambre des
la Chambre ; ses fonctions sont aussi Bien com-
communes et les uns avec les autres, nous ne pou-
prises que cellos du speaker lui-meme. Mais du
vons pas titer davantage Facto du Parlement qui
leader, la loi no sail rien. Ce serait en vain qu'on
decida, en opposition arec la pratique de touter les
chercherait a donner une definition legate de ses•
autres nations, quo les enfants du pair hereditaire
devoirs, et la Chambre elle-meme, jusqu'ici, s'est
seraient de simples citoyens du commun, des rotu-
refusee a reconnaitre l'existence d'une personne de
riers. La difference reelle est que, dans des temps
ce genre, en aucune facon dont une cour juridique
plus calms, lorsque la loi await son plein empire,
put tenir compte (8).
on trouva que nombre de changements importants
Ainsi done, durant un espace de temps qui n'est
pouvaient s'operer dans la pratique sans necessiter
pas loin aujourd'hui de completer deux cents ans,
de changements formels dans la loi. On trouva
le developpemeni latent et extra-legal de noire con-
aussi qu'il y a une classe considerable de matieres
stitution conventionnelle a ete au moins aussi con-
politiques qui peuvent etre mieux reglees par ce
siderable quo Font ete les changements formels de
procede de conventions Lacites qu'elles ne pourraient
noire loi &rite. Pour ce qui concerne ces derniers,
l'etre par le moyen d'une decision expresse de la
it est un point sur lequel je desire pariiculierement
loi. Nous comprenons pratiquement ce quo l'on
insister, je veux dire la maniere dont un bon nom-
entend par ministres ayant ou n'ayant pas la con-
bre de parties de Ia legislation moderne ont ete —
fiance de Ia Chambre des communes ; nous recoil-
volontairemen t on non, j'avoue no pas le savoir —
naissons pratiquement les cas dans lesquels, parce
un retour aux principes plus simples de notre plus
qu'ils n'ont pas la confiance de la Chambre, its doi-
antique constitution.
vent resigner leur office, et ceux oir ils peuvent
Je crois pouvoir demontrer que, sur plusieurs
loyalement en appeler au pays par la dissolution
points importants, nous aeons rejetó les satin-
du Parlement. Mais it serait absolument impossible
tes legates qui grandirent du Lreizieme au dix-
de definir de tels cas d'avance par les termes d'un
septieme siecle, et sommes retournes au simple
acte du Parlement. Autre exemple : le speaker de la
sens commun du onzieme on du dixieme, et d'e-
Chambre des communes est un officier connu de la
poques beaucoup plus reculees encore. Dans ces
loi._Le leader de la memo Chambre des communes
anciens ages, nous avions (JOja des lois, rnais nous
est une personne aussi hien connue du pays que de
n'avions pas encore de legistes. Nous entendons

736
LE DEVELOPPEMENT
DE L. CONSTITUTION ANGLAISE.
737
parler, au vieux temps , d'hommes plus verses
avec laquelle les legistes ont entasse consequences
que les autres dans les lois du pays, mais cette
sur consequences, en partant d'une supposition
science spóciale est regardee comme l'attribui
purement arbitraire et de leur propre invention.
de rage ou de rexperience des affaires publi-
Chaque deduction de l'argument, prise en elle-
ques, non comme la propriete particuliere d'une
meme, est absolument irrefutable; l'objection doit
classe professionnelle. La classe des legistes de
s'adresser plus haut , et avant tine Pargumen-
profession grandit en memo temps que se deve-
tation commence. Celle-ci est parfaite, pour peu
loppa une jurisprudence plus compliquee et plus
que l'on admette les premisses ; le seul malheur
technique sous nos rois normands et angevins.
est que les premisses seront constamment trou-
Ce n'est pas quo je veuille temoigner d'aucun de-
vees sans valeur historique.
damn pour une profession qui, dans retat artificiel
Ajoulez que la tendance naturelle de resprit du
de notre socióte actuelle, est certainement indis-
legiste est au conservatism, h la deference pour
pensable; mais it n'y a pas Pombre (run doute que
l'autorite. Ce sera toujours le cas, mOme avec des
les interpretations des legistes et leur maniere
hommes completement sinceres, dans un siècle
d'envisager les choses n'aient pas peu nui, non-
la sincerite n'est plus dangereuse. Mais cette ten-
seulement a la veritable interpretation de notre
dance aura une force decuple h une Opoque ou une
histoire, mais encore a la marche pratique de cette
sincere exposition de la loi petit faire encourir
his toire meme.
celui qui en est l'auteur la defaveur cl'un gouver-
La tendance des legistes est de donner tine ex-
nement arbitraire. Nous verrons done que les pre--
tension deraisonnable a cot amour de l'Anglais
misses, dont les arguments des legistes ont ate
pour le precedent, lequel, maintenu dans des bor-
deduits, mais dont Vaud° de I'histoire demon-
nes raisonnables, est une de nos plus precieuses
tre la faussete, sont ordinairement des premisses
sauvegardes. Leur talent est de firer une con-
imaginees en faveur de la prerogative de la cou-
clusion subtile et logique de premisses donnees;
ronne, et non pas en favour des droits du people.
mais pour ces premisses elles-mernes, ils se conten-
Veritablement, tonic cette conception ideale du
tent ordinairement de les recevoir sans examen
souverain considers, personnellement du moms,
de ceux qui les ont acceptees avant eux. C'est
comme superieur a la loi, comme irresponsible et'
chose curieuse souvent de voi,r l'adresse etonnante
incapable de mal agir, cette conception du soave-
s.

138
LE DEVELOPPEM ENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
139
rain considers comme seule origine de tout lion-
parfaitement equitable de la justice. Mais, dans la
neur, premier auteur de tonic propriete, source
plupart des cas les plus graves, le legislateur est di-
primitive d'ot dócoule toute autorite, de n'importe
rectement intervenu pour &after les fictions ju-
quel genre, est une pure conception de legistes, et
ridiques, et les actes modernes du Parlement ont
ne s'appuie cur aucun fondement, quel qu'il soit,
ramene les choses aux principes plus simples de
dans les archives de notre ancienne histoire (9) (a).
nos premiers ancetres. Je conclurai mon esquisse
Dans les derniers temps, it est vrai, le mal s'est
de notre histoire constitutionnelle en signalant
largement corrige lui-memo ; le developpement de
plusieurs cas dans lesquels cet heureux resultat
notre constitution non &rite entre les mains des
s'est produit.
hommes d'Etat a fait beaucoup, en pratique, pour
Pendant plusieurs siecles, ce fut une doctrine
nous débarrasser de ces inventions serviles des le-
legale universellement recue que le Parlement
gistes. L'irresponsabilite personnelle du souverain
expirail a l'instant meme de la mort du roi re-
devient, en fait, inoffensive, quand les pouvoirs
gnant. Le raisonncment par lequel les legistes
de la couronne sont reellement exerces par des
arrivaient a cette conclusion est, comme la plupart
rninistres qui agissent sous une double respon •
de leurs raisonnements, tout a fait irrefutable, a
sabilite, imposee a la fois par la loi &rite et par la
condition seulement qu'on admette leurs premisses.
constitution non ecrite. Toutefois, main tenant en-
Dans le systeme des legistes, quels que puissent etre
core, de legeres difficultes se presentent quelque-
les pouvoirs du Parlement au moment qu'il s'as-
fois, lorsqu'une maxime traditionnelle des legistes,
semble effectivement, n'importe a quel point le roi
un systeme imagine en faveur des prerogatives de
soil oblige d'agir par son axis, son consentement
la couronne se met en travers de l'administration
on son autorite, le Parlement lui-meme n'en tire
Pat moms son existence de l'autorite du roi. Le
(a) L'id6e de la royaute de droit divin a pris naissance dans
P
les primitives societês patriarcales, oft le pert de famine,
arlement Otait convoque par le writ du roi. Le
avec son autorite gull tient de la nature tame, devenait aise-
roi sans doute pouvait etre oblige de publier l'or-
ment le type du chef politique. On comprend quo cette con-
dre de convocation ; ce n'en Otait pas moms de
ception de la souverainetO no se soit pas presentee a l'esprit
de peuples guerriers et remuants, ou s'y soit promptement
cet ordre que le Parlement tomtit effectivement son
effacee. La famille s'y perdit dans la tribu, la tribu dans l'ar-
existence et ses pouvoirs. D'apres une autre pre-
mee, et l'egalit6 des dangers dut y creer bientOt l'6galitê des
droits.
so mption legal°, la force du writ royal etait esti-

140
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
la
mee ne durer quo le temps de la vie du roi qui l'a-
blee aurait-elle pu se reunir sur l'ordre de con-
vait publie. 11 s'ensuivait done quo le Parlement,
vocation du roi, quand ii n'y avait pas de roi
convoque par le writ et tenant de la son autorite,
dans le pays pour publier cot ordre? Le writ du
&tail dissous ipso facto par la mort du roi qui lui
roi, aux yeux de cet homme, paraitrait sans doute
avait ordonne do se rennin
un rnoyen commode , dans les temps ordinal-
Admettez un instant les suppositions sur lesquel-
res, de fixer le moment et le lieu des seances de
les se Conde ce raisonnement, et lc raisonnement
l'assemblee, mail it no serait rien de plus. II ne se-
lui-mime est parfait. Mais quelle est la valeur de
rail en aucun sons la source des pouvoirs do l'as-
ces suppositions elles-mimes? Voyez quel air au-
semblee, pouvoirs considererailcomme decou-
rait eu cot entassement de subtilites juridiques
lant de ce simple fait quel'assemblee est elle-meme
aux yeux d'un homme du onzieme siecle, d'un
la nation. Pour lui, ce n'etait pas le roi qui creait
homme qui avail pris part aux elections d'E-
l'assemblee ; c'est l'assemblee qui creait le roi.
douard et d'Harold, et pousse son cri on frappe
La doctrine que le roi no rneurtjamais, quo le treme
son bouclier dans la grande assemblee qui reta-
ne pent jamais etre vacant, aurait pare un jargon
blit Godwine dans SOS terres et dans ses
inintelligible a un homme qui avail vu vaguer le
neurs. Aux yeux d'un pareil spectateur; la doc-
trene etavait contribue pour sa part a y faire mon-
trine qu'une assembles nationale no pouvait se
ter un roi. La doctrine que le roi ne pent jamais
reunir que stir l'ordre du roi, et celle qui en decoule
mal agir aurait semble non moins bizarre a un
que l'assemblee cessait d'exis ter avec le dernier sou-
homme qui savait pouvoir etre convoque, au be-
pir exhale de la poitrine du roi, aurait produit ref-
soin, pour prendre part a la deposition d'un roi.
fet des divagations d'un fou.
Trois des plus fameuses assemblees dont fasse
A quel moment la reunion do l'assemblee de la
mention l'hisLoire d'Angleterre ont toujours 6te un
nation etait-elle plus necessaire, a quel moment
embarras dans le systeme de l'interpretation pure-
cello assembles Otait-elle appelee a exercer ses plus
ment legale ; pour un homme (hi onzieme siecle,
grands et plus essentiels pouvoirs, sinon quand le
elles auraient paru parfaitement legitimes et regulie-
trene etait effectivement vacant, quand l'assemblee
res, aussi Bien clans leur formation que dans lours
de la nation Otait reunie pour designer celui qui
actes. L'assemblee qui, en 1399, deposa Richard II
devait l'occuper a sa place? Et comment l'Assem-
et nomma Henri IV, Bien que convoquee par le writ

DE Lk CONSTITUTION ANGL.kISE.
143
142
LE DEVELOPPEMENT
les deux plus grands actes nationaux, en deposant
du roi, ne s'ouvrit pas en vertu de sa delegation, et
un roi et en en choisissant un autre; cola fait, s'il
parait avoir craint de prendre le nom de parlement,
v avait eu quelque autre affaire nationale a regler,
n'ayant agi que sous le nom d'etats du royaume.
aucune raison au monde n'ett pu l'empecher de
Comme si elle n'eht he en quelque sorte qu'une
continuer ses travaux et de la regler.
assemblee irreguliere, elle sem hie avoir craint d'ob-
Prenez maintenant une autre assemblee d'une
server les formes usuelles d'un parlement regulier,
(Tale importance dans notro histoire, la Convention
et, quoiqu'elle ait fini par exercer le plus grand des
qui vota le rappel de Charles 11. Cette assemblee
pouvoirs parlementaires, elle cut pour, on croirait,
succeda hun Parlement qui avait risque un acte plus
de regarder ses propres actes en face. Richard fut
violent encore que la deposition d'un roi, qui avait
depose ; mais sa deposition se confondit avec line
envoye un roi regnant decant un tribunal et a l'e-
resignation de la couronne de sa part, une requete
chafaud (11). On n'estima pas, en 1649, que le Long
pour l'obtenir de la part d'Henri. Alors, comme
Parlement eta cesse d'existcr le jour que la tete
y avait cu abandon de la couronne, on reconnut
de Charles P r tomba sous la hackie; mais la doctrine
devrait s'ensuivre les memos consequences le-
qu'il aurait dr1 en etre ainsi ne fut pas oubliee onze
gales que si cet abandon avait resul le de la mort du
ans plus tard (12). Aussi, cette Convention, qui fut
roi. On jugea que le Parlement qui avait ete convo-
nominee aussi librement qu'aucun Parlement le fut
que par le writ du roi Richard cessait d'existcr au
jamais (13), en execution du vote du Long Parlement
moment quo Richard cessait d'être roi, et quo,
expirant, fut-elle consideree, parce qu'elle avait ete
comme on ne trouvait pas bon de reunir un Parle-
nominee ainsi et non en vertu d'un writ du roi,
ment nouveau, le memo Parlement se trouvait, par
comme une assemble° dont la validite Ctait dou-
une fiction legale, convoque une seconde fois en
Louse. Celle Convention agit comme un Parlement;
vertu du writ du roi Henri (10). Tons ces doutes et
elle retablit le roi ; elle lui accorda un revenu ; elle
ces difficultes, toutes ces finesses de legis les, au-
fit meme l'ceuvre la plus etonnante de toutes, car
raient Cte completement inintelligibles a un homme
elle se crea elle-merne et vota un acte declarant
du onzierne siècle. Aux yeux de cot homme, le Grand
qu'elle Ctait un Parlement legal (14). Malgre tout,
Conseil de la nation, le Mean, se serait assemble,
c ependant, on regarda comme plus sill.' quo tons les
par ordre du roi Richard ou sans ordre, peu lui
actes tie cette Convention-Parlement fussent confir-
eht importe ; une fois assemble, it aurait accompli

14
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
145
mes par le Parlement suivant, qui, lui, fut conva-
maient a cello epoque que, du moins dans les temps
que clans la due forme, par un writ royal.
de revolution, un Parlement pouvait Ctre appele
Ces nouvelles fan taisies de la fiction, tout a fait di
l'existence, par d'autres movens que celui d'un writ
goes de la subtili LC analogue par suite de laquelle Ia
du roi. Cependant on peiia qu'une garantie de
premiere armee du regne de Charles fut appelee la
surcroil etaitdonnee a l'existence de celui-ci et a la
douzieme, auraient (AO encore completement inin-
validite de ses actes par le recours a cc mysterieux
lelligibles a notre homme du onzRune
ll
pouvoir de self-creation, une seconde foil exerce (16).
rail pu se rappeler quo Fassemblee qui restaura
Une au tre. question fut enedre posee sous le
Ethelred, — et qui le restaura sous condition, tan-
meme regne, cello de savoir si un Parlement con-
dis qua Charles n'eut pas de condition a subir —
vogue par le writ-uni .de Guillaume et de Marie
ne se fit pas scrupule de continuer son oeuvre et
n'expirait pas a la mort de Marie et lorsque Guil-
d'adopter une serie des plus graves mesures qui fu-
laume retina seul. Colic sub tilite ne fut enoncee
rent jamais votees par aucune, de nos anciennes
que pour Cire dedaigneusement Lail& ; encore
assemblees.
peat-il etre sinc6rement mis en doute si elle ne
Une Ibis encore, plus tard, la Convention qui
meritait pas Fatten lion, au moins autant que n'im-
deposa Jacques et nomma Guillaume, sembla,
porte laquelle des subtilites analogues qui, clans
comme cello qui avail depose Richard et nomme
les trois occasions precedentes, furent juges d'une
Henri, douter de sa propre existence et s'effrayer de
si grande importance (17). La sagesse instinctive des
ses actes. Jacques fut depose ; mais l'assemblee
Anglais, aux jours oil nous avions des lois, mais
qui le dêposa n'osa pas dire le mot, et, de meme
cos lois n'etaient pas encore devenues un jouet pour
qu'une abdication forcee avail paru convenable
l'esprit delie des lógistes, aurait vu aussi peu de force
dans le cas de Richard, une abdication conclue de
Bans les difficultes qu'on pensait alors necessaire de
ses actes fat imaginee dans celui de Jacques (IA.
lever par des actes solennels du Parlement que dans
L'assemblee, qui Clut Guillaume, comme cello qui
colic que ni l'une ni l'autre des deux Chambres n'es-
nomma Henri et celle qui rappela Charles, pro-
timerent digne de Ia moindre discussion serieuse.
longea son existence a l'aide de la meme fiction
Main tenant, qu'cst-ce que la legislation moderne
transparent° d'un vote par lequel elle se declara
a fait pour s'affranchir de ces expedients puárils
elle-meme Parlement legal. De sages esprits esti-
et nous ramener aux doctrines plus simples de nos
9

140
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
147
pores? Le Parlement est toujours convoque par le
gistes, a cette consequence quo le Parlement est
writ du souverain; dans des temps paisibles, aucun
dissous ipso facto par une vacance de la couronne,
autre moyen do le reunir no saurait encore etre
de cello-la une legislation plus rationnelle nous a
plus commode. Mais, si des temps de revolution
coin pletement delivrês. Quoique nos Parl emen Ls mo- .
devaient jamais revenir, comme nous faisons tou
dernes no soient plus assembles pour Clire nos roil,
jours nos revolutions d'aprös un precedent, it est
cependant l'experience et le sons commun nous ont
probable quo nous aurions tire quelque lesson des
appris quo le moment ou le souverain change est
precedents revolutionnaires de 1390, 1660 et 1088.
precisement celui ou le Grand Conseil de la nation
A claque date, la fiction devient d'un degre moins
a besoin d'etre en pleine vie et dans sa pleine activitó.
subtile que dans le cas precedent. Les Etats du
Par un statut de quelques annees sculement plus
royaume qui depos'erent Richard devinrent le Par-
recent quo celui par lequel on resolut la question
lement d'Henri par la fiction transparente de l'envoi
de savoir si le Parlement de Guillaume et de
de writs qui n'etaient pas et ne pouvaient pas etre
Marie expirait ou non par la mort de Marie, on
suivis d'elections reelles. La Convention qui rappela,
deblaya le terrain de toutes les subtilites de ce
ne dirons-nous pas plutOt ? qui nomma — Char-
genre, et ce fill la Joi desormais que le Parlement qui
les sc transforma bien, H est vrai, en Parlement,
existait au moment de la vacance de la couronne
mais on crut necessaire de faire confirmer ses resolu-
continuerait d'exister pendant six mois, a moins
tions par un autre Parlement. Enfin les actes de la
ne fut expressement dissous par le nouveau
Convention de 1088 ne furent pas juges avoir be-
souverain. A ujourd'hui, on regarde comme si ne-
soin d'aucune confirmation de ce genre. Chacune de
cessaire qu'un nouveau souverain ait un Parlement
ces differences marque un pas dans le retour a cette
tout pret a agir avec lui, qu'un statut recent, pre-
doctrine du Sens common que, si commode qu'il
voyant le cas, decide quo, si une vacance de la
soit, dans les temps ordinaires, de reunir le Parle-
couronne survenait pendant le court intervalle
ment par un ordre du souverain , ce n'est pas ce-
n'y a aucun Parlement existant, le dernier re-
pendant de cot ordre, mais du choix du pcuple que
vivra ipso facto, et, a moins qu'il ne soit une se-
le Parlement tient sa Cecile existence et les pouvoirs
conde fois dissous, devra durer six mois encore.
qui en sont inseparables.
Ainsi, l'evenement qui, par l'adresse perfide des
Quanta l'autre conclusion de la doctrine des Id-
legistes, etait regarde commc ayant le pouvoir de
I

LE DEVELOPPEMENT
detruire un Parlement, est aujourd'hui, grace a la
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
I i9
sagesse de la nouvelle revetu, au con-
anglaises devint insensiblement la terra regis du
traire, du pouvoir d'appeler ttn Parlement a l'exis-
domesday. Gomm° it arriva pour d'autres transfor-
tence. Voila veritableinent un de ces cas oh « la
mations de ce genre, la conquete normande ne fit
lettre Luc et l'esprit vivifie. » La doctrine qui avail
rpm fortifier, en lui dormant son plain diet, tme
(AO deduite par une logique irrefutable d'un prin-
tendance qui se manifestait deja en Berme; mail
cipe absolument sans valour, a Ole ecartee en faveur
n'est pas douteux que, jusqu'a la conquete nor-
de cello que dictait le sons commun. Nous aeons ap-
mantle, le roi ne se soit soumis du moins a la forma-
pris quo le moment, oh l'Etat a perdu celui qui en
lite de consulter son Witan, avant d'alióner les terres
etait la tete est lc denier a choisir pour le priver en
du peuple pour en faire la possession d'un individu,
memo temps de son corps.
ou, suivant l'expression consacree du vieil
Voila done un exemple remarquable de la ma-
avant de transformer le fblkland en bookland.
niere dont la plus recente legislation de l'Angle-
Apres la conquete normande, on n'entend plus
terre est retournee aux prineipes de la plus an-
parlor des terres du peuple; elles sont devenues les
cienne. Voila un point sun lequel le onzieme siecle
terres du roi, pour recevoir telle destination que
et le dix-neuvieme s'accordenl, et oil les scrupules
leur assignerait son bon plaisir personnel. Depuis
imaginaires des quatorzieme el quinzieme ont
l'epoque clu premier Guillaume jusqu'a celle du
cessó d'etre &mites. Prenons un autre exemple.
troisieme, on disposa des terres qui avaicnt jadis
Dans la vieille constitution Leutonique, tout comme
appartenu au people, sans aucun egard a la volonte
dans la vieille constitution romaine, de wastes
de celui-ci. Sous un roi consciencieux, it se pou-
Olendues de pays kaient la propriete de l'etat :
vait qu'elles fussent affectees au service reel de
Yager publicus a Rome, le folkland en Angleterre.
ou consacrees a la recompense de ses servi-
A. mesure que le pouvoir royal s'accrut, que le roi
vint a etre considers de plus en plus comme la
s'ils appartenaient au roi: in silvd communi, seu regis. En 724,
personnificalion de la nation, les terres du peuple
Childebert 111 dispose des communaux de Saverne. De nos
jours, la loi do 1861 en Russia attribue la propriete exclusive
furent aussi de plus en plus regardees comme les
des forets aux seigneurs. En France, ces usurpations sent fre-
terres du roi (a), el le folkland de nos vieilles diaries
quentes surtout, et deviennent pour ainsi dire la regle aux xne
et xin e siecles. La feodalit6 a suivi partout la mCmie marche.
(a) La loi des Dipuaires pane des bois communs, comma
(Voir un curieux et savant article de la Revue des Deux Mondes:
Comment les democraties primitives se sont feodalisees.)

150
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
IS!
tours vraiment fidbles. Sous un roi sans conscience,
a son ore, relativement aux terres qui, absolument
it se pouvait aussi qu'elles fussent jetees a la volee a
comme celles qui appartenaient aux autres An-
ses mignons ou a ses mattresses. Aujourd'hui, cc
glais, etaient sa propriele privee. Nous aeons les
vice encore a etc corrige. Une coutume aussi forte
testaments de plusieurs de nos anciens rois, qui
qu'une loi exige maintenant qu'au debut de chaquc
prouvent quo le roi etait a cot egard aussi libre quo
nouveau regne, le souverain, non par un acte de
n'importe qui au monde (18). Mais des quo la fic-
bonte, mais par justice, restitue a.la nation les terres
tion legale du droit hereditaire prit racine, des quo
clue la nation a depuis si longtemps perdues. Les
prit racine en memo temps l'autre fiction des IC-
domaines royaux soot maintenant transferes pour
gistes, d'apres laquelle les terres du peuplepassaien t
gull en soit use comme des autres revenus de Fe-
pour etre a la disposition personnelle du roi, on
tat, et quo le Parlement en dispose clans l'interet
vit grandir une troisieme fiction, en vertu de la-
public. En d'auLres termes, le peuple a reconquis
quelle it etait term pour certain que la personae et
son hien; on a leis fin a ('usurpation des jours de
la charge du roi etaient si inseparablement unies,
l'autorite êtrangere. Dans cette circonstance en-
que tou Les les proprieles privets que le roi pouvait
core, nous sommes retournes aux Baines doctrines
avoir cues avant de mon ter sur le tame devenaient,
de nos pores ; Ia terra regis des Normands est une
par le fait meme de son avenemeit, une partie et
lois de plus devenue le folkland des jours de notre
une parcelle du domaine royal.
antique libertó.
Aussi longtemps quo Ia couronne resta un office
Je noterai un cas encore, un cas cette fois oii la
electif, l'injustice d'une pareille regle se serail de-
reaction du bon sons antique con tre les fantaisies
montree elle-merne ; elle aurait pant a l'instant
des legistes s'est faite evidemment au profit, sinon
aussi deraisonnable clue si l'on avait voulu soutenir
de ('abstraction appelee la couronne, certainement
que les propriétes privees d'un Oveque devaient se
du moins de son detenteur personnel. Aussi long-
fondre dans les proprietes de son siege. Aussi long-
temps que le lo gland resta la terre du peuple,
temps qu'il n'y eut aucune certitude quo les enfants
aussi longtemps que notre monarchie garda son
our les autres beritiers du roi regnant devraient ja-
ancien caractere &car, le roi, comma tout autre
mais lui succeder sur le trOne, c'eat Ole le comble
individu, avait le droit d'hóri ter, d'acheter, de le-
de 1:injustice quo de les priver ainsi de lour heritage
guer, ou de faire n'importe queue autre disposition
naturel. L'election d'un roi eat ainsi entraine avec

*1
152
LE DEVELOPPENENT.
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
153
elle la confiscation de ses hiens personnels. Mais
pouvoir usurps gulls n'auraient jamais dfi prendre,
lorsque la couronne fut regardee comme heredi-
fussent retablis clans la jouissance d'un droit natu-
taire, lorsque le folkland fut considers comme la
rel qui n'ellt jamais du leur titre enleve. De même
terra regis, on ne sentit plus cette rigueur. Le fils
quo notre souveraine aujourd'hui tient a tant cl'au-
able fut pouvu naturellement par son droit de suc-
tres egards la place du roi Alfred, plata que cello
cession au Crone, et le pouvoir de disposer it son
1
des Richard et des Henri des temps posterieurs.
gre des terres de la couronne donna au roi le moyen
de memo jouit-elle aussi du droit dont jouissait le
de pourvoir au sort de ses plus jeunes enfants. Et
roi Alfred, le droit d'acquerir une propriete privee
encore cette doctrine n'en etait-elle pas moins de-
et d'en disposer, comme ferait n'importe quel autre
raisonnable ; elle ne s'appuyait sur aucun fonde-
membre de la nation.
ment, soil de justice naturelle, soil de legislation
Ces exemples suffisent, je l'espere, pour demon-
ancienne; c'etait une pure consequence graduelle-
trer ma these. Dans chacun d'eux, la legislation
ment sortie des theories arbitraires sur les pouvoirs
moderne a repoussó les systemes arbitraires des
et les prerogatives du roi. Aussi, a mesure que
lêgistes, et s'est inspiree des principes plus simples
l'ancien Oat de choses reparut pen a peu, A mesure
quo la sagesse moins erudite de nos Ores ne pensa
quo l'on commenca a sentir que les dominos de
jamais a mettre en question. Je pourrais facilement
la couronne n'étaient pas la propriete privee du roi
prolonger cette enumeration. Tout acte qui a res-
regnant, mais hien la veritable propriete du peuple
traint les prerogatives injustes de la couronne, lout
— e'est-a-dire lorsque la terra regis retourna a son
acte qui a maintenu ou accru, soit les pouvoirs du
ancien &tat de folbland — on comprit qu'il etait de-
Parlement, soit la liberte des sujets, a eta un retour,
rais.onnable de priver le souverain d'un droit natu-
quelquefois a la lettre, toujours a l'esprit de notre
re! qui appartenait 1 chacun de ses sujets. Les tares
ancienne Mais je desirerais m'etendre
que, pour employer la forme la plus adoucie, le roi
sur un point seulement, le plus important de tons,
tenait en garde pour le service commun de la na-
et un point oh nous pourrions sembler au premier
tion, fluent des lors employees de nouveau a son
abord, non pas du tout nous etre rapproches, mais
usage. II etait done raisonnable qu'une restriction
nous are eloignes au contraire des principes de Pan-
qui se rapportait a tin kat de choses passe fiat abo-
cien temps. Je veux parler de ce qui concerne la suc-
lie, et quo les souverains, apres'avoir renonce a un
cession a la couronne.
9.

151
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
155
La couronne autrefois etait, comme je l'ai deja
que comme an office confers par le peuple pour
dit, elective. Personae n'avait de droit t regner,
le hien common tin royaume.
avant d'avoir ate appele aux fonclions royales par
Il poui'rait sembler que, sous ce rapport du moins,
le choix de l'Assemblee de la nation. Personae
nous n'avons pas progresse, que nous mulls plutOt
n'etait roi de fait avant d'avoir ate admis cos
recule. Car s'il est quelque chose de certain, c'est
memos fonctions par la consecration de 1'Eglise.
que la couronne est plus sirictement, plus indubita-
Ces theories, que le roi ne meurt pas, que le
blement hereditaire aujourd'hui (Ileac ne l'etait du
trove n'est jamais vacant, gull ne pout y avoir
temps des Normands, des Angevins ou des Tudor.
d'interregne, quo le regne du plus prochain héritier
llais une courte reflexion monirera que, mime sur
commence au moment memo oir finit le regne de
cc point, nous n'avons pas recule, nous avons roar-
son predecesseur, sont Loutes des fictions de temps
che en avant. Je veux dire que nous avons pro-
plus recents (a). On ne trouverait aucune trace de
gresse en reculant, en revenant, dans ce cas, non
-semblables doctrines a aucune époque anterieure
pas sans doute a. la lettre, mais strement a l'esprit
it l'avenement d'Edouard I er (19). La preference
des anciens temps. La couronne est aujour-
decidee qui, dans les premiers temps, se portait sur
d'hui plus indubitablement hereditaire qu'elle ne
les membres de la famille royale, et principale-
l'etait au quinzieme ou au seizieme siècle ; mais
ment stir le fils ne d'un roi couronne, devint par
c'est qu'elle l'est aujourd'hui en vertu de la loi;
degres, sous les influences que la conquete nor-
c'est que ses pouvoirs soul nettement Minis par la
mande affermit definitivement, la doctrine du droit
loi. La volonte du peuple, source de toute loi et de
hereditaire absolu. Cette doctrine grandit avec l'ex-
tout pouvoir (a), s'est manifestee, non pas clans la
tension generale du pouvoir royal ; elle grandit au
forme ancienne d'un choix personnel du roi
fur et h mesure que l'on en vint peu a pen h
chaque vacance de la couronne, mais par un exer-
considerer la royaute comme une propriete occup-
cice tout aussi regulier de la volonte nationale,
pee par un soul homme a son propre profit, plutOt
qui a jugs bon de substituer la couronne de pore en
fils dans one famille determinee. C'est sous le regne
(a) En diet l'avenement du souvcrain n'a pas toujours pris
date do jour de la mort de son prêdOcesseur. Les doctrines
des juristes ont »eanmoins laisse lcur empreinte dans la langue
(a) Nous avons cu occasion, dans notre Introduction, de rele-
politique. La mort du roi n'est pas qua}ifiee ddcês (death), mai
ver ce qui} y a d'exagerd dans cette idea dune force creatrice
demission (demise).
du droit attribude a la volonte du people.

• LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
157
du dernier de nos rois emus que la couronne devint
pouroirs royaux; son couronnement n'ajoute rien
pour la premiere fois legalement hereditaire. Cette
a son autorite legale, si considórablement qu'il
doctrine pent paraitre surprenante, mais une etude
puisse accroitre sa responsabilite personnelle en-
impartiale de notre histoire y conduit
vers Dieu et envers son peuple (a). Mais it n'en etait
inevitable-.
ment. Mien de plus plaisant quo le traitement qu'a
pas ainsi dans le vieux temps. Le choix de l'As-
subi noire vieille histoire aux mains des pus
semblee de la nation donnait au roi ainsi Olu le
legistes. C'est quelque chose, je dirais presque de
droit seulement a devenir roi, mais ne le rendait
pitoyable que les gaucheries et les meprises d'un
pas roi. Le roi-Ola ressemblait a l'eveque-emu. La
ecrivain comme Blackstone, incapable de corn-
recommandation de la couronne, l'alection par le
prendre que sa fiction legale du droit hereditaire
chapitre, et la validation par l'archereque donnent
n'etait rien moms qu'eternelle, et cola tout en
a unecertaine personne le droit seulement a nn
rencontrant a chaque pas des Ovenements
certain siege, et ce n'est (pie le rite purement
qui mais
darnontraient que clans les temps anciens une Celle
religieux de la consecration qui le rend effecti-
fiction email absolument inconnue (20).
vement avèque de ce siege. Ainsi en etait-il autre-
Au Lrefois le roi n'etait pas settlement alu ; il pas-
fois du roi. Le choix do Witan le faisait roi-
sail par une double election. J'ai déjà dim Tie, le
elu ; mais it fallait le couronnement ecclesiastique
caractere religieux dont la plupart des nations
et I'onclion pour le rendre roi. Celle ceremonie
ont tenu a investir incurs rois prit en Angleterre,
religieuse impliquait une election. Choisi déjà pour
comme dans la plupart des autres pays chretiens,
la fonction civile par la nation dans son caractére
la forme d'une consecration ecclesiastique de la
civil, it etait une seconde fois choisi par l'Eglise,
fonction royale. Nous observons encore ce Ite forme ;
c'est-h- dire par la nation clans son caractere reli-
mais dans les temps modernes elle est devenue une
gieux, par le clerge et le peuple assembles dans
pure forme, une ceremonie frappante sans aucun
l'eglise oh la solennite du couronnement allait
doute et instructive, mais enfin une pure ceremonie,
s'accomplir.
qui n'investit le roi couronne d'aucun pouvoir qu'il
Cette seconde election ecclesiastique doit tou-
ne possedat tout aussi bien avant d'être couronne.
La mort
(a) Tin roi qui refuserait de se faire couronner et de
du dernier roi met l'instant son succes-
ter serment serait considiTe comma s'il abdiquait; mais tous
sour en possession de tous les droits et de tous les
ses aetes jusque-14 n'en resteraient pas moms valables.

158
LE DEVELOPPEMENT
DE LA. CONSTITUTION ANGLAISE.
159
jours avoir ate tine pure forme, puisque le choix
branahe de la maison royale qui n'etait pas la plus
de la nation etait déjà fail avant que la córemonie
proche dans la ligne de succession. Trois rois de la
religieuse commencAt. Mais Felection ecelesiastique
maison de Lancaslre regnerent en vertu d'un vrai
survecut a Felection civile. L'etat de choses que les
titre parlementaire, et la doctrine du droit here-
legistes ravent avoir existe des le principe est tine
ditaire irrevocable, la doctrine y await clans
loi de succession strictement hereditaire, suspendue
toile ligne de succession une vertu particuliere que
par d 'accidentelies interruptions. Ces interruptions
le pouvoir du Parlement, lui-mime ne pouvait pas
qui, aux yeux de l'histoire, sont le simple exercice
detruire, fut emise pour la premiere fois comme
•d'un ancien droit, ne son t, a ceux des legistes, que
justification formelle des reclamations de la maison
des revolutions ou des usurpations. Sans doute eel
&York (22). Ces reclamations en realite ne pou-
•etat de choses, kat on tine regle invariable fut par-
vaient etre formellement justifiees par d'autre ar-
fois violee et quo Blackstone reporte dans ses raves
gumentation qua cello de la doctrine toute ser-
aux dixieme et onzieme siecles, exista reellement
vile du droit divin ; mais ce ne fut. pas sur une
partir du treizieme et ensuite. Depuis l'avenement
pareille doctrine que la cause de la maison d'York
du premier roi qui regna avant son couronnement,
s'appuya reellement. La lisle soigneusement com-
Edouard Ter, la succession hereditaire devint la
posee . de grand'meres et arriere-grand'ineres qui
reg/e en fait. Le fils, ou meme le petit-ills du der-
fut produile pour demontrer qu'Henri V etait un
nier roi (21), fut en general reconnu tout naturelle-
usurpateur,
jamais obtenu l'attention, si
ment, sans lien qui pat a vrai dire s'appeler une
gouvernement d'Henri VI ne se fat pas rendu
election. Mais le droit du Parlement de regler I'or-
completement impopulairc, tandis quo Richard,
dre de succession fut constamment exerce, et a
duc d'York, ful l'homrne le plus populaire de son
chaque pas on recueille des indices qui prouvent
temps. Richard accepta un compromis parlemen-
que l'ancienne d'une election d'un genre encore
taire, qui impliquait naturellement le droit du
plus populaire n'etait pas entierement sortie de
Parlement a decider la question. Henri put garder
l'esprit du peuple.
la couronne pour la vie, et Richard dul remplacer
Deux rois furenl solenncllement deposes, et, a
le fils d'Henri en qualited'heritier presomplif. C'est-
deposition du second, la couronne passa, comme
a-dire que, suivant une coutume repandue en Alle-
elle aurait pu faire dans les anciens temps, a Line
magne, Bien que rare en Angleterre, Richard fut

160
LE DEVELOPPEMENT
DE LX CONSTITUTION ANGLAISE.
461
choisi pour remplir une vacance au trove avant que
de son rule qu'Henri du t publier un cave d'Olire (a)
cette vacance se flit produite (23). Le due Richard
pour sa propre election. Le projet pour le coo-
peril a Wakefield ; suivant l'in terpretation yorkiste
ronnement d'Henri subsiste encore ecrit de sapropre
de la loi, Henri fut alors dechu de son droit a la
main, et, lout en contenant une affirmation energi-
couronne, et Edouard, l'heritier d'York, vit to sien
que de son droit hereditaire, it renferme aussi une
reconnu par un semblant d'election populaire qui
disposition distincte relative a son election par le
nous reporte en arriere aux epoques les plus recut-
people dans la forme ancienne. Le titre d'Henri etait
lees. Le droit de Richard III, hien que nous le fon-
excellent. En diet un Parlement du regne de son
(lions sun d'autres raisons, fut reconnu de la meme
frere avait declare que la couronne resterait atta-
maniere par un conseil qui rappelait du moins
chee a Henri VII et aux heritiers de son sang. Mais
une assemblee populaire. Bref, quoique le prin-
ce fut dans ce cas quo le droll, hereditaire et parle-
cipe hereditaire etit pris des lors de 'profondes
mentaire fut confirmó par l'ancien rite de l'election
racines, quoique les querelles entre les pre-ten-
ecelesiastique pour la derniere fois dans notre his-
dants A la couronne fussent principalement des que-
toire.
relies a propos du droit •de succession, cependant
Son successeur ne fut pas ainsi manifestement
le souvenir des jours oil la couronne avait Ole veri-
elu. Ce fut peut-titre, entre autres raisons, parce
tablement le don du people n'etait pas entierement
pie, pour celui-ci, la forme etait particulierement
efface.
inutile. Le droit d'Edouard VI de succeder a son
Le' dernier roi qui pouvait, elever tout au moins
pore etait en effet au-dessus de toute contestation.
l'ombre d'une pretention a avoir ete choisi par
Par un exercice du pouvoir parlementaire que nous
la voix du people sous le dais des cieux, n'est per-
pouvons hien trouver etrange (b), mais qui n'en
sonne autre que Richard III.: Le dernier qui pou-
etait pas moins legal, Henri avail regu le pouvoir
vait elever une pretention plus fond& a avoir 610 0111
(n) En franeais dans le texte.
par la memo voix sous les vottes de Westminster,
(b) Nest-il pas metric entache de nullitd, de la part d'un Parte-
n'est personne autre qu'Henri VIII. Jusqu'A.
. ment que Fameur lui- meme a depeintcomme silachement servile ?
Et comment un corps emu, ou le corps electoral lui-metne, dans
l'ancienne ceremonie ecclesiastique usitee pour l'e-
la doctrine de la souverainete absolue de l'individu que pro-,
lection du roi se main tint dans la solennite du cou-
fesse Freeman, pout-il abdiquer un droll absolument inalie-
nable ? C'est 1Mt le mend de la diffieulte. Les democrates fran-
ronnement, et ce ne fut pas tout a fait en sortant
,ais soot bien plus consequents.

u32

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE-
i63
LE DEVELOPPEMENT
de legner et de substituer la couronne comme it le
occupa le Irene au mepris d'un acte du Parlement
jugerait bon. Ce pouvoir, it l'exerca en favour de
encore en vigueur, quoiqu'il obtint bientet 1111 nou-
ses propres enfants dans l'ordre de filiation, et,
vet acte pour sauver son usurpation (26). 11 n'est
leur derma ou a celni de leurs descendants, en fa-
pas douteux qu'h la mort d'Elisabeth lc droit legal
vour de la descendance de sa plus jeune scour (24).
h la couronne n'appartint a la maison de Suffolk,
Edouard, Marie, Elisabeth regnerent done tous le-
aux descendants de Marie, la plus jeune scour d'H enri.
Mais les circonstances furen I défavorables a leurs
galement, en vertu du testament de leur pore.
pretentious ; par un accord tacite, d'une sage poli-
tine reflexion d'un moment montrera que Marie
et Elisabeth ne pouvaient pas regner toutes les deux
tique, mais tout a fait en violation de la loi exis-
legalernent en vertu d'un droit de succession here-
tante, la couronne passa sans bruit au roi d'Ecosse,
descendant de la sceur ainee d'Henri, Marguerite.
ditaire. Dans aucun systeme, catholique ou protes-
Elle n'avait pas 60 nommee dans la substitution
tant, elles no pouvaient etre toutes deux filles le-
d' Henri ; ses descendants done, tout hen tiers en li-
gitimes d'llenri. Le Parlement, it est vrai, les await
declarers Unites deux illegilimes ; dans n'importe
gne directe gulls etaient de Guillaume el de Cerdic,
quel systeme, l'une ou ratline aurait di
n'avaient aucun titre legal a la couronne; mais ce
p l'etre (25).
(holt fut admix apres que le roi Jacques fut entre
Mais chacune d'elles regna en vertu d'un titre par-
en possession de la couronne. Les Stuarts furent
fai tement legal, a la favour des dispositions de l'acte
ainsi amenes, comme les Yorkistes a une epoque
qui permit a leur pore de region l'ordre de succes-
anterieure, a plainer la theorie du droit divin
sion suivant son bon plaisir. Taut qu'Elisabeth re-
succession heróditaire, dans le but de justifier une
gna, toute divine qu'on put la trouver dans sa pro-
occupation du Irene, qui ne trouvait aucune justi-
pre personne, on ne pensa pas du moins qu'une
autre personne out quelque droit divin a lui succe-
fication dans la loi anglaise (27).
der. La doctrine qui commenca a prendre credi
Dans un jour memorable, on rappela a un Stuart
sous ses successeurs cut ête consideree de son temp
qu'on roi anglais tenait son droit an trene de la
volonte du peuple. Quoi qu'on puisse dire d'ailleurs
comme un crime de lose-majeste. Elisabeth savait
de la nature ou des actes du tribunal devant lequel
ou reposait sa force, et les Stuarts savaient oil leur
Charles
force, quelle qu'elle reposait aussi. Au regard
1° r fut accuse, ce tribunal ne fit quo main-
tenir l'ancienne loi d'Angleterre, lorsqu'il declara
de la loi, le premier Stuart fut un usurpateur ;

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
165
164
LE DEVELOPPEMENT
autre assemble° nationals avait Olu Darold, le ills
comment « Charles Stuart fut reconnu pour roi,
de Godwine. Le cycle etait róvolu, et lc people
et recut avec cc titre le depot d'un pouvoir
anglais avail reconquis les droits que ses pores
afin de gouverner par les lois du pays, conformemen t
avaient apportes avec eux de lours antiques foyers
ces lois et non auirement. » ne fit quo main-
par dela les mers. Et cc fut one rencontre heureuse
tenir un principe qui avait ete appliqué clans les cas
que son choix remontat jusque chez ces peoples
necessaires pendant neuf cents ans, q mind it declara
a
parents, et qu'un nouveau Guillaume traversat les
son prisonnier quo c tous ses predecesseurs, et lui
mars pour róparer, apres Cant do siecles, les torts
avec eux, Otaient responsables vis-a-vis des com-
que l'Angleterre reprochait h son homonyme. De
munes d'Angleterre.» Oubliant le sort de Sigebehrt
cc moment, sous le gouvernement d'un roi
et d'/Ethelred , d'1?,douard et de Richard , Charles
Finglaterre pouvait enfin, suivant son gre, dormer
osa en demander des exemples et repondit a ses juges
a sa couronne une rigoureuse et permanente, here-
que « le royaume d'Anglet.erre se transmettait par
dite. L'acte d'etablissement, comme nous savons,
voie d'heredite (a) et non de simple succession (28). »
transmit la couronne a Feleetrice Sophie et a ses
Apres un temps, la dynastic des rois intros disparut
heritiers. Aussi, n'est-il pas de rois qui aient jamais
clans ce grand jour oa le people anglais exerca pour la
regne par un droit mieux fonds que ceux qui, en
derniere fois son ancien droit de deposer et d'elire
vertu de cot acts, ont ete appeles au trove par Fac-
les rois. La Convention, dont nous aeons si souvent
tion directe de la loi. Voila vraiment des rois — des
pule, cette grande assembles, irróguliere. aux yeux
cJ/ningas dans le Sens le plus antique du mot — clont
des legis Les, mais en róalite la plus legale de toutes,
pouvoir ermine directement de la volontë de la
parce qu'aucun writ royal ne l'avait convoquee, dis-
nation.
persa aux vents toutes ces fictions et ces subtilites,
Dans l'etat actuel de nos institutions, le carac-
en proclamant la vacance du Irene. Une veritable
tere hóróditaire de noire royaute moderne n'a pas
assemble() de la nation, one fois de plus, deploya sa
devie des anciens principes ; it nous permet vrai-
plus haute puissance, et choisit pour roi Guillaume
went d'en faire une application plus complete sous
d'Orange, de memo quo, six siecles auparavant, une
une autre forme. Dans un ordre de choses
(a) A quelque point de rue (Item) se place, it est inconte s
aucune forme de gouvernement n'est si naturelle
-table au moths quo le droit Mreditaire fut toujours èventoel,
jamais absolu. Le roi et le Parlement pouvaient, par une
clue cello que nous vOyons effectivement próvaloir
appeler celui des heritiers qui leur egreait la plus.

DE LA CONSTITUTION ANGLAISE•
167
166
LE DEVELOPPEMENT
nOtre serait. inconsistaMt avec une royaute elective.
chez nos anceires. Un instinct, qui n'etait pas
roi eleclif ne pourrait pas etre chargé simple-
un pur sentiment, demandait que le roi, dans
mein de regner ; it gouvernerait assurement, ou es-
toutes les circonstances ordinaires, felt le descen-
saierait de le faire. On n'a pas boson' do supposer .
dant des premiers souverains. Mais l'opinion que
qu'il tenterail de violer la loi &rite. Mais les pou-
quelque talent personnel etait necessaire aussi im-
voirs qua la loi ecrite attache h. la couronne, it cher-
posait la regle que les electeurs eusseut le droit de
cherait certainement a les exercer suivant sa ma-
choisir librement dans la_ maison royale. A l'Opoque
niere personnelle d'apprecier ce qui serail juste et
oil les rois gouvernaient en meme temps qu'ils re-
utile. Et it serait sUrement justice en agissant ainsi.
gnaient, un tel choix, oh entrait pour une bonne
Car le choix qu'on fait d'un homme personnelle-
part la consideration des qualites personnelles du
ment pour qu'il soit roi, doit etre regarde, en toute
roi choisi, etait le meilleur moyen d'assurer la li-
raison, comme impliquant Video clue eel homme
berte et le bon gouvernement. Sous le regime d'une
est personnellement capable d'accomplir Iceuvre
constitution conventionnelle, oil les rois regnent,
du gouvernement. Ce serait alors un president ou
mail no gouvernent pas, lorsqu'il est ouvertement
on premier ministre nomme a vie, et qu'il n'y au-
professó dans la Chambre des communes qua c'est
rail aucun autre moyen de .femplacer dans sa
cette Chambre que les pouvoirs du gouvernement
charge quo l'exercice le plus extreme et le plus rare
ont passé (29), les interets qui etaient autrefois
des pouvoirs du Parlement.
mieux garantis par une royaute elective le sont
Il y a des conditions sociales ou une monarchic
mieux aujourd'hui par une royaute hereditaire (a).
elective est one forme de gouvernement preferable
C'est ce que disait le roi spartiate : en diminuant les
it une republique ou a une monarchic hereditaire.
pouvoirs de la couronne, on en a rendu la possession
Mais dans l'etat actual des nations civilisees de
plus durable (30). lin systeme politique comme le
l'Europe et de l'Amerique, le choix est a faire entre
(a) En apparence micux assise, la royaute a ate rejetee, a son
la monarchic hereditaire et la republique. Les cir-
detriment, en dehors du mouvement de la nation. Dans l'etat
de choses acute! et tel que l'a tree dans son ensemble le pro-
constances de notre histoire ont fait de nous un
gres democratique, l'exercice des libertes a pour objet — de -
slat monarchique hereditaire, tout corn= celles
(Miff, quoique indirect — le choix du president du cabinet;
veritable chef du gouvernement. La porte est ainsi naturelle-
de l'histoire de la Suisse ont fait de ce pays une
ment et pacifiquement ouverte a toutes les eventualites, en
republique federale. Or, aucune personne rai-
sorte quo l'assertion de l'auteur est, encore plus vraie et porte
plus loin qu'il fie lui convient de le reconnoitre lui-meme•

i68
LE DEVELOPPEMENT
DE LA CONSTITUTION ANGLAISE.
169
sonnable ne songera 1 desorganiser une institu-
módiaires. Dans noire ancien comme clans notre
tion qui, comme toutes celles de l'Angleterre,
nouveau systeme, la loi existe pour le peuple ; dans
s'est developpee parce qu'elle Otait necessaire (31).
les temps intermediaires, on etlt dit parfois que le
Notre constitution non Ocrite, qui nous donne un
peuple existait liour le roi. Dans noire ancien et •
souverain hereditaire, mais en exigeant quo son
clans notre nouveau systeme , le roi est revetu
gouvernement soit dirige par des ministres qui
d'une charge, dont les devoirs doivent etre remplis
sont, dans la pratique, choisis par la Chambre des
pour le Bien commun de tous. Dans les temps in-
communes, atteint en definitive le memo resultat
termediaires, on eilL dit parfois quo le roi
que celui qu'on clierchait a obtenir par la royaute
ete fail le maitre d'une propriete, dont it n'avait
elective de nos pores. Notre systeme donne a l'Etat
qu'a jouir pour son plaisir et son profit person-
un chef personnel, une incarnation personneile de
nels. Dans les siecles intermediaires, on entend
l'etre national, qui concentre sur soi tous ces
constamment parler des droits -et des pouvoirs do.
sentiments de respect personnel et de personnel
la couronne comme de quelque chose d'êtranger,
devo uement qu'une partie considerable du genre ha-
d'hostile presque aux droits communs du people.
main trouve dur de considerer comme dus aux idees
Dans nos anciens temps et de nos joins, les droits
plus abstraites de Loi et de Republique.Puis, quand
de la couronne et ceux du peuple sont les mimics,
les devoirs do la royaute constiLutionnelle sont rem-
car it est reconnu quo les pouvoirs de la couronne
plis de la maniere quo notre propre experience
doivent etre ex erces pour le bien-etre du peuple,
nous apprend qu'ils peuvent l'etre, la sensation qui
l'avis et avec le consentement du peuple on de ses
s'eveille en nous est plus que de la sympathie;
representan
c'est le sentiment raisonne d'un sincere respect
Sans nous laisser aller aux roves des utopistes,
personnel.
sans nous depeindre l'Angleterre d'il y a mille, ans
Toutefois, si profondement differen Les que soient,
comme un paradis terrestre, la voix de l'histoire
par la forme exterieure, la royaute hereditaire de
serieuse nous enseigne avec certitude que ces temps
nos temps modernes et la royaute hereditaire de
recules out en realite beaucoup de points de res-
nos siecles antiques, elles out toutes deux des points
semblance avec les wares, beaucoup de points sur
do ressemblance qui ne se retrouvent pas dans la
lesquels nous sommes veritablement plus voisins
royaute, sous la forme qu'elle prit aux ages inter-
d'eux que des époques qui, si l'on ne calculait quo
10

170
LE DEVELOPPEMENT, ETC•
les annees, seraient beaucoup moms eloignees de
nous. Cost qu'en diet le cercle s'est ferme, c'est
que les jours de la loi êtrangere ont ete effaces,
c'est quo l'Angleterre est, encore une fois l'Angle-
NOTES
terre. Notre Souveraine aujourd'hui regne par un
droit aussi bon qu'Alfred ou Harold, car elle regne
par le droit qu'ils avaient eux-manes, par la vo-
lonie du peuple, incorporee clans l'acte du Palle-
CHAPITRE PREMIER
ment qui a rendu la couronne d'Alfred et d'Harold
hereditaire dans ses ancetres. Regnant par le droit
(1) Ce quo je dis d'Uri et des autres cantons democra-
avaient eux-memes, elle regne aussi pour
tiques ne dolt pas etre mal compris, comme si j'accep-
les mOrnes fins, pour le hien commun de la nation
tais les roves maintenant abandonnes qui donnaient
aux Waldsiadte
dont les lois l'ont placee a sa tote. Aussi, le meil-
ou cantons forestiers une origine spe-
ciale et une independance particuliere, en dehors du
leur souhait que nous puissions faire t son
reste de la Germanic. Les recherches des savants mo-
royaume, c'est que cette couronne qu'elle possede
domes out demontre, non-seulement que les cantons
si legitimement, qu'elle a si dignement gardee au
forestiers faisaient pantie de l'Etnpire comme leurs voi-
sins , rnais quo differents seigneurs inferieurs, spi-
milieu de deux generations de son peuple, elle
rituals et temporels, y étaient possesseurs de droits
puisse, comme Nestor autrefois, continuer de la
varies. Si ces cantons acquirent leur in d Open dance com-
porter, entouree de l'affection hien meritee d'une
plete, on meme s'affranchirent d'autres seigneurs et
s'eleverent au rang de Reichsunmittelbarkeit ou depert-
troisieme generation encore.
dances immediales de l'Empi re, cc fat l'ceuvre du temps...
Alais la stiprómatie universelle de l'Empire n'entrai-
nait aucune intervention de sa part dans la constitu-
tion inferieure des districts, cites ou principautes, pas
plus que cello intervention n'etait necessairement irn-
pliquee dans la dependance établie d'un sei-
gneur immediat... Co qui est pa•ticulier aux cantons
forestiers, c'est quo, tandis que pullout ailleurs les vieil-
les communautós locales disparurent graduellement,
clans ceux-ci elks survecureta, resterent florissantes,
et acquirent de nouveaux droits et de nouveaux pou-

172
NOTES.
NOTES.
173
voirs jusqu'a ce qu'elles devinssent des rópubliques ab-
(1-43) La nature de la democratic est definie par Pe-
solument independantes. Je pease done que j'ai le droit
ricles dans sa fameuse ()raison funObre (II, 37) : 6v0p•x
de parlor dc la democratic d'Uri comme avant uric an-
tiquite immemoriale. Nile n'est pas immemoriale dans
tbiv aLa Te, thi;
6%:'
U; (AV -.7).s1ova4 CoiXEIV (a) a'f,1.;%?V.7(94.
sa
forme pleinement developpee, mais celle-ci sortit pen a
V.:7EG7l Si ifs/AC
7Cig MGV4tIC rroc T y aL S'tdyc.p..
pea de formes primitives qui sort rigoureusement im-
ct To iesv, Y.7.7& 31 Ti;•0 g:(t)G1V (0; gY.:(a7SS iv Ty (b) s?A'cztp.t7 •
(Comme ce gouvernement a pour objet l'interet general,
memoria/es et communes a toute la race teutonique.
et non pas celui d'un petit nombre d'hommes, on rap-
Il West pas de sujet sur lequel on se meprenne plus
polio democratie. Les lois assurent regalite a tous dans
complêtement quo cetto histoire primitive des cantons
les proces particuliers ; quant au rang, it est err pro-
democratiques... On trouvera le resultat de toutes les
portion du merite de chacun) (c).
recherches sur cette question, sous la forme la plus
Elle est exposee plus clairement encore par Athena-
abordable, dans rouvrage do M. Albert Rillict, les Origi-
nes de la Confederation. suisse
gore de Syracuse (Thacydid., VI, 39), qui distingue nette-
(Geneve el Bale, 1868).
ment les fonctions des (Eifel-Tales classes dans une de-
(2-6) (a). 11 y a quelques =lees, j'assistai en Suisse a
toutes les elections an Bundesralh
mocratic :
cr..; y.p.t 77GOTC( !Ai./
246v,17.1.v
ou conseil executif, et
je constatai quo, dans l'espace de dix-huit ans, it etait
6-r.riaexiccv
fhipcs,
VAn.mc; p.iv i f.1a.rous Ely= VAO7C0
arrive seulement deux fois qu'un membre du conseil
7:6; racoaicuc, CiceAsticra.e
OD,Tra-.-% :cu;
opTvect
demandat h etre reelu sans robtenir...
4tasa
;:cncbc, xxt rei7a 6U.CA)C 7.7.1 rzca 1.1411
(3-7) Du temps de ce qu'on appela la Republique hel-
.441 V..rp.TravIa. iv hp.c,;-.•ix
(J'appelle peuple, ren-
semble de la nation ; oligarchie, une pantie seulement
velique de 1798, les cantons cesserent noire des Etats
Iles citoyens. Les plus stirs gardiens de la fortune pa-
souverains, et devinrent de pares subdivisions, des es-
blique sofa les riches ; les meilleurs conseillers sent
peces de cowries ou departements. L'une des premieres
les homilies instruits ; personae ne juge mieux, apres
mesures de cello constitution abolit les anciennes de-
avoir entendu, quo la Coale. Gas ()vantages se rencon-
mocraties des cantons forestiers... (b).
!rent egalcment, separes et reunis, dans la democratic.)
Le systôme federal fat en quelque sorte retabli par
l'actc de mediation de Bonaparte, premier consul,
lei la richessc et rintelligence oat hien chacune leer
en 1803....
sphere distillate. La merne division a pcu pros est tra-
cee par un ecrivain qui pourrait en comparaison etre
(a)
suspecle d'aristocratie. Isocrate (A.rdop., 20) est d'avis
Nous aeons omis, comme it a etc dit, les notes lea moths
importantes : le second chiffre est celui du taste.
quo l'administration des affaires publiques devrait etre
(b) Mais elle fonda la democratic representative par toute la
itnmediatement aux mains des homilies qui oat la ri-
Suisse, en corrigeant ce qu'avait de trop exclusif l'organisation
chesse et le loisir, mais gulls agiraient en qualite de son-
etroite de la bourgeoisie. L'effroi qu'a de tout temps inspire
(a) Solon d'aulres editions :4"-,zz
l'Angleterre notre Revolution ne ]ui a pas toujours perrnis
Il taut lire iv TT (pour 'iv sovc) et non
comme le
d'apprecier avec impartialite son heureuse influence.
Porte 1. tort l'edition anglaise.
Quant aux idees de Napoleon en 1803, elles oat pare asset
(c) Nous daimons noire traduction : l'auteur anglais n'a pas
bonnes pour titre reprises de nos jours mores par la. Dietc.
cru devoir en ajouter une aux textes
rapporte.
10.

171
NOTES.
NOTES.
viteurs du peuple, du peuple bett
d'organisation plus parfaite que chez les Acheens.)
y maitre, — ou, comme
it n'hesite pas a le dire, lour
Bref, ce qu'Aristote appelle .m).tTek, Polybe le nomme
tyran, ayant . plein pou-
voir pour recompenser ou punir :
ar.p..sn?a-r:a ; ce qu'Aristote nomme hy.czer47:1, Polybe l'ap-
inat•nt &EIO403'.'.n7€5 ion./
Ott (5£i
pelle
ss7;1./.:;‘) dots ?zalhaTisoat
cip-,;&; rai 7.0-
)R,V.V stbc
(5-14) II s'ensuit que, lorsque la republique de Flo-
z;;;Evetv wee; •7(.'0 4,.?:;.7er,TCJthiv(•P/,
rence aholit les franchises de toutes les families nobles,
70i I 5 Si a7clw ZsyE:V (hp/au:vv.); zai 13E0 .0
7.1474P•iVOU5 i77e--
1./..․).s7.a0at 76v
elle pordit son droit au titre de democratie....
zctvOiv 4Sottep cixit
&y.a:cu; v.siv 7vist.i.lvou5
(6-17) J'entends laisser le detail de ces matieres aux
i=atvET.akt
OTip7scv 70.:) 7
&Om:go.•.7a;
Orienlalistes. Mais dans plusicurs endroits de l'Ancien
ourpoiy.0 -.-tracivatv,
1.-aZ5
;•1p.:xt; Tap.-
Testament on voit quelque chose qui ressemble fort a
"n iTZTEIV. Dens un autre endroit (Panath. , 166), it pane d'une
une assembles generale, on se combinent des distinc-
democratic avec mélange d'aristocratic, et non d'oli-
garchie
tions de rangs entre les membres de cette assemble°
(7i,v (5.4y4zaa-rixv 74,v ii-dos7cx?9:7:x
avec la suprematie d'un soul chef qui commando a
Le sons defavorable qui est souvent attaché au mot
tons (a).
democratie, quand ii ne vieut pas de la simple igno-
(7-18) HOMi:RE,
XX,4.
rance, a probablernent sa source dans ]'usage qu'Aris-
tote a fait de ce mot. Il distingue (Politic.,111, 7) trois for-
OilitaTa aay..az Oso :k Zyopi,vas xcaiccat
mes legales de gouvernement, la royaute (fixci).cia), 1' aris-
IsCpteTO;
' 0/3)•4.1zoto vavt-c6xov •' «plc :teem
tocratic (3.;:atcxeat-Ea), et ce qu'il appelle particulièrement
(Net-Cloaca
.AtOs; itpO; acZip.a. viscOac.
TcoXt7e:ct ou rdpublique. 11 ir.dique trois corruptions de cos
Our.:
Jr, 1To7ap.&.∎
viics9'1.1xszavoto,
formes, la tyrannie, l'oliga •chie et la democratie
ecpx IXI.T.'?itoi Ta r. T.' D.GSM %Ca& vivowmc,
(TuFavvis;,
atiamix, delinissant la democratic un gou-
Kai 7:71* :coracle:6v, :ea: Iciam 7.otilevTx.
vernement exerce au profit special des pauvres (7:ek
(Du haul de l'Olympe aux gorges profondes, Jupiter
cr.T.f.cieov 70 7E)v et7.4por,). II v a lit quelque chose du me-
donne l'ordre a Themis de convoquer les dieux pour
pris d'un philosophe pour tout gouvernetnent populaire,
Tassemblee. La messagere obeissante Ya partout les in-
et it est certain que la fac:on de parler d'Aristote n'est
viter d se rendre au palais de lour souverain. A ]'ex-
pas celle qu'emploient ordinairement les historiens
ception de l'Ocêan, personne ne manque a l'appel, ni
grecs. Polybe, comme Harodote et Thucvdide, se sent
nn fleuve, ni une scule des nymphes qui habitent les
du mot democratic dans son vieux sons honorable, et
belles for-Us, les' sources des fleuves on les pros
prend (II, 38) pour type special de cette forme de gou-
l'herbe epaisse.)
vernement la constitution de la liguc Acheenne, qui ren-
Outre la presence des nymphes dans le celeste Mycel
fermait certainement en fait un Clement considerable
Gentot, on pourrait remarquer aussi le role important
d'arislocratie :
zai itagr,cia t xxi rx9dica sylp.0-
(a) On a justement fait remarquer que l'ancien Mat social
.A ? a7:7; a).40:,7,; at;a7zy.7.
17pOGGIEEGV! zii,:zpcvsaTipav
d es Germains West pas autre chose qui une des periodes du
.S:S p.S t
7-Z;
imtv:,;:s; ,J7xpxc6ar.;. (On ne pout trou-
d eveloppement regulier de tons les peuples. Les Germains ont
ver un systôme d'egalite de droits et de liberte de pa-
eu ceci de particulier gulls ne laissiTent pas deperir chez eux
role plus complet, eu un mot, de democratic plus vraie,
l es germes de la liberte dont ils eurent une fois joui.

176
NOTES.
NOTES.
177
d'Here, d'Athene, et des autres membres feminins du
semblee fonctionnerent exactement comme par le passe.
conseil prive... (a).
(11-26) Voyez mes articles sur « origine de la nation
(8-20) Pour l'intelligencc complete de Far: d'Homere,
anglaise (The origin of the English nation), » et sur « la
voir l'ouvrage de M. Gladstone, llomere et rage homerique.
prdtendue persistance de la civilisation romaine en Angle-
M. Gladstone, it mon axis, a beaucoup mieux compris
terre (The alleged permanence of roman civilisation in
que M. Grote l'esprit de l'antique constitution des
England) », dans la Revue de Macmillan, 1870.
Grecs.
(12-31) Cette coutume est decrite par Diodore clans
(0-21). Notts n'avons pas besoin d'entrer dans l'examcn
son premier livre. 1.e pretre enumerait d'abord les
de Ia primitive constitution romaine, de l'origine de la
bonnes actions du roi et lui attribuait toutes les vertus
distinction entre les patres et la plebs, on de tart d'autres
possibles ; pubs ii prononcait 'me malediction pour tout
questions qui out souleve les controverses furicuses des
le mal qui avail etc fait, absolvani le roi de tout blame et
savants. Les trois elements se retrouvent egalement
demandant que la vengeance celeste retombat sur les
dans la version historique et dans la version legen-
minislres qui lui avaient donne de perfides conseils
daire. Dans le premier livre de Tile-Live, Romulus reu-
7Z),SUTCCZOV 1.177Ep TC7P/ a,,,,OUF.EV<JV 400 E170:£11-0,1./.EVGO.:1%
nit d'abord l'assemblee generale et choisit ensuite son
c)v goapciT.svc;-,13.); imr,2 E7GZIY:Cq
a,u-
senat. Plus loin, nous voyons distinctement qu'on en
?;2`ITC(.;
Cp1-5).% Y.7.1
•ai Ti,s! Ttp.Wp:D:v alit(9v c'070-
appelle du roi ou plutOt des magistrats qui exercent
czOat). II concluait par quelque conseil moral ou reli-
l'autorite en son nom, it une assembles qui, queue que
gieux.
pia etre sa constitution, est d'une nature plus populaire
(13-38) Voyez la Conqudte normande (a), au premier vo-
que le senat.
lume, et les passages qui y sort cites. Jo ne voudrais
(10-22) II est a peine necessaire de montrer comment
pas me meler de sanscrit, rnais je suis frappe de cc
les consuls romains prirent simplement la place des
quo les vues d'Allen et de Kemble no sort pas incom-
rois. 31 est possible, comma on l'a pense, quo la revolu-
patibles avec l'etymologie sanscrite Ganaka. Comme
tion jeta aux mains des patriciens un pouvoir plus
curiosite Otymologique, it vaut la peine de rioter que
grand qu'auparavant, mais en tout cas le senat et l'as-
M. Wedgwood trouve que ce mot est « probablement
identique au tartare chan. »
(a) L'auteur, en act endroit de son chapitre, fait allusion N
(14-43) Le meilleur exemple dans l'histoire d'Anglc-
la propagande, aujourd'hui tres-active, poursuivie en Angle-
terre de Ia marche des (Moses qui transformait un
terre depuis 1832, en favour des droits politiques des deux
royaume en province, en le faisant passer par fetal in-
trois millions de famines qui, libres de leur personne, paient
termediaire de seigneurie it demi independante, est
elles-mdmes l'impet. A ce mouvement sort melds les noms
I'llistoire de la :Verde occidentale du sud sous son ealdor-
d'hommes illustres, comma Richard Cobden, Stuart Mill, Di-
man JEtbelred et la lady JEthelfitcd, du temps d'Alfred
sraeli (lord Beaconsfield), et de femmes de haute naissance,
et d'Edouard l'Ancien. Voir la Conqudte normande,
comme la vicomtesse Amberlay, belle-fill° de lord John Russel,
premier volume.
et Lady Langton, scour du due de Buckingham, entre autres. La
chose nest done
(15-15) Homere, Iliad., IX, 60.
- pas aussi frivolo qu'on serait portk, chez nous,
a le croire.
(a) L'ouvrage capital de M. Freeman.

178
NOTES.
NOTES.
179
Kai ;lot .)71.0atir:«.1,
3c(10.s;,-.-q:6; stat.
nullus permittat pravorum prtevalere assensum : sad le-
(Et qu'il me cede, autant quo je suis plus roi quo
gilimi a sacerdotibus et senioribus populi eligan-
tur. » On aimerait a savoir qui Otaient ces a prari »
(16-46) Les exemples d'un grand royaume se de-
denonces ici. Celle decision a tout fair d'une restriction
composant en un grand nombre de paths Etats ma-
de franchises ou de quelque intervention dans la libertó
teriellement independants, mais qui reconnurent la
d'election, mais en tout cas elle porte temoignage du
superiorite nominale du successeur du souverain
caractere electif de notre ancienne royaute, et du ca-
naire, ne sent pas rarer. J'ai trouve quelque chose k ea
ractere general tout populaire de la constitution.
dire, dans mes Essais historiques, pour l'empire, et pour
(i 8-18) J'ai decrit les pouvoirs du Witan, comme je les
le califal, dans mon ouvrage Histoire et Competes des
cornprends et cornme its ont ate compris par M. Kern-
Sarrasins. L'historique de cette meme marche des eve-
ble, au premier volume de la Conquete normande et dans
nements dans l'empire mongol aux Inks a eta expose
quelqucs-unes des notes qui composent lappendice de
par lord Macaulay dans ses Essais sur lord Clive et
ce volume. En cc qui concerne les pouvoirs du \\Vitali,
Warren Hastings. Mais it n'aurait pas di, comparer le
je ne vois aucune difference entre mes propres rues et
Grand Mogol et sa souverainete nominate avec « le be-
cellos du professeur Stubbs dans son Esquisse pour servir
net le plus nul de tous les derniers Carlovingiens,» ces
,('introduction d ses Chartes choisies (Introductory sketch to
Carlovingiens que sir Francis Palgrave a releves cl'un
his Select Charters), oil les relations entre le roi et le
rapris immerite. La dissolution du grand royaume occi-
Witan, et le caractare general de notre ancienne consti-
dental n'est Tien moins qu'u n exemple de la memo loi. Ce
ulion soft exposés avec une puissance et une clarte
y Taut remarquer surtout, c'est la maniere, ou plu-
Otonnantes. 'dais ou je me trouve differer tout a fait
tot ce sent les trois differentes manieres dont les mem-
d'avis avec lui, c'est pour cc qui regarde la constitution
bres disperses de ce royaume se sont rejoints pour for-
du Witenagemot. Je considere le Witenagemot comma
mer la Germanic:, l'Italie et la France.
tine assemblee de tout le royaume, sur le modele des
Ce genre do demembrement, ou une suprómatie no-
petites assemblees du comic et d'autres divisions int.&
minale reste encore au souverain originaire, doit etre
rieures. Id. Stubbs admet pleinement le caractere popu-
distingue de celui ou un pays retombe sous la domina-
laire des petites assemblaes, mais refuse tout caractere
tion de dues ou seigneurs, apres une periode de gou-
de ce genre a la convocation nationale. II est dangereux
vernement royal. Dans ce dernier cas, it semblerait
de se mettre en opposition avec notre maitre a tous
qu'aucune souverainel6 centrale De pdrsista.
dans l'histoire constitutionnelle de 1'Angleterre, mais je
(17-47) Je suppose qu'il est it peine necessaire main-
prie installment le lecteur de poser ce quo je dis dans
tenant de prouver le caractere electif de la vieille my:ante
anglaise. J'ai dit ce que j'avais a. en dire au premier vo-
l'appendice a mon premier volume de la Conguête nor-
lume de la
mande.
Conquete normande. Mais je puis citer un
(19-50) J'ai mentionne thus les exemples au premier
tres-remarquable passage-du rapport que firent en 787
au pape Adrien
volume de la Conciu6te normande : Sigeberht, 'Ethelred,
T er ses legats en Angleterre, Georges et
Theophylact (Hadrian et Stubbs,
Harthacnut, Edouard II, Richard II, Jacques II. II est re-
Councils and Ecclesias-
tical Documents) : «
inarguable que presque tous ces roil sont les seconds
Sanximus ut ,in ordinatione regum

180
NOTES.
NOTES.
181
de leur nom ; car, sans compterlred, f:douard,
auction de !'etiquette orientate sous Diocletien. 11 est
Richard et Jacques, Harthacnut pourrait tres-bien care
prodigue par les derniers panegyristes,
appele Caul 11.
Eumene, par
exemple « Domino Constanti, « Domine Maxhniane,
(20-52) Le texte original du chant de Maldon se
Imperator felerne, a et ainsi de suite.
trouve clans les Anakela anglo-saxons de Thorpe. L'ex-
(23-51) Vitellius (Tacit., Hist., 1, 58) fat le premier a
trait que je donne est tire de la version en anglais mo-
employer les chevaliers roman's dans des offices jut-
derns que j'ai essayee dans mon Ilistoire du vieil an-
que-la toujours remplis par des affranchis ; mais le
ylais (Old English history)...
systeme no rut completement etabli gal l'epoque
(21 -53) L'histoire do la clientele chez
d'A-
les Romains est
drien.
encore un de ces points sur lesquels la legende, l'histoire
(24-57) Les deux mots hlaford et himfdige (lord et lady
et la science ingenieuse des moderues arrivent exacte-
sont ties-cmharrassants pour ce qui est de l'originc de
ment a la memo conclusion, en ce qui concerne du
la derriere syllabe. 11 suflit a. mon dessein qu'on m'ac-
moins notre objet actuel. Que les clients fussent ou
conic le rapport de la premiere syllabe
non la plebs, de touts facon les patriciens n'entraient ja-
avec hldf. Touter
differentes que soient l'origine clu mot salon et Celle du
mais dans la clientele, et ce fait a lui seul acheve le
mot latin, hlaford traduit toujours dominus. I.e francais
contraste avec les institutions teutoniques.
seigneur, et ses formes correspondantes en italien et en
(22-54) Le titre de Dominus, impliquant l'idee de mai-
espagnol, viennent du lathu senior, et servent d'equiva-
tre d'esclaves, ful toujours refuse par les premiers
tent iudominus. C'est la un de ces mots en nombre con-
empereurs. Suetone et Dion le racontent d'Augusle, et
siderable qui repondent it notre EaNorman.
plus positivement encore de Tibere. Tibere refusa aussi
le titre d'Imperator, autrement que dans le sens
(25-38) Ce sujet est traite Lout au long dans PalgraNe,
rigou-
Republique anglaise (English Commonwealth), an premier
reusement militaire : mute iap SacmOrr,v ktr.-t,,, 'Ca; i.),EueiFt;
volume.
cE11-.E. Gentapciropoc ifAip Td; OTpal-t6Txt;
Aurelius
(26-63) Barbour, Bruce :
Victor (Cass., XXXIV, 4), dit que GaIus fut appele Domi-
nus, et eels ne fait pas doute pour Domitien. Pline dans
,, A : fredome is A noble thing! »
ses lettres donne constarnment a Trajan le titre de Do-
Herodote longtemps auparavant await (lit aussi :
minus ; et ccpendant dans son Panegyrique, ii marque
64 jar: z;iip.% onouaiiov.
hien la distinction : « Scis, ut sunt diversa natura domi-
natio et principatus, ita DOD aliis esse principemgratiorem
(Nam qui maxime dominum graventur. » (Vous le sa-
vez, si la nature a profondement sépare le pouvoir du
maitre et celui du prince, le prince est surtoul agrea-
ble a ceux qui ne peuvent supporter le maitre). Voila
qui denote, sous Trajan, un retour aux sentiments et
aux coutumes des temps anterieurs. L'usage dèfinitif
et formel de ce titre semble s'etre etabli avec l'intro-

NOTES.
183
affaire propre, Hs veilleront ;Piet. plus de coin, et sau-
rout trouver ce qui assure la paix).
(2) Sur le renouvellement des lois d'Edouard par
GIIAPITR.F, II
Guillaume, voir la Conqu4te normande, au quatrierne vo-
lume, et les Documents de Stubbs. 11 faut noter que les
lois d'r.douard furent encore confirmees par Henri lei,
( I) Vans le grand ma iifeste poetique clu parti patriole
et, comme la. Grande Cherie est sortie de cello d'Henti 1
sous Henri 111 (a), imprime, clans le recucil des Chaats
proposes par l'archeveque Rtienne Langton en 121 3, la
politigucs de l'Angleterre de Wright (Wright's Political
filiation de la Charte remontant aux lois d'Edouard est
Loys of England (Camden Society, 1839), it seinble qu'on
tres-simple. Void les expressions du prima.t qui (lit posi-
ne demande d'aucune maniere de nouvelles lois, qu'on
tivement gull a fait juror au roi Jean de renouveler lee
reclame seulement la promulgation et l'observation des
lois d'Edouard : « AudistiS quomodo, tempore quo spud
anciennes. Void en en tier lc passage que • el choisi pour
Wintoniam regain absolvi, ipsum jurare compulerim,
devise :
good leges iniquas destrueret et leges bones, videlicet
leges Eadwardi, revocarel et in regno faceret ab omni-
communit as regni consulatur ;
bus observari. » 11 fact se rappeler que cette expression,
Et quid uni • ersitas sentiat sciatur,
les lois d'Edouard, ou les lois de u'importc qua mitre
Cui leges proprite maxima stint none.
Nee euneti prorineite sic emit idicite,
roi, ne signifie pas reellement tin code de lois compose
Quin sciant plus calteris regni sui mores,
par ce roi, antis simplement la maniere dont on appli-
Quos relinquant posteris hi qui stint. priore5.
quail la loi, et la condition politique generale sous le
Qui reguntur legibus magic ipsas seiant ;
regne de cc roi. Voila tout cc qu'on roulail dire en par-
Quorum cunt in usibus plus periti Punt ;
lent de faire revivre les lois d'Edouard au temps de
Et pia res agitur sue, plus eurabunt,
Guillaume. On entendait simpleinent que Guillaume de-
Et quo pax adquiritur sibi proeurabunt. ))
vait gouverner comme Sec predecesseursanglais evident
(Ainsi, que ion consults la communaute, et qu'on se-
gouverne avant lui. Ccpendant, du temps du roi Jean,
am cc (pre pause l'universalite des citoyens, qui eon nail
it west pas doutcux qu'on nail commence a. considere•
par excellence les lois qui lui conviennent. Le peuple
Edouard, recemment canonise, comme tin legislateur,
entier nest pus tenement ignorant qu'il heroic mieux
et a s'imaginer y avail reellement tin code com-
que personne les coutumcs de l'Elat dignes d'etre trans -
pose de see lois et qu'iI lallait mettre en vigucur.
mises aux generations suivantes par cellos qui prece-
Sur les diverses confirmations de la Grande Charte,
dent. Ceux qui font les lois qui les regissent, les corn-
voyez Hallam, Moyen age.
prennent micux ; (Tux qui les expliquent en prow leo I
(:3) Macaulay : «Lorsqu'on leur dit n'y avail aucun
tine plus grande experience ; cornme it s'agit de leur
precedent pour declarer le t •eme vacant, ifs allerent
chercher dans les archives de la Tom . un rouleau de
(a) A l't!tpoque
pa•tment enrage („tad pwliament), comma
parchemin, vieux de pros de trois cents ens, stir lequel,
l'appelaient les royalisies.
en bizarres caracteres et en latin barbare, it &ail con-

NOTES.
181
NO'tES.
mais employe avant le quinzieme siecle. 11 pent conven ir
quelquefois, mais nest pits reellement unc des
a..011
ignation
signs que les etas du royaume avaicnt declare vacant
lc trine d'un perfide et tyrannique Plantagenet.
exacte, comme les mots do Tudor et de Stuart, tons clew
4-7 )
veritables surnoms, portes par les deux families avant
. Je soupconne que dans toutes les anciennes
qu'elles arrivassent au trOne. Dans les almanac:11s, les.
assemblees, et non pas dans cello de Sparte seule-
ment,
Angevins sont appeles : la ligne saxonne restauree »,
(3.sr; 41,:9(:). Nous avons un reste de
cette coutume dans le cri de
qualification qui donne une idle fausse, Wen qu'on no
« Aye » et « No », dont
puisse douter qu'Henri II ne comprit parfaitement les
le vote actuel est un pus souvenir, exactement comme
avantages pourrait retirer de sa clescendance OW-
la division ordonnee par StlienelaIdas quand it declara
gnee par les femme des robs de la vieille Anglelerre.
qu'il ne savait pas clans quel sells etait l'acclamation (a).
5-1(-1)
Le point important a Wen noter, c'est que l'avenement
d'Henri est le commencement (rune dynastic; dislincte
« Nunquam libertas gratior exstat
qu'on ne pourrait appeler ni norrnande, ni anglaise
Qum sub rege pio. »
d'aucune maniere, meme la plus indirecte.
(CIALVIEN, 11, Cons. Slit. 114.)
8-22) Je n'ai souvenir de rien dans aucun des histo-
diens de l'epoque d'Henri II qui vienne it l'appui des
A-17) Macaulay : « L'Angleterre doit d'ooir elite
idees populaires sur les « Normands et les Saxons '•,
de telles calandtds a un evenement que les historians
consideres corn me des parties distinctes et hostiles de
out gêneralement represents comma desastreux. Son
la nation... (a). La position particuliére d'Ilenri II etait
interet dtait si directement oppose h celni de ses chefs
quelque chose comme colic de 1'empercur Charles-
qu'elle n'avait rien a espérer que do lours faults et
Quint, colic d'un prince regnant sun un grand nombre
de kilns malheurs. Les talents et mime les vertus de
&Etats distinets, sans etre idenlifie pour la nationalite
ses six premiers rois francais fureut une malediction
avec aucun d'eux. Henri gouvernait l'Anglete,rre., la
pour elle. Les folios et les vices dn. septieme la sauve-
Normandie et l'Aquitaine, mais n'etait ni Anglais, ni
rent... »
Normand ni Gascon
(7-21) On dit generalement, en parlant de la, famille
(9-23) Du moins la plus gunk partie, la partie con -
angevine, les Platitagenets ; mais ce surnom ne rut ja•
Linentale du duche. La portion insulaire. de la Norman-
die comprenant les Iles de la Manche, ne Litt pas perdue,
(/) Le lecteur none saura, pent-etre gre de lui rappeler le
el reste encore attachee it la couronne d'Angleterre,
fait : it est intilressant. L'ephore Sthenelaidas, contrairement
non pas it est vrai comme partie in tegrante du Itoyaume
h l'avis plus mesnre du roi Archidamos, avait propose, en
quciques mots energiques, qu'on declarat immediatement la
perm a _],thanes. Ce devait etre celle qui est restde si celebre
sous le nom de guerre du Peloponnese. Presse d'en finir et de
(a) La dernii.a.e grande conspiration saxonne ne datait pour-
proliter, seance tenante, de l'immense emotion quit avait pro-
taut pas de loin. En I 137 , on devait, i jour fixe, massacrer tons
duite, it feignit, en effet, de n'avoir pas compris si le cri do
les Normands du royannze.
l'assemblee etait favorable ott contraire a sa motion, et de-
(6) Peut-etre convient-il de rappeler que sa mere etait la Bile
manda quo ceux qui voulaient la guerre passassent d'un cae,
de la Saxonne Ed:the, du sang de Cerdic.
ceux qui preferaient l'atermoiement„de l'autre. On salt le
resultat.

180
NOTES.
NOTES.
487
lini, t»ais comme dependance separee. Voyez la Cm-
L'une des constitutions de Clarendon &An-
q11.41.e normande, au premier volume.
dait qu'on ordonnilt les vilains sans le consentement
(10-27j 11 fact se rappeler que les int:muffles clerica-
de lour seigneur... Dans les principes de la loi feadale,
les reclamees a cello epoque n'etaient en aucuno ma-
on ne pent rien dire centre cello lei, le seigneur ayant
niere restreintes a cc que nous appellerions aujourd'hui
sur le vilain un droll de propriete qu'il at perdu par.
le clerge, mais s'elendaient aussi it cello classe conside-
son ordination. Celle prohibition est rappelee. dans
rable de personnes qui teindent de petits offices cede-
quelques ra ys curieux du plus ancien biographe de
siastiques, sans etre entrees, comme nous dirions, dans
Thomas Becket, Garnier de Pont-Sainte-Maxence (la Vie
les saints ordres. L'lg]isc pretendait aussi a la juridic-
de saint Thomas le nun Paris, 1859, p. af-
lion dans les causes on eta lent intóresses les veuves et
firme energiquement l'egalite (In gentilhornme et du
les orphelins, et dans les cas varies oft intervenaient
vilain devant Dieu :
des questions de parjare, de manque de foi et autres
pareilles. Ainsi Jean, eveque de Poitiers, Ocrit a Thomas
« Fits h vilains ne fast eu nut liu ordenez
Becket pour se plaindre que les officiers du roi Pont em-
Sanz l'otrei sun seigneur de eta term fl
peche d'entendre les causes des veuves et des orphelins,
El dens a sun servise ins a tuz apeiez!
Mietz y ak filz h
gni est preux et senez,
et de juger en matinee d'usure... Voila qui donne tine si-
Qui no foil gentilz hum failliz et debutez.
gnification toute particuliere aux acclamations qui ac-
eueillirent Thomas Becket, b. son velour, comme « le pare
()mint a Thomas Becket, it n'etait pas fits de vilain,
des orphelins et le juge des veuves » « Videres mox
mais son origiuc dull assez humble pour que le roi pal
pauperum turbarn qute convenerat in occursurn, hos
le loonier en ridicule comme « plebeius quidam cle-
succinctos ut prcevenirent et patrem suum applicantem
ricuS.
exciperent, et benedictionem pNeriperent, alias verb
(12 30 ) Nous comme: loin de volr une facile dans un
hum i se humili ter prosternentes, ejulantes hos, ploran tes
choix comme celui &Etienne Langton; encore est-il vrai
illos prce gaucho, et omnes conciamantes: Benedictus
que son election forcee sur l'ordre d'Innocent fat
qui venit in nomine Domini, paler orphanornm et index
atteinte evidente aux (trolls du roi, du ,convent de
viduarurn ! et panperes quidem .sic. (On tilt pu voir
Christ-Church et de la nation anglaise en general...
bientOt la. foule des pauvres se presser a sa rencontre,
(f3-32) 11 y a un traile particulier sur les miracles
les uns s'elanc;ant pourprendre les devants, recevoir lour
de Simon de Montfort, imprime avec la chronique de
pare au moment creme cit it aborderait, et Importer les
Rishanger par la Societe Camden, 18i0.
premiers sa benediction ; les autres se prosternant
04-3.1) Colic leave, adressee en 12i:7 au page Intw-
humblement a terre, ceux-ci g6missant, coax-la plea-
cent. IV, se trouve dans Mathieu-Paris. Elle est ecrite
rant de joie, tons s'acriant ensemble : « Beni celui qui
au nom de « universitas cieri et.populi per provinciarn
lent au nom du Seigneur, le Ore des orphelins et le
Cantuariensern constituli, » el elle se termine ainsi :
juge des veuves! Voila contrite le recurent les pauvres. »
qui t communitas nostril sigillum non babel, prcesen-
(Giles, lie de saint Thomqs.) Voir pour plus de details
tes litteras signo communitatis eivitatis Londinensis
Ines Essais .histo•ifiws.
Vestrte sanclitali mil timus consignatas »...

185
NOTES.
NOTES.
i 89
(15.35) L'autcur des Gestes d'Etienne attribue positi-
n
la tete, le corps criblês de blessures ; la virilite man-
ement l'election d'Etienne aux citovens de Londres...
lee. Sois notre intercesseur aupres de Dieu, toi qui etais
.‘insi encore, quand le legal Henri, eque do Win-
notre defenseur sir la terre.)
chester, tint un conseil pour ]'election de Femperesse
Extrait d'un poeme en francais :
Mathilde, les citoyens de 1.ondres furent convoques, et it
est dit tres-clairement gulls avaient le rang de nobles
« -lies par sa mort, le cuens Mountfort conquist la victoria,
ou barons : « Londonienses (qui sunt quasi oplimates,
Come ly martyr de Caunterbyr, finist sa vie;
pro magnitudine civitatis, in Anglia). » « Londonienses
Ne voleit pas li bon Thomas qc perist seinte Eglise.
qui pmcipui habebatitur in Anglia, sicut proceres. » Tout
Le cuens auxi se combati, e monist sauntz feyntise.
cela rappelle exactement les anciennes elections des
Ore est ocys la Slur de psis, qe taunt savoit de guerre,
rois avant la conquete.
Ly quells Montfort, sa (lure mart molt emplorra la terra.
(16-37) Ces premieres traces de representation panic -
mentaire out Old soigneusement relevees par Hallam,
« Sire Simoun ly prodhom, e sa compagnie,
Mayen dye.) On pout encore les suivre plus exactement
En joie vont en ciel amount, en pardurable vie. »... (a).
dans l'ouvrage du professeur Stubbs...
(17-43) Void un khan tillon des poesies ou Ion pleura
(18-41) Pour la convocation accidentelle et irregulière
la- 'Dort du comte Simon en demandent son interces-
des membres des bourgs entre 1265 et 1295, voir Hal-
sion :
lam (Moyen age), et mieux encore les Chartes ehoisies
Salve, Symon Mantis fortis,
Stubbs, out le developpement gradual de la representa-
Totius tlos
tion parlementaire est traits, comma ilne l'a jamais ("AO
Durus pcenas passus mortis,
jusqu'ici, avec ]'indication la plus complete de toutes les
Protector gentis Annie.
autorites. Les termes dans lesquels les chroniques par-
Stint de sanctis inaudita
lent de la constitution des anciens parlements d'E-
Cunctis passus in hac vita,
douardsont aussi vagues qua ceux qui decrivent nos nit-
Quemquam passum Una:
Manus, pedes, amputari,
tiques Gemots... Mais dans une derniere assembles, qui
Caput, corpus, vulnerari,
se tint en 1273, avant qu'Edouard fUt rentre en An-
Abscidi
gleterre, les annales de Winchester nous expliquent
Sis pro nobis intercessor
comment « convenerunt archiepiscopi et episcopi, co-
.tpnd Deum, qui defensor
mites et barones, et de quolibet eomitatu quatuor milites
In terris exstiteras. »
et de qualibet eivitate quatuor. » Le fait ici rappelê et la
(Chants putil iq nes
(a) Le comte de Leicester (fils puini, comma on sait, de
Simon de Montfort, flour de noire armee,
notre fameux eomte de Montfort) fit tenement estim6 dans son
time intrepide dans le cruel supplice de to moat, protec-
pays natal quit. la mart de Blanche de Castille et en ]'absence
tour du people anglais ! On n'a pas out dire qua, parmi
de saint Louis, la noblesse francaise ne voulut offrir la regence
personae attire avant lui. 1:11 fait quo passe sous silence l'au-
tons les saints qui out souffert dans cette vie, aucun
tour, c'est qu'it son Parlement de ;265, it n'appela qu'une
jamais subi un Mel martyre : les mains. les plods coupes ;
parse des pairs temporels, violant ainsi la Grande. Charte.

190
NOTES.
NOTES.
191
convocation au Parlement de 1285, qui siegea pour juger
lui convient le micux. Mais on la constitution est fe-
David le Gallois (a), paraissent les deux exemples les
derate, comma en Suisse ou aux Etats-Unis, les deux
plus clairs d'une representation des bourgs anterieure
chambres sont absolument necessaires. Les deux son-
a 1295, epoque oil cite devint la regle.
verainetes, cello de la nation enliCre et colic des Etats
(19-48) Le grand statut de lose-majeste du regne
independants el egaux qui se soul renn is pour la former,.
d'Edouard Ill protege la vie du roi, de sa femme et de
ne peuvent etre vraiment representees quo existe
son fits nine, et l'honneur de sa femme, de sa fille ainee
deux chambres, l'une, la National •ath ou chambre des
et de la femme de son fits aine; mais le privilege per-
represenlants, qui represente directement la nation, en
sonnel ne s'elend pas plus loin. Comme la loi anglaise
taut quo nation ; l'autre, le Ständerath on senal, qui re-
ne commit pas d'autre classe d'hommes qua les pairs
presente la souverainete individuelle des cantons. Dans
les roturiers, it s'ensuit quo les plus jeunes enfants du
la discussion sur la revision de la constitution federate
roi — Paine nail due de Cornouaiiles — sont, a stricte-
suisse, une proposition faite clans la 14-ationatrath pour
meld, parlor, des roturiers, a moins qu'ils n'aienl (de
l'abotition du Standerath a de repoussee a une grande
portes expresscment a In pairie. Je ne sais pas si le cas
niajori IC.
s'est jamais presentö, mais je ne vois pas que rien
(22-55) « Les deux chambres s'étaient violeniment
empeche un fits de roi, n'Otant pas pair, de prendre
querellees, en 1675, ix l'occasion de la. juridietion (Pup-
part a une election, ni d'etre nomme it la Chambre des
pet des lords; elles s'etaient querellees avec non moins
communes, et je trouverais tout 'laurel quo, s'il corn-
d'animosite, en 1701, pour la juridiclion des commu-
mettait un crime, it kit traduit decant un jury
nes; it propos d'élect ions, avec violence encore, en 1770,
(20-50) Sur ee grave changement constitulionnel, qui
comme on insistait pour l'exclusion des strangers.
eut lieu en 1064, sans acte du Parlement et par une
Mais sur les mesures generates de politique nationals,
simple convention verbale entre Parcheveque Sheldon
leers dissentiments avaient eta races et sans impor-
et le lord chaneetier Clarendon, voir Hallam, au second
lance (a). » (Histoire coastitutionnelle do May, premier
volume de l'Histoire eonstitutionnelle.
volume.) L'ecrivain poursuit en montrant pourquoi les
(21-52) La question des deux Chambres dans une mo-
differends entre les deux chambres stir les points int-
narchie et une republique orclinaires est tout a fait dif-
porlants soul devenus moins communs dans les temps
ferente de la indme question dans un eta' federalif. En
tout remits.
Angleterre ou en France, quo la legislature se compose
(23 . 56) II est h, peine necessaire d'insister sur la part
d'une chambre ou de deux, c'est la une question on la
legislature elle-meme n'a quit choisir l'alternative
((.6 Un example curieux se rapporte a Fan 1558. La Chambre
basso se plaignit vivement de cc que la Chambre haute lui
avail fait retneure ses amendments a un projet de loi, trans-
0) La sentence des comics et barons assembles fut horrible
uits sans aremonie sur simple papier, et non, comma it cut
et executee dans touts son horreur. C'est depuis is supplice
convent', sur parchemin.
du dernier des antiques souverains condanme comma
On sait que ht separation definitive des deux Chambres eut
train.° pour avoir defendu rindependance de son pays, que
lien sons Richard 11, en 1371. Cast cello at/nee-lb, mettle qua
l'heritier presomptif de la couronne d'Angleterre porte le titre
la Chambre des communes eut son premier speaker, to cheva-
do Prince do Galles.
lier Pierre de la More.

192
NOTES.
NOTES.
193
que prenait le Witan a la nomination des eveques, Eal-
actes du roi, l'ordre du prince ayant force de loi, et cc
dormen et autres grands officiers... Le morceau le plus
qu'il comrnandait a son gre les obligeant tous.)
curicui oft it en soil question est. le grand manifeste
(21-57) Par exemple, l'acte vote apres la victoire d'E-
poetique qua j'ai déjà cite plusieurs lois. Ou t y presente
donard IV a Towton. Entre autres choses, le mallieureux
comme an des torts a la charge d'Heuri III Iu prêten-
Henri VI est non-seulement fictri cornme usurpateur, •
Don qu'il elevait de se reserver la nomination aux
mais it est accuse d'avoir excite personnellement clans
grander charges de ITtat. Le passage est long, mais
le Nord le soulevement qui amena la bataille de Wake-
tact tout a fait la peine (peon le cite en miler :
field et la mart de Richard d'York...
(25-58) Cc slatut passa sous Henri VI... Les reproches
a Rex cum suis voluit ita libe • esse;
qu'il expritne meritent d'être notes, et montrent bleu
Et sic ease debuir, fuitque necesse
Ant esse
les tendances reactionnaires de l'epoque... L'original
desineret rex, privatus jure
Regis, nisi faceret quidq aid relict; cum
francais want la peine d'être rapporté :
Non esse magnatibus regal quos imeferret
« Item come lez elections dez chivalers des countees
Suis comitatibus, wet quibus con ferret
esluz a venir as parlements du roi en plusours countees
eastrortnn custodiam, vet quern exhibere
Dengletcrre, ore tarde ount 'este faitz par trop gra.unde et
I'opulo justitiam wallet, et Where
excessive nombre dez gents demurrantz deinz mesmes
Regni cancellarium thesaurariumq ue.
les countes, dount la greindre partie estoit par gentz
Sunni ad arbitrium voluit quemclunque,
ninon de petit avoir on de null vain, daunt chescun pre-
Et consiliarios de quacumque gente,
tende davoir voice equivalent quant a tielx elections
Et ministros varios se przecipiente,
faire ova les plius valantz chivalers ou esquiers de-
Non intromittentibus se de Lois regis
Anglia baronibus, vim habente legis
murrantz deins mesmes les countes ; dount homicides
Principis imperio, et quod imperaret
riotes bateries et devisions entre les gentiles et ;nitres
Suomet arbitrio singulos ligaret. »
gentz de rnesmes les countees verisemblablement sour-
dronl et seront, si covenable remcdie ne soil purveu en
(Le roi voulut etre libre ainsi Vis-à-vis de ses sujets ;
cello partie : Notre seigneur le Roy considerant les pre-
et it falba gull le fat en effet ; it fallut on
cessilt
misses ad pourveu el ordene, etc... »
d'etre roi, prive du droit de repel., on fit tout cc

Tout document de ce genre ports temoignage de
qu'il lui plairait. Les grands du royaume ne devaient
l'accroisseinent du pouvoir des communes, et des efforts
plus s'inquieter de max qu'il inettrait a la tete de
du peuple pour quo sa representation devint recllement
sa suite, on a qui ii confierait le commandement des
populaire.
arrnees. on (1:3 celui lui conviendrait de charger de
(26-59) Voici, par exemple, continent le chroniqueur
rendre la justice an peuple et de prendre pour char,-
Hall raconte l'elettion d'Edonard IV :
celier et tresorier du royaume. 11 voulut nommer cha-
Soudain lc lord Fawconbridge... demanda aux

can suivant son bon plaisir, choisir soul dans n'importe
citovens assembles s'ils voulaient garder le roi Henri
queue gent ses conseillers et ses differents ministres, et
pour les gouverueretregner doren avant sur eux; a quoi,
ne permit pas aux barons anglais d'intervenir dans les
d'une seule V0iX, its repondirent : Non, non. Alors illeur

1
194
NOTES.
NOTES.
193
de.manda s'ils voulaient servir el aim e p
cormaissance du Domesday (a). Rion ne pent denoter
ic com te de March,
et ltd. obeir comme alma' prince temporal et lord sou-
une plus profonde ignorance du veritable caractere de
verain. Its repondirent cette foil : OM, oui, criant :_Le
cet homme et de son temps, que de se figurer Guillaume
roi Edouard, avec force acclamations et battements de
comma n'elant Tien qu'un « grossier soldat e 1.ainsi quo
mains... Le lendemain le comte, de March &ail proclame
je l'ai souvent entendu appeler.
roi par toute la ville sons le nom d'Eclouard IV. »
(29-64) Sur la veritable maniere d'envisager lc regne
(27-61) Macaulay : « I.e chevalier du comte.fut le trait-
de Henri VIII, j'ai cut quelque chose dans le Fortnightly
d'union entre le baron et le marchand. Sur les memes
Review, septembre 1871.
banes air venaient s'asseoir l'orfevre, le drapier, Pepi-
(30-65) Ces de.ux. formes d'influence iildgale exeméc,
cier, envoyes au Parlement par les lilies de commerce,
par la couronne sont expliquees par Hallam, dans son
s'asseyaient aussi des membres qui, dans tout autre
Histoire constitution:wile, au premier volume.:.
pays, aura.ient en le titre de nobles, les seigneurs here-
(31-66) Je no sais pas quel &alt. au juste Few d'Old
ditaires de manoirs, avant droll a te.nir des tours de
Sarum en 1265 ou en .1205; mais, pea de temps avant la
justice et a porter la cotta d'armes, el pouvant remonter
premiere date, c'etait encore la principale residence en
a la plus honorable origine a (ravers plusicurs geara-
memo temps du comic et de revalue.. Cependant, sous
lions. Quelques-uns d'entre eux etaient les plus jeunes
le regne d'tdonard llf, it dish si fort dechu qua on em-
Ills et les freres de grands lords. D'autres pouvaient
ployaiL les pierces de la cathedrale pour achevcr le non-
s'enorgueillir rneme d'un sang royal. A la fin, le ills
vel edifice qui s'eleva.it dans la plainc.
aloe (Pun comic de Bedford, designe courtoisement
(32-67) Pour les relations d'Elisabeth avec son panic-
par lc second litre de son pert, an prasenla comma can-
ment, el specialement pour ]a conduits handle des deux
didat pour un siege a la Chambre des communes, et
Wentworth, Pierre el Paul, voir le cinquierne chapitre
son exemple tut suivi par d'autres. Siegeant dans cello
de l'Histoire constitutionnelle d'Hallarn, amplement con-
chambre, les heritiers des grands du royaume derma-
firme par lc journal de sir Simonds d'Ewes... (b).
rent naturellement aussi jaloux de ses privileges, que le
plus humble des bourgeois auxquels its &aim( melds.
(a) II ne Nut pas oublier ne prit meme possession de
l'Anglelerre qu'on qualite d'ayant droit du roi des Saxons. On
Hallam fait la remarque qua c'est sous le regne d'E-
ne pouvait certainement pousser plus loin le respect de la
douard IV qu'on renco»lre les premiers membres d'un
if:pate.
hourg portant le titre d'ecuyers, et it cite les leaves de
((,) Les horns de Pierre et de Paul Wentworth (peat-etre les
deux freres) Wont pas obtenu la celebrice quits meritaient. On
Poston comme preuve de l'importa.nce, qu'avait des lors
a souvent cite l'dlan unique d'independance de Francois Bacon
un siege au parletnent, et aussi des influences
dans la session de 1593; on n'aura jamais assez lone la noble
times dejit miles en usage pour poser sur les electeurs.
constance des Wentworth, de Pierre surtout, le plus conna.
Depuis Pepoque l'aufhenticite des letlres de
Celai-ci ne cessa do defendre pendant trente ans, avec autant
Paston a did mice en doute, mais aussi, je crois, suffi-
do fermete qua de sons et do mesure, moire les Communes
elles-memes et au risque de sa personae, la liberte do la re-
samment etablie. Il y en a de vraiment curieuses-
presentation nationale en face do l'altittre et toute-puissance
(28-63) Le caractere 16 ,91.
despotisme de Guil-
Elisabeth. C'est lui qui, en 1575, comme Manuel chez nous,
laume — est evident pour quiconque a la plus legere
en 1823, pour avoir fait dans la Chambre an appal energiquo

It3
NOTES.
(33-68) Pour les relations de la couroune et de la
Chambre des communes sous Jacques fer, voir entre
autres le sixieme oltapitre d'ffallam, Ilistoire constitu-
tionnelle. •
GHAPITRE
ses privileges, flit interrompu brutalement et arretd par l'ordre
de la Chambre memo. On l'envoya it la Tour, on it retourna en-
core plus tard, sans jamais se departir de sa fiere et calme
intrepidite.
C'est la celebre motion de sir Robert Peel contre
Dans le siecle suivant, un Pierre Wentworth encore,
le ministere de lord Melbourne, adoptee a la majorite
membre
du Long Parlement. eut le courage de resister t1 Cromwell et
a Lambert.
dune voix, le join Voir entre autres llistoire
eonstitutionnelle
de May, all premier volume...
(21 Resta naturellement au tninistOre le droit d'en
appeler au pays par la dissolution clu Parlement. Seule-
merit si le nouveau Parlement se declare aussi contre
lui, it est evident. qu'il n'a pills rim it faire qu'a se reti-
rer. En 1841, lord Melbourne fit prononcer la dissolu-
tion, et, a la rentree du. nouveau Parlement, un amen-
dement a l'adresse fut adopts par une majorite de 91
voix, le 28 aodi l S41. Les ministres se retireren (a).
(3) On y erra corn hien est recent l'atablissement de ces
principes en etudiant l'histoire du refine de George Ill
dans l'ouvrage de sir T.-E. May. M. Pitt, comme on le
sait, resin au ministere malgrd les votes répetes de in
Chant bre des communes, et it la tin, par une dissolution
un moment bien montra que le pays aril avec
lui. Celle cohduite no paraitrait pas constautionnelle
maintenant, mais it ne taut pas perdre de vue l'irn-
mouse difference qu'il y a entre la Chambre des com-
munes d'alors ct cello d'aujourd'hui.
Quoique l'ordre du souverain ne puisse dire une
excuse pour WI ac.te illegal, et qua les ministres qui
artraient conseille cot note en soient personnellement
Et la reins dui congedier celles des dames de la cham-
bre h coucher qui inquietaieut le nouveau cabinet. C'est
Led eliangier question qui tit tout _ce bruit : trait Bien curieux
tin parlementarisme anglak.

198
NOTES
NOTES.
499
responsables, it sem hie cependant qu'on wait clierche an-
lion s'ensuivit entre N. Walpole et lord John Russell
ent) woven d'en punir le souveraiu lui-memo. On pent
stir la nature de la responsabilite ministerielle. M. Wal-
done dire qua le souverain est personnenement irres-
pole dit « (pie, si grave que fat l'opinion do certains
ponsable.
membres sur la responsabilite cede
(I) Voir Macaulay. On ne dolt pas cddier que des
responsabilite n'existe qu'en vertu de la charge qua
ecrivains comme Blackstone et de Lolme no disent
detient un ministre, ou pent-etre par le fait qu'il est •
du cabinet...
conseiller prime. 1.7n ministre esl responsahle des tides
(6) La position inferieure en apparence de l'assemblae
dont it est l'auteur; nil conseiller prime de l'avis qu'il
qui gouverne en realite parait clans tine certaine me-
a donne en cafe quanta. Jusqu'au rogue de Charles lf,
sure a I'ouverture de chaque session ; mail elle Otait
les conseillers prives signaient toujours l'avis gulls
hien plus accusee dans le ceremonial grotesque, et pre-
donnaient ; et jusqu'it cc jour le cabinet West pas MI
bablement tombs en desuetude, d'une conference' des
corps reconnu par la loi. Comme conseiller l u te
deux chambres. L'exemple le plus Curicux en ek la con-
personne encourt pea ou pas du tout de responsabilite
ference tenue enfre les deux chambres de la Convention
pour les acles qu'ellc a conseilles, en raison de la diffi-
en 1688. Voir Macaulay.
culla de la preuve. » Lord John Russell « demanda a la
(7-,S) « Les ministres, » ou « Ic ministere, » etaient les
Chambre de reflachir avant de donner son assentiment
seals termer usites a l'epoque du bill de Mamie, en
aux doctrines constitutionnelles avancees par M. Wal-
1831-1832. 11 serail interessant de savoir it quel mo-
pole. Il restreignait indiunent la responsabilite des
ment la locution acluelle rut wise en vogue, soft dans les
ministres... « restime, D continua lord John, « que cc
debals du Parlemenl, soil dans la Janne usuelle.
nest pas
realite pour l'affaire quo le ministre con-
en
(8-9) En fevrier 1
M. Cayley fit colic motion :
cha en accomplissant les devoirs parliculiers dc sa
line commission speciale examinera quels son t les de-
charge, mais Bien pour un axis quit a donne et qu'on
voirs du membre qui conduit les alfaires du gouverrie-
petit lc convaincre, !levant tin comite de cello Chamh•e
went dans colic Chambre, et conviendrait de faire
ou a la Barre de la Chambre des lords, d'avoir donne
do ces fonctions ime charge officielle as cc traitemen
en cffet, gull est responsable, et qu'il encourt les pe-
»
I.a motion fat retiree, apres avoir eta ccinbattue par
'tallies qui peuvent rêsulter de la mise en accusa-
sir Charles Wood
tion.
(alljOUril . 11
i•omte Halifax), M. Wal-
o
pole, et lord John Russell (a.ujourd'hui conite Russell:).
11 est evident que M. Walpole et lord Russel parlaient
Sir Charles Wood representa Ic poste de
ici tons deux de la s raic responsabilite legate, de cede
leader de la
Chambre corn
responsabilite qui pout etre sanctionnee par tine miss
c< tin office qui n'existe pas et clout les
devoirs ne peuvent etre dank. ), M. Walpole en parla
en accusation ou par toute autre procedure legate, et non
comme dune position totalenient inconnue a la con-
pas de l'espece plus vague de responsabilite qiCon en lend
stitution do pays. » Cependant je presume quo chacim
communernent quand on pane de ministres qui soul
savait en fait que lord John Russell &ait
« responsables levant. la Chambre des communes. »
leader de la
Chiunbre des communes, hien que personne ne
Celle-ci est sanctionnee, non par tine procedure legal°,
donner une definition legate de sa position. Cue discus-
mais par des motions du genre de cello de sir Robert

200
NOTES
Peel, en I 841 , 'on de celle du marquis de Hartington,
NOTES.
10 1
juin 18A... (a).
royaume : « concesserunt unanimiter ut Dux przufalus
9-11) Pour le developpernent de la theorie des juristes
super eos regnaret= » : On pourrait diffieilement trouver
stir la prerogative royale, et le (Want absolu de rai-
tut exemple plus frappant de deposition et d'election.
sons historiques a l'appui, je dois renvoyer une f'ois
sauf que, dans les termer que j'ai mis ert italiques,
pour toute a la discussion d'Allen dans son ouvrage :
semble y avoir tine sorte de preoccupation inquiete de
l'Origine et le ddveloppemnt de la prerogative royale en
suppleer, par lade de deposition, a un &taut possible
Anglelerre (Allen's Inquiry into the Rise and Growth of
dans rabdication probablement forcee du roi.
the Royal Prerogative in England).
La narralion francaise par un partisan de Richard
• n-I3) On trouvera l'histoire de cette memorable re-
(Lystoire de la (raison et mart du roy Richart Dengle-
\\ (lotion dans Lingard, au troisième volume. Hallam l'a
terrej donne, a quelques egards, tin reeit different.
etudiee au point de cue constitutionnel dans son Mayen
L'assemblee est appelee Parlement, et l'on fait asseoir
age, deuxieme volume. Hallam fail la remarque que
tout de suite le due de Laneastre stir le trOne. Mors sir
a dans cette revolution de 1399, on montra une preoc-
Thomas Percy « cria : Veez Henry de Lencastre roy
cupation, aussi remarquable des formalites de la consti-
Dengleterre ! Adonc crierent toils les seigneurs prelaz
tution, en egard aux hornmes et aux temps, que dans
et le commit de Londres, ouy, ouy nous voulons que
cello de 1688 a... Dans Facie de deposition, on a enre-
Henry due de Lencastre soil nostre roy et nul antra. »
gistre. l'abdication de Richard, aussi bier que ses crimes
Quant aux mots « le commun de Londres, » d'autres
particuliers et son incapacite generale de gouverner, le
lisent « le commun », « le commun I)engleterre et de
tout rassemble et classe comme autant de motifs de sa
Londres », et « tout le commun et conseil de Londres
deposition. La formula de deposition est concue en ces
(11- II) Il taut se rappeler que Charles Ier ne tut pas
term es : « Propter proemissa, et eorum prretextu, ab omni
depose, mais execute sans avoir cesse d'être roi ; on
digni tate el honore regiis, si quid dignitatis et honoris
l'appela roi dans l'accusation, dans lc jugetnent et dans
jusmodi in co remanserit, merito deponendum pronun-
Fordre de decapitation.
ciamus, decernimus, et declaramus ; et cam simili
(12-21) Monk souleva cette question en 1660. Voyez
cautela deponimus. » Pius le trove est declare vacant...
Henri fait connaitre alors ses pretentious, exposant cat
gar(1(1.
(13-16) Lingard fail remarquer qu'a ce moment meme
Orange amalgame de titres que commentent la plupart
« it n'y await pas de con y pour influencer, pas d'in-
des recits de l'evénement; et les Etats, sans dire lequel
terveution militaire pour gouverner les elections. » On
des arguments d'Henri Hs acceptent, lui Octroient le
pent done regarder la Convention comme avant etc plus
librement Clue que Bien des Parlements.
(i) La direction de la Chambre des communes (leadership)
(14-17) Le Long Parlement s'etait dissous lui-meme et
et la presidence do Cabinet stint, depuis longtemps, presque•
avail decrèlS ['election de ses successeurs... Voir Lingard
toujours confondues dans la ini:ime personae. La division de ces
deux roles, comme elle a lien sous le ministers actual, fait
et aussi l'Histoire constitatioznelle d'Hallam oit le sujet est
exception. On sent queue puissance est ainsi ramassee dans
traits a fond, et oU l'auleur fait remarquer que « le Panic-
une seule main, ou plutOt dans l'Assemblee qui la fait mouvoir.
men t suivant, dans ses proces-verbaux, ne nommaitjaliene ,
a,.
is
autrement ses predecesseurs que «la derniere assemble

202
NOTES.
NOTES.
203
(15-10) Voir la discussion sur le vote fameux de la
libertes a un hasard serieux pour sauver une forme se-
Convention-patiement dans Hallam, Histot're constitution-
rail la superstition la plus deraisonnable. Partout on le
nate, et dims Macaulay. Hallam fail remarquer que « le
souverain, les pairs spirituels et temporels, el les re-
mot fortaiture aurait mienx atteint le hut que lc terme
presentants librernent elus par les corps constituants du
abdication ou desertion, », et it ajoule : « on procada
royaurne se trouvaient reunis, it Y avail ressence d'un
par les regles etablies du gouvernement anglais, mais
Parlement. » I)ans les widens temps, on aurait pout-
suivant lc droil general du genre tumuli!). On ne songea
etre .jugs qu'il y avail ressence d'un Parlement la meme
pas taut la Grande Chute qu'au paste originel de la so-
oil cut manqué le souverain.
ciete, et Pon rejeta. Coke et Hall pour Hooker et Har-
(17-21) Macaulay : On avail mis en circulation un
rington. » Mon opinion est qu'il fact remonler it cc
article on la logiquc d'un inechant petit avocal chica-
appelle « les hautes leis constitutionnelles »
neur elait employee a prouver quo les Writs publics
pour justifier les actcs de la Convention, mail qu'ils
en leur nom commtm par Guillaume et Marie ccssaient
étaient pleinement justifies par les precedents de Phis-
d'avoir force de loi, des Ions qua Guillaume regnait sent.
toire d'Angleterre, du huitieme au quatorzieme siecle.
Mais cede miserable chicane avail complatement
1.es elats d'Ecosse, it est bon de se le rappeler, ne PC-
&hone . 11 n'en avail pas memo ate question a la
mlarent pas devanl l'emploi du mot furfaiture.
Chambre basso, et on n'en avail pane a la Chambre
(16-20) Voir Paste P r Guillaume et Marie « pour ecar-
haute que pour recarter dedaigneusement. » A mon
ter et prevenir toutes questions et disputes concernant
point de vire, la chicane est certainemenl miserable,
la reunion et le droit de sieger de cc present Parle-
mais ii est ditficile de your en quoi elle est plus misera-
ment. » (Revised Statutes, If, 1.) Cet vete decrele « que
ble que les autres.
les lords spiriLuels et temporels avec les communes,
(18-27) Le plus fameux do ces testaments-est celui du
assembles a Westminster, le 29° jour de janvier, Pan . de
roi Alfred. Cc point est discute tout an long dans Allen,
Notre-Seigneur I U88 (a), et qui siegerent le 13 du moil de
Royal prerogative ».
fevrier suivant, soul les deux chambres du Parlement,
(19-29) Edouard Pr est le plus ancien roi dont Fe
et en cello qualite secant et sort, par les presentes,
rogue soil dale clime epoque aniCnieurc a son couron-
contirmês et autorises pour louts intention, interpreta-
nement. Detail hors de son royaume(a) a la morl de son
tion et dessein, gilds qu'ils soient, sans-tenir compte de
[terse, et son droit fat reconnu sans opposition. Mais,
l'absence du Writ ou des Writs de convocation, d'aucun
memo dans ce cuts, it
cut interregne. lesannees
detain de forme cm de n'importe quel vice, comma s'ils
rogue d'Edouard l r ne soul pas calculees du jour de la
avaient etc convoques scion la forme usuelle. » L'histo-
mod de son pere, 'Ids du jour de ses funerailles, lors-
pique compact de la question est dans Macaulay, au 4t , vo-
qu'Edouard fat reconnu roi, et que les prélats et les
lume. Tonle la matière y est resumee en ces termer :
nobles luipréterent le serment d'allêgeance...
« On repondit que le 'Mora royal etail. pure affaire de
forum, el qu'exposer la substance de nos lois et de nos
(it) On sait qu'apres avoir vaincu Leicester h Evesham,
(tail alb!: rejoindre, saint Louis dev ant 'Tunis, et quill contiwia
(a) Nous aeons 1680 : les Anglais adopthrent bien aprs
la croisade apr:2s
Ses ar en tures en Palestine soot des plus
nous le ealendrier gregorien.
dramatic-pies.

NOTES.
20:i
NOTES.
capubles d'heriler Cn Angleterre. Lu taut qu'il s'agit de
La doctrine gull lie pout y awls d'interregne semble
la succession a /a couronne, l'effet en est simplement
Moir pris forme pour plaire a Jacques V, et elle ful
de mettre l'enfant du roi tie hors royaume clans lee
naturellement detruite par le grand vote de 1688. Main-
memos conditions quo son here ne dans le royaume
tenant, Bien entendu, ii n'y a pas d'interregne; non pas
'nettle, c'est-a-dire, dans l'esprit de notre vieille loi, de .
du tout en vertu d'une mysterieuse prerogative de la
dormer a tons deux egalement la preference due it un
couronne, mais simplement parce que lade de Settle-
:Et holing (noble de sang royal).
ment a regle d'une facon particuliere la transmission de
'21-34) La succession d'un petit-fils, qu'on vii pour
la couronne.
la premiere fois en Angleterre dans le cas de Richard II.
(20-31) Blackstone, reduit a ses seules forces dans les
marque une epoque distincte dans le p •ogres do la doc-
temps &ignorance oh it vivait, est peat-titre pardonna-
trine du droit hereditaire. Elle impliquc la doctrine de
ble. Mais ce qui est verilablement trop fort, c'est que,
la representation, theorie tout it Nit sublile et technique,
juriste apres jurisle, tons, dans des editions suecessives,
et qu'il n'est pas h beaucoup pros aussi facile ni vrai-
reproduisent invariablement ces abasourdissantes Arte-
semblable de rencontrer dan3 un eta" primitif de societe
ries qui passaient a repoque de Blackstone pour notre
que cello do la proxitnite de parente. 11 tir: tut fail au-
ancienne histoire constitutionnelle
Les commentai-
cline opposition contre l'avenement de Richard II; mais
res sur la succession du roi Jean, dans l'edition de Black-
it semble y ail eu dans l'esprit des contempora:ns
stone, publiee par Kerr en 1857, solt particulieremenl
une opinion fortement accreditee que Jean de Gaunt cher-
amusants, mais trop longs pour 'etre Cites.
chait a deposseder son never. Dans les anciens temps,
II Nut cependant quo je mentionne urn point. Pour
en sa qualité de l'aine et du plus capable des fits surri-
prouver quo la succession est strictement hereditaire.
vents d'Uottard III, Jean eiit etc probablement elu sans
Blackstone, au ter volume de Kerr, cite lc statut 25
qu'on se préoccupat en aucune maniere des (tolls du
il'Edouard IlI
Nous devons suppose'. que ces savants
jeune Richard.
juristes avaient lu dun bout a l'aulre le statut gulls
(22-35) Dans le langage officiel des Vorkistes, lee trois
citaient ; mais it est Bien êtonnant gulls n'aient pas vu
rois Lancastriens furent des usurpateurs, et le duc Ri-
que ce statut n'a absolument aucun rapport avec Feta-
chard était roi de jure, sinon de facto. Henri VI, dans
blissement dune succession hereditaire it la couronne.
Facie de 1101 (a), est a Henri l'usurpateur, dernierement
Void. le texte original :
appele le roi Henri VI. a La prêtention de la maison
La lei de la Corone Dengletcrre est, pt ad este tout
&York se fondait sur une descendance par les femmes,
jours
quo les enfant• des rois Denglelerre, quell
el fort embrouillee, de Lionel, due de Clarence, fils &E-
part yils soient neez
Engleterre on aillors, soot ables C(
douard III, plus Age que Jean de Gaunt. Une pretention
deivent porter heritage, apres la most lour auncestors. »
si purement technique n'tivait jamais etc mice en avant
L'objet du statut est tout h fait different de ce qu'on
r
pou
jusque-la ; mais on pent etre parfaitement sew qu'on n'au-
rail croire a la maniere dont Blackstone le cite. Les mots
siguiticatit's sent ceux qui out etc mis en ilalique. L'ob-
(a) Qui proelania Edouard 1V, it londres, apres la bataille de
jet du statut est de faire que les enfants du roi et autres
Saint-Albans.
nee de parents anglais de l'autre cote de la mer swept
12

206
NOTES.
NOTES.
207
rail jamais crn qu'elle pill avail.' grand poids, si le due
Pour trouser "'analogue des pouvoirs cxtraordinaires
Richard, par une autre branche, n'était descendu
d'Edouard en ligne masculine, et s'il n'avait ate, en
sins" accordds a Henri VIII, it fault remonter jusqu'au
temps d'Aahelvvulf.
outre, le noble le plus capable et le plus populaire du
(25-'10 La position des Mies d'ilenri VIII dui man-
Pays.
rellement se ressentiv dans la pratique do ce fait que
(23-30) Erie election par provision avant la vacance
chacune etait l'enfant dune mere reconnue comme
du Crone cmpdchait naturellement tont interragne. Dans
epouse legitime au moment de sa naissance. ii y avail
cc cas, la Commie : « I.e roi est most, vire le roi (a) »
severite manifeste ranger des enfants nes clans ces
était parfaitement \\Tide. Le nouveau roi clad deja choisi
et convolte, el it n'avait rien a faire que de continuer
conditions parmi les e» rants illegitimes ord naives ; mais,
dans la ripenr de la loi, comma Henri Opousa
regner scut au lieu de regner en commit avec son
ne
pare, precisement comme Guillaume continua a raper
Boleyn du vivant de Catherine d'Aragon,
title de
seul apres la mort de Marie. En Allemagne, ce fait
Catherine et la title d'Anne ne pouvaient dire légitimes
se produisait tonics les fois qu'un roi des Romains
tattles deux
dial I flu pendant la vie de l'empereur regnant, En
(26-i3) Le droit de Jacques fist recounu par son pre-
mier Parlement, exactement comme les pretentious
France, sous les premiers rois de la dynastic pari-
d'autres rois qui arriverent au Iren e (I'une manure irre-
sienne, cat usage fin surtout commit, et cc fait
y
guliere l'asaient 610 avant lui. Il taut remarquer cepen-
cut rarement ou manic n'y cut jarnais d'interregne,
danl gull rut eouronnè avant d'avoir Ole recounu
contribua beaucoup sans aucun doute a cc que la con-
(27-11) he fait que Jacques l er, — un roi qui monla sum
ronne devint en France, comme it arviva, la couronne
le tretne sans aucune espdce de titre que celui qu'il ac•
la plus rigoureusement hereditaire de toute la chra-
quit par un acte-du Parlement postericur it son couron-
tiente. En Angleterre, le scut cas Bien authentique
Dement, fut reconnn sans 'a moindve opposition, est
couronnement (Fun ills dnrant la vie de son pare est
une des closes les plus remarquables de noire his-
celui d'Henri, fits d'Illenri designe sons le nom d'Henri
toire..... Voyez les remarques d'Hallam sur Fespece
le Jenne, el quelquefois d'Henri III (b).
d'election facile par laquelle on pourrait dire que Jac-
(24-40). Le testament d'Henri VIII est discute tout au
ques for regna. « Pourquoi
absurde d'appeler
long clans Hallam, au l er volume et dans Lingard
It
cc roi et ses enfants des usurpateurs? C'est qu'il
en resulte quo Marie et Elisabeth regnerent en realite,
ce que les flatteurs de sa farnille affectaient le plus de
non par la vertu dune descendance royale., mais bien
de dedaigner, lc consentement du peuple, non pas sans
d'une substitution particuliare qui donnait la conronne
doute exprime par un suffrage regulier ou une election
aux lines illegitimes du roi, com me elle await pu la
positive, mais ratifiant unanimement et volontairement
dormer au premier êtranger venu
cc qui, de soi, ne pouvait certainement lni (twitter aucun
droll, la decision du Conseil de la fate reine qui l'appe-
(a) 1•:n fnancais dans le texte.
Nit au Irene. >,
(I') m ini Court-Mantel. Mais sa femme Marguerite, fille de
(28-i5).... he roi avail objecte contre l'autorite de la
Louis VII, ne fat pas couronnee avec lui.
Cour qu'
n'y voyait aucun des lords qui devaient


208 •
NOTES.

VOTES,
209
faire un Parlenient, y compris le roi...... a C'etait lit
dans les polling booths (comme en 1868), pent, it un mo-
incontestablement le MO fort de l'argumentation de
ment donne, deplacer un gouvernemen I, n'en a dans
Charles, ce kraut de concours (le la part des lords. Les
les constitutions on. on Ex &tiff, si fort qu'il puisse avoir
deux C,hambres du Parlement s'etaient concertees dans
trompe les esperances do ceux qu'ils l'ont
ne peut .
la procedure suivie contre Edouard II et Richard II...
,arc ecarte avant l'expiration du lerme de sa charge,
(29-47 II est it peine necessaire d'insister sur un fail
exceple y a preuve legale d'un crime defird. Mais,
si certain..... En tout cas, voici ce qu'on lit dans May,
d'unc maniere absolute, it semble reellemenl qu'il n'y
au 2' volume : « Le pouvoir croissant de ht Chambre
ait immune raison pour quo la forme de l'Executif ne
des communes, avec one representation amelioree, a
soit pas consideree comma un sujet aussi legiti me tie dis-
ere patent et indiscutable. Responsable devant le peuple,
cussion que la Chambre des lords, l'Eglise etablie, l'ar-
elle a en memo temps term en main la force du peuple.
'nee permanente, ou toute autre question. C'est tout
N'etant plus subordonnee it la couronne, aux ministres,
simplement faire preuve d'ignorancc, ou de pis encore,
aux pairs, elle est (termite l'autorite pródominante dans
l'Etat. »...
que d'employ or le mot de « republicain » comme syno-
(30-48) Plutarque, dans son Lyco •
nyme de coupe-jarrat on de Mon. Je ne vois pas que
gue, racontc que le
dans les pays republicains ces formes de langage soient
roi Theopompe, avant consenti it cc que le pouvoir royal
appliqu6es aux admirateurs de la monarchic: mais les
tilt diminue au profit de celui des ephores, fut repri-
mantle par sa femme, pa
Bens qui patient de la sorte sont precisement ceux qui
yee quo le pouvoir qu'il trans-
Wont anemic idee de la republiquc, soit dans le passé,
meitrail it ses descendants serail moins grand quo celui
qu'il avail recu de ses ancetres
soil dans le present.. its orit fres probablement gravi
:ep.av,
TJvat7.,?4 tivtatZ.:vv
.sv, io;
quelque montague de la Suisse, mais ils ont eu soin de
D.eir76) 77apV2Ciltn./791
77:/.!G:
32M-42:;0 2'nxi-,IXA'e,
ne pas s'informer de cc qu'etait la constitution du pays
;61,
t5aT
14. 2 67-.11. trocv emria.),G5cro:
qui s'elendait it leurs picds....
cf.,13,:vo h2c>u7,s
(II sera d'antant plus grand, lui dit-il, qu'il sera plus
durable; car, en realite, debarrasse Unit execs qui
excitait l'envie, ii aura echappe au danger)....
1 31-49, Il serail parfailement oiseux el sans objet pra-
lique, dans Petal present de l'Augleterre, de discuter les
merites respectifs de la republique et de la monarchic
constitutionnelle. Non-seulement la monarchic constitu-
tion n elle est fermetnent en racinee clans le mut . du peuple,
mais elle a des avan [ages particuliers sur la forrnerepuhl i-
caine, tout corn me la forme republicaine a des avantages
sur elle. On pent se demander si le peuple n'a pas un plus
sérieux contrOle sur l'Executif, quand la Chambre des
communes, nu, en dernier ressort, le people lui-meme

APPENDICE
LA BATAILLE DE MALDON
LISTE
DES PRINCIPAUX OUTRAGES AUXQUELS BEN VOIE
L'AUTEUR
L'auteur, dans son premier chapitre, rapproche
cette ballade anglo-saxonne d'un passage de Tacite,
sur le compagnonnage militaire des Germains.
Stubb's Documents illustrative of English History
Freeman's History of Norman Conquest.
Nous transcrivonsici le texte que nous annoncions
Freeman's Historical Essays.
au lecteur en lc traduisant a la page 47,
Hallam, Mogen Age.
Histoire Constitutionnelle.
Thereon hewed him
Macaulay.
The heathen soldiers;
May's Constitutional History.
And both the warriors
Li ngard.
That near him by-stood ;
Mathieu Paris.
YElfnoth and WuIfma3r both
Allen's Inquiry into the Rise and Growl of the Royal Pre-
Lay there on the ground
rogative in England.
By their lord ;
Their lives they sold.
Francis Pa'grave's English Commonwealt.
There bowed they from the fiAt
Revised edition of the Statutes.
That there to be would not.
There were Odda's bairns
Erst in Right;
Godric from battle went,
And the good man forsook
That to him ofttimes
Horses had given.

APPENDICE.
213
212
APPENDICE.
Ile leapt on the horse
Have and hold
That his lord had owned,
The hard falehion
On the housings
Spear and good sword.
That it not right was.
1 this promise
There was fallen
That I hence mill
The folk's Elder,
Flee a footstep,
:Ethelred's Earl ;
But will further go,
All there saw
To wreak in the fight
Of his hearth's comrades
My lord and comrade.
That their lord lay dead.
Nor by Stourmnere
Then there went forth
Any steadfast hero
The proud Thanes,
With words need twit me
The undaunted men
That I lordless
Hastened gladly ;
Homeward should go,
They would there all
And wend from the fight.
One of two things,
Either life forsake,
Or the loved one wreak.
Rath was in battle

Neither on that folk
Offs hewn down,

Shall the Thanes twit me
Yet had he furthered

That I from this host
That his lord had pledged,

Away would go
As lie ere agreed
To seek my home,
With his ring-giver

Now mine Elder Beth
That they should both
Hewn down in battle ;
To the borough ride
To me is that harm most ;
Hale to home,

Ito was both my kinsman
Or in the host cringe
And my lord.
On the slaughter place,
Of their wounds die.

Ilow thou, /Elfwine, bast
He lay Thane-like
All our Thanes
His lord hard by.
In need-time cheered.
Now our lord Halt,
Mind shall the harder be,
The Earl on the earth,
Heart shall the keener be,

That of us each one
Mood shall the more he,
Others should embolden
As our main lessens.
Warmen to the war,
Here lies our Elder,
That while we weapons may


214
APPEND]CF.
All down hewn,
A good man in the dust ;
Ever may he groan
UN EXTRAIT DU POEME DE BEOTULF.
Who now from this war. play
Of %vending thinketh.
I am old of life ;
ft:?.nce stir will I not,
Nous n'avons pas resiste au desir de oiler, a cOte
And I by the half
de Finteressant document que donne M. Freeman,
Of my lord,
By such a loved man
Uri aul.re morceau, non monis curieux, extrait
To lie am thinking.
Lkovulf (a). Ceci est un poeme Opique, egalement
en anglo-saxon, mail qui remonte a tine antiquite
Dien autrement reculee, h l'Opoque oil les peuples
qui parlaient cello langue, confines encore dans la
basse Scandinavie, n'avaient pas memo aborde les
bouches de ]'Elbe et les rivages germains. Plus Lard,
au cinquieme ou sixieme siècle, ii fut remanió,
et, de nos jours, les trois mille very el plus dont it
se compose ont Ole traduits en entier par les sa-
vants allemands.
Le passage que nous a rappele la ballade stir la
bataille de Maldon caracterise aussi d'une manie.re
frappanLe l'étroite =UV; qui liait les compagnons
leur seigneur. Le heros de la vieille epopee, Beo-
vulf, prince des Gedtds(b), Veretlds ou Goths, dovan-
cant ses guerriers qui le suivent, s'est attaquC
dragon invincible qu'on retrouve dans les fables
(n) Prononcez Biovulf.
(b) Prononcez Gh:Olas.

216
A ITENDIGE.
primitives de tons les peuples. Le inonstre vomit
A PPENDICE.
r le vieux roi de si terribles jets de Ilamme et le
« Nur manier Tepee tine adresse plus sate,
serre de si pres quo celui-ei va suecomber. Voiei
« Et pour porter le casquc an front plus vigooreux.
« It comptait cependant, seul nous sauvant pout-Lire,
ce qui arrive, d'apres le reed!, memo du pate, que
Accomplir cet exploit par tin effort heureux,
nous aeons essaye de reproduire en viers, litterale-
« Lui, la Pasteur du people et noire Seigneur-maitre.
ment, sur le texte anglo-saxon de Moritz Heyne,
.
. ...... Ce 'Jour funeste a lui
óelairei par la version allemande de Karl Simrock
« Ou le Chef des guerriers a besoin de noire aide
Es do vaillants lutteurs. Mions, courons
(Paderborn, 1873) (a).
Defendons le heros, avant qu'enfin it cede
‹c A Peffroyable ardour de ce feu consumant.
Alors s'enfuit la troupe a Paspect do danger,
• Quant it moi, Dieu le salt, je no sens qu'une envie :
Des nobles jenne elite ; autour de lni pressee,
« A la flammc livrant cc corps 10011 velment,
Loin d'achever la Intte, elle vent se ranger
« Pour Panneau (Vol. du Chef lui ddrouer ma vie.
A rabri dans on bois. En son ante oftensdc,
« Gui, cc serait grand'honte avec nos boucliers
Lin soul, brave et loyal, sent bouillir sa valour.
a De rentrer au pays, chacun dans sa demeure,
Si l'horrible dragon, sous nos cou p s deployes,
Pour la premiere foil, au sein do la tentpete
a In no s'abattait : it ne font pas quo meure
Do combat, it suivait le Chef et le Seigneur
« Le roi des Vederas. Nous no suivrions pas
Qui le combla de dons. A raider it s'apprOte.
« Nos usages anciens, si nutre Chef et. maitre,
Son cceur no faillit point, et de sa faible main
• Avec tant de. guerriers, les heros des Gel:gas,
Ne laissa pas tornber lo glaive de son Pere.
« Souffrait et tombait seul. Tout en common dolt etre
« Entre le Chef et nous, le brillant bouciier,
Vigidf, aux Compagnons declarant son dessein,
« Et Parttime tressde, et le casquc et la lance,
Exhale en mots nombreux tine douleur =eve :
« Tout I a A ces mots, Viglaf au Chef qui via plier
« Mon ante a retenu — depuis qu'il nous donna
Court, et par la fumee et la Ilannue s'elance,
• L'ale dans ses testin g — notre proinesse fiere
S'ecriant, le heros I son bouclier love :
« Au noble Chef et maitre, alors
nous °ilia
« Courage, cher Beovull
« Nous, ses guerriers, d'anneaux. La Salle de la biere
« Entendit nos serments. Notre bras empresse
.... a ton secours farrive I ),
a Devait, s'il le fallait, de sa munificence
« Payer on jour les dons : cottes en or tressd,
« Casques, glaives tranchants. C'ost nous de p•efdrence
• Qu'il a voulu choisir dans le camp tout entier,
a En partant pour tenter cette rude aventure,
FIN.
a Parce
Sit en nous le cam p le plus altier,
(al II (alit voir aussi l'aitachante analyse et les extraits qu'en
donne M. 'raise dans son Hisloh •e de la litte •ature anglaise.
13

TABLE
Avertissement du Traducteur
Introduction par le Tradneteur.
Notes de l'Introduction

...
xux
Preface de TAuteur
Sommaires des chapitres .............
LXIII
Chapitre premier

1
Chapitre deux ieme

GO
Chapitre troisii:me

119
Notes du chapitre premier

171
Notes du chapitre deuxieme.
I 82
Notes du chapitre troisieme
19"1
Appendice : liste des principaux ouvrages citds par TAn-
te.ur .

210
Le palm cur la bataille de Mahlon, texte anglais
211
411
Un extrait du pame de Beovulf, traduction
215
FIN BE LA TABLE.
2142277 . CORBEIL. - Tsp. i WI% de Crtiri:.

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